{"id":334959,"date":"2020-01-30T00:00:00","date_gmt":"2020-01-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/tics-fonctionnels-ou-tourette-la-fine-difference\/"},"modified":"2020-01-30T00:00:00","modified_gmt":"2020-01-29T23:00:00","slug":"tics-fonctionnels-ou-tourette-la-fine-difference","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/tics-fonctionnels-ou-tourette-la-fine-difference\/","title":{"rendered":"Tics fonctionnels ou Tourette &#8211; la fine diff\u00e9rence"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) est l&#8217;un des troubles neuropsychiatriques les plus fr\u00e9quents. Elle est principalement d\u00e9termin\u00e9e g\u00e9n\u00e9tiquement et repose sur des anomalies neuroanatomiques et neurophysiologiques. La maladie va donc bien au-del\u00e0 des jurons et des insultes.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>Le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) est l&#8217;un des troubles neuropsychiatriques les plus fr\u00e9quents, avec une pr\u00e9valence qui varie de 0,3 \u00e0 1% de la population totale selon les publications. C&#8217;est pourquoi, et alors que la m\u00e9diatisation de cette pathologie ne cesse de cro\u00eetre, de plus en plus de coll\u00e8gues m\u00e9decins sont confront\u00e9s ces derniers temps \u00e0 des patients qui pensent \u00eatre atteints de cette maladie.<\/p>\n<p>Selon le DSM-5, le diagnostic de STC n\u00e9cessite l&#8217;apparition d&#8217;au moins un tic vocal et de plusieurs tics moteurs ayant d\u00e9but\u00e9 avant l&#8217;\u00e2ge de 18 ans et ayant dur\u00e9 au moins un an. Typiquement, les premiers tics apparaissent \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;\u00e9cole primaire (4 \u00e0 9 ans). Il s&#8217;agit g\u00e9n\u00e9ralement de tics moteurs simples au niveau du visage, tels qu&#8217;une augmentation du nombre de clignements des yeux, une torsion ou un plissement des yeux, ou encore des mouvements brusques de la t\u00eate par exemple. Typiquement, les tics ne restent pas constants dans le temps, mais se transforment au fil du temps. Il peut \u00e9galement y avoir des tics moteurs plus complexes, par exemple sous la forme d&#8217;un accroupissement, d&#8217;une torsion du corps ou de mouvements brusques des extr\u00e9mit\u00e9s. Il est \u00e9galement possible d&#8217;effectuer une s\u00e9quence concert\u00e9e de plusieurs mouvements. Les premiers tics vocaux apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l&#8217;apparition des tics moteurs. L\u00e0 encore, l&#8217;\u00e9ventail est large. Outre des sons isol\u00e9s tels que &#8220;grognements&#8221;, &#8220;raclements de gorge&#8221;, &#8220;chuintements&#8221; ou &#8220;souffles&#8221;, il est possible d&#8217;utiliser des syllabes isol\u00e9es, des mots ou, plus rarement, des phrases courtes ou des exclamations.<\/p>\n<p>Outre les ph\u00e9nom\u00e8nes d&#8217;\u00e9cho, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;imitation de gestes observ\u00e9s (\u00e9chopraxie) ou la r\u00e9p\u00e9tition de sons ou de mots entendus (\u00e9cholalie), des coproph\u00e9nom\u00e8nes sous forme de gestes vulgaires (copropraxie) ou de mots (coprolalie) sont \u00e9galement possibles. Bien que les coproph\u00e9nom\u00e8nes n&#8217;apparaissent que chez environ un patient du STC sur cinq, ils dominent souvent la couverture m\u00e9diatique, ce qui conduit \u00e0 une perception d\u00e9form\u00e9e de la maladie par le public et, par cons\u00e9quent, \u00e0 un stress \u00e9vident pour les patients qui n&#8217;ont pas de coproph\u00e9nom\u00e8nes et leurs familles.<\/p>\n<p>Il peut \u00eatre difficile de faire la diff\u00e9rence entre les tics dans le cadre d&#8217;un STC et d&#8217;autres troubles du mouvement. Il est important de noter que les tics sont g\u00e9n\u00e9ralement des mouvements courts, phasiques et r\u00e9p\u00e9titifs. Il est \u00e9galement typique que les tics apparaissent plus fr\u00e9quemment en groupes (appel\u00e9s &#8220;bouts&#8221;) au fil du temps. Les tics peuvent pr\u00e9senter une grande similitude avec les mouvements spontan\u00e9s physiologiques. Mais une fois replac\u00e9es dans leur contexte, elles apparaissent le plus souvent inappropri\u00e9es, d\u00e9plac\u00e9es ou exag\u00e9r\u00e9es. La capacit\u00e9 des patients \u00e0 supprimer les tics, au moins temporairement, est \u00e9galement typique, ce qui n&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement pas possible dans d&#8217;autres troubles moteurs classiques, comme le myoclonisme ou la chor\u00e9e. Une d\u00e9pendance des troubles aux processus cognitifs (augmentation de la fr\u00e9quence des tics en cas de stress et de concentration sur les tics, diminution en cas de distraction) peut \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9e comme crit\u00e8re de diff\u00e9renciation avec les troubles moteurs classiques.<\/p>\n<p>L&#8217;une des principales caract\u00e9ristiques du STC, outre les tics proprement dits, est la &#8220;pulsion pr\u00e9monitoire&#8221; qui les pr\u00e9c\u00e8de. Celui-ci appara\u00eet typiquement pour la premi\u00e8re fois quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l&#8217;apparition des premiers tics, g\u00e9n\u00e9ralement vers l&#8217;\u00e2ge de 10 ans. Il s&#8217;agit souvent d&#8217;une tension ou d&#8217;un besoin d&#8217;action interne. Certains d\u00e9crivent cela comme une autre perception sensorielle, par exemple une sensation de chaleur ou de froid ou une tension dans les muscles impliqu\u00e9s dans l&#8217;ex\u00e9cution du tic. Typiquement, la suppression des tics entra\u00eene une augmentation, tandis que l&#8217;ex\u00e9cution des tics entra\u00eene une diminution temporaire de cette sensation. La plupart du temps, la sensation pr\u00e9alable est per\u00e7ue comme tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able par les patients et entra\u00eene souvent une forte diminution de la capacit\u00e9 d&#8217;attention et de concentration.<\/p>\n<p>Les patients atteints de STC pr\u00e9sentent souvent des comorbidit\u00e9s psychiatriques. 60% pr\u00e9sentent un syndrome d&#8217;hyperactivit\u00e9 avec d\u00e9ficit de l&#8217;attention, tandis que 40% souffrent d&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 et de troubles obsessionnels compulsifs.&nbsp;  En outre, les troubles d\u00e9pressifs et les troubles de l&#8217;estime de soi ne sont pas rares.<\/p>\n<h2 id=\"evolution-et-traitement\">\u00c9volution et traitement<\/h2>\n<p>Heureusement, l&#8217;\u00e9volution du STC est b\u00e9nigne dans la plupart des cas. Alors qu&#8217;il s&#8217;agit typiquement de la 10e-11e ann\u00e9e, il s&#8217;agit d&#8217;une p\u00e9riode de transition. Si les troubles atteignent un pic avant l&#8217;\u00e2ge de 18 ans, ils diminuent g\u00e9n\u00e9ralement de mani\u00e8re significative jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 18 ans. A l&#8217;\u00e2ge adulte, la plupart des patients ne pr\u00e9sentent aucun sympt\u00f4me. Dans ce contexte, aucun traitement sp\u00e9cifique n&#8217;est souvent n\u00e9cessaire. Toutefois, si les sympt\u00f4mes sont tr\u00e8s g\u00eanants ou persistent \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte, il existe quelques options de traitement. Sur le plan m\u00e9dicamenteux, ce sont surtout les antipsychotiques (antagonistes de la dopamine) qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s efficaces. Outre le tiapride en premi\u00e8re intention chez les enfants et l&#8217;aripiprazole en premi\u00e8re intention chez les patients adultes, d&#8217;autres neuroleptiques tels que le sulpiride ou le pimozide sont fr\u00e9quemment utilis\u00e9s. Les alpha-2 agonistes tels que la guanfacine sont \u00e9galement utilis\u00e9s. En outre, des proc\u00e9dures psychoth\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques telles que la &#8220;th\u00e9rapie de renversement des habitudes&#8221; sont disponibles. Les deux \u00e9l\u00e9ments principaux de cette th\u00e9rapie, \u00e9galement appel\u00e9e &#8220;renversement de l&#8217;habitude&#8221;, sont une auto-perception ad\u00e9quate des tics et l&#8217;apprentissage d&#8217;une &#8220;competing response&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;une contre-r\u00e9ponse motrice.&nbsp;  Dans des cas particuliers de tics focaux et peu variables, souvent au niveau de la m\u00e2choire ou du cou, un traitement symptomatique par injection de toxine botulique peut \u00eatre utile. La stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde, en particulier du globus pallidus interne, s&#8217;est \u00e9galement av\u00e9r\u00e9e utile en principe, mais ne devrait \u00eatre utilis\u00e9e que dans le cadre d&#8217;\u00e9tudes cliniques.<\/p>\n<h2 id=\"etiologie-et-physiopathologie\">\u00c9tiologie et physiopathologie<\/h2>\n<p>Les recherches sur les facteurs d\u00e9clencheurs du STC remontent \u00e0 1885, date \u00e0 laquelle le neurologue et m\u00e9decin l\u00e9giste fran\u00e7ais George Gilles de la Tourette a d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois ce syndrome. Alors que l&#8217;on pensait initialement que l&#8217;origine \u00e9tait psychiatrique ou psychosomatique, cette th\u00e9orie a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e vers 1950 en raison de l&#8217;am\u00e9lioration des m\u00e9thodes de diagnostic. Aujourd&#8217;hui, outre une pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique, de nombreuses particularit\u00e9s neuroanatomiques, neurophysiologiques et psychologiques perceptives et cognitives sont reconnues chez les patients atteints de STC.<\/p>\n<h2 id=\"specificites-neuroanatomiques-et-neurophysiologiques\">Sp\u00e9cificit\u00e9s neuroanatomiques et neurophysiologiques<\/h2>\n<p>Une partie de ces anomalies se situent au niveau des ganglions de la base, plus pr\u00e9cis\u00e9ment au niveau de la boucle cortico-striato-thalamo-corticale, particuli\u00e8rement importante pour l&#8217;initiation, la planification et la r\u00e9alisation des mouvements. L&#8217;une des particularit\u00e9s les plus constantes est la diminution du volume du striatum. Mais des modifications de la connectivit\u00e9 des diff\u00e9rents composants entre eux ont \u00e9galement pu \u00eatre montr\u00e9es.<\/p>\n<p>Au niveau du cortex, les patients GTS pr\u00e9sentent \u00e9galement un certain nombre de particularit\u00e9s. Il s&#8217;agit notamment d&#8217;une diminution du volume de la mati\u00e8re grise au niveau du cortex pr\u00e9frontal. Les anomalies au niveau de l&#8217;aire motrice suppl\u00e9mentaire (SMA) sont particuli\u00e8rement importantes. On attribue \u00e0 cette partie du cortex, situ\u00e9e dans la partie centrale de l&#8217;aire de Brodmann 6, un r\u00f4le important dans la planification et l&#8217;initiation des mouvements, entre autres. De m\u00eame, les patients atteints de STC ont montr\u00e9 une augmentation de l&#8217;activit\u00e9 associ\u00e9e aux tics. L&#8217;inhibition de cette zone par stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne a permis de r\u00e9duire la fr\u00e9quence des tics chez les enfants atteints du SGT.<br \/>\nA ce stade, il faut \u00e9galement mentionner le cortex pari\u00e9tal inf\u00e9rieur (aire de Brodmann 40). Comme elle est responsable du couplage entre la perception et l&#8217;action, qui semble \u00eatre perturb\u00e9 chez les patients STC (voir ci-dessous), cette partie du cortex fait l&#8217;objet d&#8217;une attention croissante.<\/p>\n<p>D&#8217;autres particularit\u00e9s se situent au niveau de l&#8217;\u00e9quilibre des neurotransmetteurs. Une hyperactivit\u00e9 du syst\u00e8me dopaminergique est notamment attest\u00e9e par le bon effet th\u00e9rapeutique des antagonistes de la dopamine comme l&#8217;aripiprazole.  &nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"troubles-psychologiques-de-la-perception-et-de-la-cognition\">Troubles psychologiques de la perception et de la cognition<\/h2>\n<p>De nombreuses \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 des changements dans le domaine de la perception, du traitement et de la s\u00e9lection des impressions sensorielles et des actions chez les patients atteints de STC. Un exemple est un contr\u00f4le inhibiteur perturb\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire une capacit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 ignorer les stimuli non pertinents, comme le montrent par exemple les exp\u00e9riences avec les t\u00e2ches de Stroop, Flanker, Simon ou Go\/noGo. La perception interoceptive, c&#8217;est-\u00e0-dire la perception de son propre corps, par exemple sous la forme de ses propres battements cardiaques, est \u00e9galement significativement r\u00e9duite chez les patients atteints de STC.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me somatosensible est particuli\u00e8rement important dans le domaine des processus de perception modifi\u00e9s. Cela r\u00e9sulte d&#8217;une part des perceptions somatosensibles typiques, appel\u00e9es pr\u00e9-sentiment, qui pr\u00e9c\u00e8dent typiquement les tics (voir ci-dessus). De m\u00eame, environ 80% des patients atteints du STC font \u00e9tat d&#8217;une hypersensibilit\u00e9 aux stimuli externes, de sorte que, par exemple, le contact de la peau avec une chaise ou les instructions de lavage dans un pull peuvent \u00eatre per\u00e7us comme tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9ables.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que, d&#8217;une part, les patients atteints du STC consid\u00e8rent souvent les tics comme une r\u00e9action \u00e0 la sensation pr\u00e9alable qui les pr\u00e9c\u00e8de et que, d&#8217;autre part, l&#8217;ex\u00e9cution du tic entra\u00eene une diminution temporaire de cette sensation pr\u00e9alable, il semble qu&#8217;il existe chez les patients atteints du STC un lien particuli\u00e8rement fort entre les perceptions et les actions, lien qui pourrait \u00eatre \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;apparition des tics. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, le groupe de recherche multidisciplinaire TEC4Tic (&#8220;Cognitive theory for Tourette syndrome &#8211; a novel perspective&#8221;, DFG FOR 2698) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2019. La th\u00e9orie du codage des \u00e9v\u00e9nements (TEC) d\u00e9velopp\u00e9e par Bernhard Hommel constitue la base de cette approche. Il s&#8217;agit d&#8217;un concept-cadre ou d&#8217;une base cognitive pour les processus de perception et d&#8217;action. On consid\u00e8re que les perceptions sont stock\u00e9es dans des fichiers dits &#8220;objets&#8221; et les actions dans des fichiers dits &#8220;actions&#8221;. Selon le TEC, cela ne se fait en aucun cas ind\u00e9pendamment les uns des autres, mais plut\u00f4t selon les m\u00eames codes, de mani\u00e8re interd\u00e9pendante et relative, de sorte qu&#8217;un couplage entre les &#8220;fichiers d&#8217;objets&#8221; et les &#8220;fichiers d&#8217;actions&#8221; correspondants donne naissance \u00e0 ce que l&#8217;on appelle des &#8220;fichiers d&#8217;\u00e9v\u00e9nements&#8221;. Cela signifie que les cons\u00e9quences sensorielles d\u00e9coulant d&#8217;une action sont associ\u00e9es \u00e0 celle-ci et vice versa. Il est important qu&#8217;un &#8220;fichier d&#8217;\u00e9v\u00e9nements&#8221; \u00e9tabli soit activ\u00e9 par un stimulus qu&#8217;il contient et qu&#8217;il soit ensuite enti\u00e8rement rappel\u00e9, ce que l&#8217;on appelle la &#8220;logique de compl\u00e9tion de pattern&#8221;. De plus, les fichiers d&#8217;\u00e9v\u00e9nements d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis ont une influence consid\u00e9rable sur les actions ult\u00e9rieures. Si un stimulus d\u00e9j\u00e0 li\u00e9 dans un &#8220;event-file&#8221; est pr\u00e9sent\u00e9 dans un autre contexte, les liens d\u00e9j\u00e0 existants au sein du &#8220;event-file&#8221; pr\u00e9existant posent probl\u00e8me, car les liens pr\u00e9existants doivent d&#8217;abord \u00eatre rompus. Ces probl\u00e8mes sont appel\u00e9s &#8220;co\u00fbts de r\u00e9p\u00e9tition partielle&#8221;. L&#8217;importance de ces &#8220;co\u00fbts de r\u00e9p\u00e9tition partielle&#8221;, qui se traduisent par exemple par une augmentation du temps de r\u00e9action ou du taux d&#8217;erreur dans les &#8220;stimulus response tasks&#8221;, constitue une mesure de la force du lien entre la perception et l&#8217;action. En effet, les premi\u00e8res \u00e9tudes ont montr\u00e9 une augmentation de ces &#8220;co\u00fbts de r\u00e9p\u00e9tition partielle&#8221; chez les patients atteints de STG, indiquant un couplage particuli\u00e8rement fort entre les perceptions (par exemple, les pr\u00e9-sentiments) et les actions (par exemple, les tics).<\/p>\n<h2 id=\"distinction-entre-le-stc-et-les-tics-fonctionnels\">Distinction entre le STC et les tics fonctionnels<\/h2>\n<p>Dans le contexte de la forte m\u00e9diatisation r\u00e9cente des troubles du tic, en particulier des manifestations extr\u00eames avec des coproph\u00e9nom\u00e8nes tr\u00e8s accentu\u00e9s, et en raison du fait que des sympt\u00f4mes qui n&#8217;ont que peu ou pas de points communs avec un syndrome de Gilles de la Tourette classique sont \u00e9galement qualifi\u00e9s de Gilles de la Tourette, il est important de faire une distinction claire entre le STC et les autres troubles. Les &#8220;mouvements de type tic&#8221;, de plus en plus fr\u00e9quents ces derniers temps, qui surviennent dans le cadre de troubles fonctionnels, rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard. C&#8217;est surtout dans les m\u00e9dias sociaux et sur les plateformes vid\u00e9o comme YouTube que l&#8217;on trouve une accumulation de &#8220;patients Tourette&#8221; qui g\u00e9n\u00e8rent une \u00e9norme attention m\u00e9diatique en pr\u00e9sentant des comportements bizarres et certainement divertissants pour un groupe cible sp\u00e9cifique. Cette exposition publique de soi-disant tics, tout \u00e0 fait atypique pour les patients atteints du syndrome de Gilles de la Tourette, d\u00e9forme fortement la perception du public sur le SGT, ce qui entra\u00eene un stress \u00e9norme pour les personnes r\u00e9ellement atteintes et leurs familles. La distinction entre les troubles fonctionnels avec mouvements de type tic et le syndrome de Gilles de la Tourette classique est d&#8217;une importance exceptionnelle sur le plan th\u00e9rapeutique. Les points suivants peuvent servir d&#8217;orientation \u00e0 cet \u00e9gard : Par exemple, si les &#8220;tics&#8221; sont plut\u00f4t des mouvements complexes, lents et toniques, plut\u00f4t que des mouvements brefs, fragment\u00e9s et saccad\u00e9s, comme d\u00e9crit ci-dessus, cela ne plaide pas en faveur d&#8217;un STC classique. De m\u00eame, une relation contextuelle ou une action li\u00e9e \u00e0 un but ou \u00e0 un objet sont plus susceptibles de faire penser \u00e0 un trouble fonctionnel. De m\u00eame, dans le cadre d&#8217;un STC, les tics n&#8217;ont g\u00e9n\u00e9ralement pas de caract\u00e8re communicatif imm\u00e9diat. Cela vaut en particulier pour les ph\u00e9nom\u00e8nes de coproph\u00e9nom\u00e8ne, qui sont de toute fa\u00e7on plut\u00f4t rares et qui occupent souvent une place tr\u00e8s centrale dans les m\u00e9dias. S&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;insultes courtes, &#8220;hach\u00e9es&#8221; et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de mani\u00e8re st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, sans lien direct avec une situation ou une personne, c&#8217;est typique du STC, alors que des phrases enti\u00e8res, un lien avec une situation qui pourrait offenser une personne en particulier ou une multitude d&#8217;expressions diff\u00e9rentes qui ne se r\u00e9p\u00e8tent pas ou rarement sont plut\u00f4t des signes de troubles fonctionnels. Les insultes cibl\u00e9es, la destruction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&#8217;objets, les comportements d&#8217;agression sexuelle ou l&#8217;agression d&#8217;autres personnes ne font pas partie des sympt\u00f4mes du syndrome de Gilles de la Tourette.<\/p>\n<p>D&#8217;autres indices peuvent \u00eatre fournis par le d\u00e9but des sympt\u00f4mes (SGT g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;\u00e9cole primaire, tics fonctionnels g\u00e9n\u00e9ralement &gt;18), les comorbidit\u00e9s \u00e9ventuelles (SGT souvent TDAH, trouble anxieux et obsessionnel-compulsif, troubles fonctionnels plus souvent troubles de la personnalit\u00e9) et l&#8217;absence de r\u00e9ponse aux antipsychotiques dans le cas des troubles fonctionnels.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;ensemble, il est donc important de ne pas consid\u00e9rer le syndrome de Gilles de la Tourette comme une sorte de terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant des comportements socialement inacceptables et, en cas de doute, d&#8217;orienter les patients vers un service ambulatoire sp\u00e9cialis\u00e9 afin d&#8217;\u00e9viter une erreur de diagnostic et les cons\u00e9quences parfois graves qui en d\u00e9coulent.<\/p>\n<h2 id=\"messages-take-home\">Messages Take-Home<\/h2>\n<ul>\n<li>Le SGT n&#8217;est pas un trouble psychosomatique, mais plut\u00f4t un trouble neurologique ou neuropsychiatrique, dont le d\u00e9terminisme est essentiellement g\u00e9n\u00e9tique et qui repose sur des anomalies neuroanatomiques et neurophysiologiques.  &nbsp;<\/li>\n<li>Souvent, l&#8217;\u00e9volution est b\u00e9nigne et ne n\u00e9cessite pas de traitement sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li>La coprolalie n&#8217;appara\u00eet que chez environ 20% des personnes concern\u00e9es et consiste g\u00e9n\u00e9ralement en des injures isol\u00e9es, &#8220;hach\u00e9es&#8221;, sans lien contextuel ni caract\u00e8re communicatif.<\/li>\n<li>En cas de souffrance importante, des formes efficaces de th\u00e9rapie m\u00e9dicamenteuse, psychoth\u00e9rapeutique et interventionnelle sont disponibles.<\/li>\n<li>La distinction entre les troubles fonctionnels et les &#8220;tics&#8221; est difficile \u00e0 faire.<\/li>\n<li>Les &#8220;mouvements&#8221; peuvent \u00eatre difficiles \u00e0 d\u00e9tecter, de sorte qu&#8217;en cas de doute, il est conseill\u00e9 de se rendre dans un service ambulatoire sp\u00e9cialis\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n<em><strong>Remerciements : <\/strong>Nous remercions la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) pour son soutien (FOR 2698).<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Litt\u00e9rature compl\u00e9mentaire :<\/p>\n<ul>\n<li>Brandt VC, Beck C, Sajin V, et al. : Relation temporelle entre les urines pr\u00e9monitoires et les tics dans le syndrome de Gilles de la Tourette. Cortex . 2016 ; 77 : 24-37.<\/li>\n<li>Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, 21 juillet 2019, n\u00b0 29, entretien avec le professeur Alexander M\u00fcnchau.<\/li>\n<li>Ganos C, Garrido A, Navalpotro-Gomez I, et al. : L&#8217;envie pr\u00e9monitoire de tic dans la maladie de Tourette est associ\u00e9e \u00e0 la prise de conscience interocclusive. Mov Disord. 2015 ; 30(9) : 1198-1202.<\/li>\n<li>Ganos C, Roessner V, M\u00fcnchau A : L&#8217;anatomie fonctionnelle du syndrome de Tourette. Neurosci Biobehav Rev. 2013 ; 37 : 1050-1062.<\/li>\n<li>Hommel B : Event files : feature binding in and across perception and action. Tendances Cogn Sci. 2004 ; 8(11) : 494-500.<\/li>\n<li>Leckman JF : Syndrome de Tourette. Lancet. 2002 ; 360(9345) : 1577-1586.<\/li>\n<li>Leckman JF, Walker DE, Cohen DJ : urges pr\u00e9monitoires dans le syndrome de Tourette. Am J Psychiatry. 1993 ; 150(1) : 98-102.<\/li>\n<li>Muller-Vahl KR, Kaufmann J, Grosskreutz J, et al. : Anomalies du cortex pr\u00e9frontal et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur dans le syndrome de Tourette : preuves issues de la morphom\u00e9trie bas\u00e9e sur les voxels et de l&#8217;imagerie par transfert de magn\u00e9tisation. BMC Neurosci. 2009 ; 10 : 47.<\/li>\n<li>Petruo V, Bodmer B, Brandt VC, et al : Altered perception-action binding modulates inhibitory control in Gilles de la Tourette syndrome. J Child Psychol Psychiatry 2019 ; 60 : 953-962.<\/li>\n<li>Roessner V, Plessen KJ, Rothenberger A, et al : European clinical guidelines for Tourette syndrome and other tic disorders. Partie II : traitement pharmacologique. Eur Child Adolesc Psychiatry. 2011 ; 20(4) : 173-196.<\/li>\n<li>Kleimaker A, Kleimaker M, Beste C, B\u00e4umer T, M\u00fcnchau A. Somatosensory processing in Gilles de la Tourette syndrome. Revue de neuropsychologie 2019 ; 30 : 238-242.<\/li>\n<li>Worbe Y, Marrakchi-Kacem L, Lecomte S, et al. : Alt\u00e9ration de la connectivit\u00e9 structurelle des r\u00e9seaux cortico-striato-pallido-thalamiques dans le syndrome de Gilles de la Tourette. Brain . 2015 ; 138(Pt 2) : 472-482.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>InFo NEUROLOGIE &amp; PSYCHIATRIE 2020 ; 18(1) : 10-13<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) est l&#8217;un des troubles neuropsychiatriques les plus fr\u00e9quents. Elle est principalement d\u00e9termin\u00e9e g\u00e9n\u00e9tiquement et repose sur des anomalies neuroanatomiques et neurophysiologiques. 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