{"id":326738,"date":"2022-01-23T01:00:00","date_gmt":"2022-01-23T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/une-tache-medicale\/"},"modified":"2022-01-23T01:00:00","modified_gmt":"2022-01-23T00:00:00","slug":"une-tache-medicale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/une-tache-medicale\/","title":{"rendered":"Une t\u00e2che m\u00e9dicale ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&#8217;oncologie est une discipline o\u00f9 l&#8217;agonie et la mort sont omnipr\u00e9sentes. Ainsi, le suicide assist\u00e9 est \u00e9galement un cas fr\u00e9quent &#8211; et&nbsp;<\/strong><strong>sujet controvers\u00e9 &#8211; dans la pratique quotidienne de l&#8217;oncologie. Alors que la Suisse l&#8217;autorise depuis longtemps, nos voisins allemands ne font pas de m\u00eame.&nbsp;<\/strong><strong>voisins actuellement.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>Le sujet \u00e9thiquement controvers\u00e9 du suicide assist\u00e9 se refl\u00e8te dans les l\u00e9gislations tr\u00e8s divergentes de diff\u00e9rents pays. En principe, il s&#8217;agit de fournir \u00e0 une personne souhaitant se suicider une substance mortelle qu&#8217;elle ing\u00e8re de mani\u00e8re autonome, sans intervention ext\u00e9rieure. D&#8217;une part, l&#8217;autod\u00e9termination et donc un \u00e9ventuel d\u00e9sir de mourir devraient \u00eatre respect\u00e9s, d&#8217;autre part, la vie devrait \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e et il ne devrait en aucun cas en r\u00e9sulter une promotion du suicide pour de mauvaises raisons, telles que des sentiments d&#8217;obligation sociale [1]. Cette tension entre les principes \u00e9thiques a donn\u00e9 lieu \u00e0 diff\u00e9rents cadres juridiques au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies &#8211; et ceux-ci sont en constante \u00e9volution. Ainsi, une modification de la loi en Allemagne est probablement imminente. Et en Suisse aussi, le code de d\u00e9ontologie de la FMH pourrait bient\u00f4t \u00eatre adapt\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"en-accelere-le-suicide-assiste-en-allemagne\">En acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 : le suicide assist\u00e9 en Allemagne<\/h2>\n<p>Le serment d&#8217;Hippocrate, toujours fr\u00e9quemment cit\u00e9, laisse peu de place \u00e0 l&#8217;interpr\u00e9tation, du moins pour les m\u00e9decins. On y lit  <em>&#8220;Je ne donnerai ni ne conseillerai jamais \u00e0 quiconque, m\u00eame \u00e0 sa demande, d&#8217;administrer un poison mortel. De m\u00eame, je ne donnerai jamais \u00e0 une femme un m\u00e9dicament abortif. Je garderai ma vie et mon art saints et purs&#8221;.  <\/em>[2] La position selon laquelle la participation au suicide est contraire \u00e0 l&#8217;\u00e9thique m\u00e9dicale s&#8217;est maintenue en Allemagne jusqu&#8217;\u00e0 il y a quelques ann\u00e9es, apparemment sans grande r\u00e9sistance. En 2011, l&#8217;Ordre f\u00e9d\u00e9ral des m\u00e9decins d\u00e9clarait encore, en des termes quelque peu att\u00e9nu\u00e9s, que le suicide assist\u00e9 n&#8217;\u00e9tait pas une t\u00e2che m\u00e9dicale. Le code de d\u00e9ontologie correspondant stipulait alors que<em> &#8220;les m\u00e9decins &#8230; ne devaient pas apporter d&#8217;aide au suicide&#8221;.<\/em> Une phrase qui a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e en mai de cette ann\u00e9e, refl\u00e9tant un changement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, ce changement a atteint son point culminant avec l&#8217;arr\u00eat de la Cour constitutionnelle allemande de f\u00e9vrier 2020, qui a jug\u00e9 inconstitutionnelle l&#8217;interdiction de l&#8217;aide au suicide dans le cadre d&#8217;une activit\u00e9 commerciale et, par cons\u00e9quent, de toutes les organisations d&#8217;aide \u00e0 la mort. Il y est stipul\u00e9 que le droit g\u00e9n\u00e9ral de la personnalit\u00e9, en tant qu&#8217;expression de l&#8217;autonomie personnelle, inclut le droit \u00e0 une mort autod\u00e9termin\u00e9e, y compris par suicide. Selon l&#8217;arr\u00eat, il est \u00e9galement possible de demander de l&#8217;aide pour cela, mais personne ne peut \u00eatre oblig\u00e9 de fournir une assistance au suicide. On remarque ici que la Cour constitutionnelle f\u00e9d\u00e9rale n&#8217;exige pas de souffrance pour recourir \u00e0 l&#8217;assistance au suicide, la d\u00e9cision n&#8217;est pas limit\u00e9e \u00e0 certaines situations de vie ou de maladie.<\/p>\n<p>Et pour le reste, certaines choses restent actuellement floues pour les m\u00e9decins de notre pays voisin. Si l&#8217;assistance au suicide n&#8217;est plus interdite, la prescription de barbituriques \u00e0 des fins de suicide l&#8217;est. Une r\u00e9glementation l\u00e9gale n&#8217;est probablement pas attendue avant fin 2022, ce qui aggrave encore la situation actuelle. Pourtant, selon une enqu\u00eate, jusqu&#8217;\u00e0 50% des oncologues allemands sont confront\u00e9s \u00e0 la question du suicide assist\u00e9 dans leur pratique [3].<\/p>\n<h2 id=\"la-suisse-en-comparaison\">La Suisse en comparaison<\/h2>\n<p>Contrairement \u00e0 l&#8217;Allemagne, il existe en Suisse depuis 35 ans des organisations dites d&#8217;aide \u00e0 la mort comme EXIT et DIGNITAS. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et le Parlement ont respectivement d\u00e9cid\u00e9 en 2011 et 2012 de ne pas r\u00e9glementer explicitement l&#8217;assistance organis\u00e9e au suicide [4]. Selon l&#8217;article 115 du Code p\u00e9nal, l&#8217;assistance au suicide n&#8217;est pas punissable si elle est pratiqu\u00e9e sans mobile \u00e9go\u00efste. Cela s&#8217;applique \u00e0 toutes les personnes. Les conditions pour l&#8217;impunit\u00e9 de l&#8217;assistance au suicide sont en outre la capacit\u00e9 de discernement de la personne concern\u00e9e ainsi que la ma\u00eetrise de l&#8217;acte, c&#8217;est-\u00e0-dire la r\u00e9alisation autonome du suicide. La prescription de ph\u00e9nobarbital sodique dans l&#8217;intention de donner la mort est soumise \u00e0 une obligation de d\u00e9claration aux autorit\u00e9s cantonales, le suicide assist\u00e9 \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme un &#8220;cas de d\u00e9c\u00e8s exceptionnel&#8221; [6]. Ce contexte p\u00e9nal lib\u00e9ral se refl\u00e8te \u00e9galement dans le code de d\u00e9ontologie de la FMH, o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;accorde \u00e0 dire que l&#8217;euthanasie ne peut \u00eatre r\u00e9glement\u00e9e de mani\u00e8re satisfaisante sans expertise m\u00e9dicale [5,6]. En ce qui concerne l&#8217;assistance au suicide, les r\u00e8gles de l&#8217;ASSM actuellement fix\u00e9es dans le code de d\u00e9ontologie (<em>Acad\u00e9mie Suisse des Sciences M\u00e9dicales<\/em>), les directives de 2004 exigent, outre la capacit\u00e9 de discernement de la personne concern\u00e9e, que la personne souhaitant mourir soit proche de la fin de sa vie, que des aides alternatives aient \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es et mises en \u0153uvre si elles \u00e9taient souhait\u00e9es et que la demande soit m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chie, sans pression ext\u00e9rieure et durable. La capacit\u00e9 de discernement ainsi que l&#8217;autonomie, le caract\u00e8re bienveillant et la constance de la volont\u00e9 de mourir doivent \u00eatre confirm\u00e9s par deux personnes ind\u00e9pendantes [6]. Si la possibilit\u00e9 d&#8217;euthanasie n&#8217;est donc pas limit\u00e9e l\u00e9galement aux patients en fin de vie, les directives de la FMH sont plus r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>En 2016, 928 d\u00e9c\u00e8s de personnes r\u00e9sidant en Suisse et ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;une euthanasie ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s. Cela repr\u00e9sentait 1,4% de tous les d\u00e9c\u00e8s. Un peu plus de personnes &#8211; 1016 personnes &#8211; sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es \u00e0 la suite d&#8217;un suicide non assist\u00e9 [7]. Il est \u00e9galement int\u00e9ressant de noter que le cancer a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 comme maladie de base dans 42% des cas, suivi par les maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (14%) , les maladies cardiovasculaires (11%) et les maladies de l&#8217;appareil locomoteur (10%) [4]. Les m\u00e9decins oncologues sont donc plus concern\u00e9s que la moyenne par cette question importante, qui est loin d&#8217;\u00eatre termin\u00e9e. Ainsi, une majorit\u00e9 de la Chambre m\u00e9dicale s&#8217;est oppos\u00e9e aux nouvelles directives sur le suicide assist\u00e9 adopt\u00e9es par l&#8217;ASSM en 2018, ce qui a conduit \u00e0 ce qu&#8217;elles ne soient pas int\u00e9gr\u00e9es au code de d\u00e9ontologie. La principale raison de ce rejet \u00e9tait la notion de &#8220;souffrance insupportable&#8221;, jug\u00e9e trop vague et subjective par beaucoup. Cette situation &#8211; s&#8217;inqui\u00e8te-t-on &#8211; pourrait conduire \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 juridique ainsi qu&#8217;\u00e0 une augmentation de la demande, les personnes souhaitant mourir n&#8217;ayant plus besoin de se trouver explicitement en fin de vie. En septembre 2021, un groupe de travail sp\u00e9cialement cr\u00e9\u00e9 \u00e0 cet effet a donc adopt\u00e9 un sous-chapitre r\u00e9vis\u00e9 sur le suicide assist\u00e9 pour les directives de l&#8217;ASSM. Celui-ci est actuellement soumis au S\u00e9nat de l&#8217;ASSM avant d&#8217;\u00eatre soumis \u00e0 la Chambre m\u00e9dicale au printemps 2022. L&#8217;objectif est une int\u00e9gration dans le code de d\u00e9ontologie [8].<\/p>\n<h2 id=\"le-medecin-ange-de-la-mort\">Le m\u00e9decin, ange de la mort ?<\/h2>\n<p>Alors que le cadre juridique diff\u00e8re encore consid\u00e9rablement entre l&#8217;Allemagne et la Suisse, un principe s&#8217;applique partout : personne ne peut \u00eatre oblig\u00e9 de pratiquer l&#8217;assistance au suicide &#8211; pas m\u00eame un m\u00e9decin. Il appartient donc \u00e0 chaque professionnel de la sant\u00e9 de d\u00e9cider de la mani\u00e8re dont il souhaite aborder le sujet du d\u00e9sir de mort. Fermer les yeux sur ce sujet difficile n&#8217;est pas une solution &#8211; les experts pr\u00e9sents \u00e0 la conf\u00e9rence annuelle \u00e9taient d&#8217;accord sur ce point. Ind\u00e9pendamment de l&#8217;attitude personnelle du praticien, ils ont consid\u00e9r\u00e9 qu&#8217;une discussion sur le sujet \u00e9tait une premi\u00e8re \u00e9tape importante. Et dans tous les cas, en tant que t\u00e2che m\u00e9dicale. Il est \u00e9galement du devoir du m\u00e9decin d&#8217;indiquer des alternatives telles que les offres palliatives et\/ou psychoth\u00e9rapeutiques. En revanche, il appartient \u00e0 chaque praticien de d\u00e9cider dans quelle mesure le suivi ult\u00e9rieur sera pris en charge. Il s&#8217;agit bien plus d&#8217;une d\u00e9cision de conscience individuelle que d&#8217;un devoir professionnel &#8211; une d\u00e9cision de conscience qui peut tr\u00e8s bien changer au fil du temps ou varier entre diff\u00e9rents patients.<\/p>\n<p><em>Source : Symposium scientifique &#8220;\u00c4rztlich assistierter Suizid&#8221; pr\u00e9sid\u00e9 par Christian Junghan\u00df et Ulrich Schuler, 01.10.2021, r\u00e9union annuelle des soci\u00e9t\u00e9s allemande, autrichienne et suisse d&#8217;amatologie et d&#8217;oncologie m\u00e9dicale, Berlin (D)<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Litt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Schildmann J, Vollmann J : Physician assisted suicide &#8212; ethical, legal and clinical aspects. Dtsch Med Wochenschr. 2006 ; 131(24) : 1405-1408.<\/li>\n<li>Traduction de M\u00fcri W : Le m\u00e9decin dans l&#8217;Antiquit\u00e9. Pi\u00e8ces de sources grecques et latines d&#8217;Hippocrate \u00e0 Galien. Artemis &amp; Winkler, Munich\/Zurich ; 6e \u00e9dition&nbsp;, 2001.<\/li>\n<li>Schildmann J : Expos\u00e9 &#8220;Assistierte Selbstt\u00f6tung in der Onkologie. R\u00e9sultats d&#8217;une \u00e9tude empirique&#8221;. dans le cadre de la r\u00e9union annuelle de la DGHO, OeGHO, SSMO et SGH\/SSH. 01.10.2021. Berlin.<\/li>\n<li>Junker C : Statistiques sur les causes de d\u00e9c\u00e8s : le suicide assist\u00e9 (euthanasie) et le suicide en Suisse. Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS) ; 2016.<\/li>\n<li>FMH : Annexe 1 au code de d\u00e9ontologie de la FMH. www.fmh.ch\/files\/pdf7\/anhang-1-standesordnung-fmh.pdf (dernier acc\u00e8s le 08.11.2021).<\/li>\n<li>ASSM\/FMH : Bases l\u00e9gales dans la pratique m\u00e9dicale quotidienne &#8211; un guide pour la pratique. 2008.<\/li>\n<li>&nbsp;OFSP : Suicide assist\u00e9. www.bag.admin.ch\/bag\/de\/home\/strategie-und-politik\/politische-auftraege-und-aktionsplaene\/aktionsplan-suizidpraevention\/suizide-und-suizidversuche\/assistierte-suizide.html (dernier acc\u00e8s le 03.11.2021).<\/li>\n<li>Gilli Y, Bounameaux H : La FMH et l&#8217;ASSM r\u00e9visent les directives &#8220;Attitude face \u00e0 la mort&#8221; &#8211; M\u00e9decins et suicide assist\u00e9. SAZ 2021 ; 102(44) : 1436-1437.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>InFo ONKOLOGIE &amp; H\u00c9MATOLOGIE 2021 ; 9(6) : 37-38<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;oncologie est une discipline o\u00f9 l&#8217;agonie et la mort sont omnipr\u00e9sentes. 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