{"id":337271,"date":"2018-09-27T02:00:00","date_gmt":"2018-09-27T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/possibilites-dutilisation-donnees-disponibles-et-conseils-pour-la-pratique\/"},"modified":"2018-09-27T02:00:00","modified_gmt":"2018-09-27T00:00:00","slug":"possibilites-dutilisation-donnees-disponibles-et-conseils-pour-la-pratique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/possibilites-dutilisation-donnees-disponibles-et-conseils-pour-la-pratique\/","title":{"rendered":"Possibilit\u00e9s d&#8217;utilisation, donn\u00e9es disponibles et conseils pour la pratique"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le volume des prescriptions de psychotropes augmente rapidement dans de nombreux segments. La prescription de psychotropes fait donc partie du quotidien, non seulement dans la pratique psychiatrique, mais aussi dans la pratique de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale. Que faut-il prendre en compte ?<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>La prescription de psychotropes fait partie du quotidien des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes, et pas seulement des psychiatres. Les substances de ce groupe peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour traiter des troubles psychiques tels que la d\u00e9pression, l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 ou la schizophr\u00e9nie, mais aussi pour traiter la douleur, les troubles du sommeil ou d&#8217;autres maladies psychosomatiques. En 2017, selon Interpharma, les m\u00e9dicaments contre les maladies du syst\u00e8me nerveux central repr\u00e9sentaient la plus grande part de march\u00e9 de tous les m\u00e9dicaments distribu\u00e9s en Suisse, soit 16,3% [1].<\/p>\n<p>Le volume des prescriptions de psychotropes augmente rapidement dans de nombreux segments : par exemple, les prescriptions d&#8217;antid\u00e9presseurs ont augment\u00e9 de plus de 40% au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Dans ce contexte, la prescription d&#8217;ISRS (deux fois) et d&#8217;IRSN (trois fois) est en plein essor, tandis que la prescription d&#8217;antid\u00e9presseurs plus anciens tels que les tricycliques ou les inhibiteurs de la MAO est en baisse. Parmi les antipsychotiques, ce sont surtout les atypiques qui sont plus souvent prescrits (&gt;60%), tandis que les typiques \u00e0 forte puissance sont en l\u00e9g\u00e8re baisse. La prescription de psychostimulants est \u00e0 peu pr\u00e8s constante et celle des tranquillisants est en baisse. Environ un tiers de toutes les prescriptions de psychotropes proviennent de m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes [2].<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans la psychopharmacoth\u00e9rapie, puisqu&#8217;il conna\u00eet le mieux le patient dans l&#8217;ensemble de ses souffrances physiques et psychiques, qu&#8217;il peut identifier les contre-indications \u00e0 la m\u00e9dication, comme par exemple une fonction r\u00e9nale r\u00e9duite, ou qu&#8217;il peut anticiper les interactions possibles en cas de polym\u00e9dication. Il est \u00e9galement souvent le premier interlocuteur lorsque son patient souffre d&#8217;un burnout, de troubles de la concentration ou de d\u00e9mence. Le seuil d&#8217;inhibition pour une consultation chez le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste est g\u00e9n\u00e9ralement beaucoup plus bas pour les patients que celui pour une visite chez le psychiatre. Le diagnostic diff\u00e9rentiel avec les affections physiques se fait \u00e9galement ici, car de nombreuses maladies somatiques s&#8217;accompagnent d&#8217;une pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9e de maladies d\u00e9pressives comorbides. Par exemple, jusqu&#8217;\u00e0 27% des patients atteints de maladies cardiovasculaires et jusqu&#8217;\u00e0 75% des patients atteints de la maladie de Parkinson pr\u00e9sentent des signes de d\u00e9pression [3,4]. Enfin, de nombreux m\u00e9dicaments utilis\u00e9s en m\u00e9decine somatique, tels que les st\u00e9ro\u00efdes ou les b\u00eatabloquants, provoquent \u00e9galement des effets ind\u00e9sirables fr\u00e9quents de la d\u00e9pression, ce qui devrait \u00eatre pris en compte lors de leur utilisation.<\/p>\n<p>De nombreux psychotropes n\u00e9cessitent des examens de contr\u00f4le des organes de m\u00e9tabolisation ou d&#8217;\u00e9limination : contr\u00f4les ECG pour les substances susceptibles d&#8217;allonger l&#8217;intervalle QTc, examens h\u00e9matologiques par exemple lors de la prise de clozapine, contr\u00f4le du poids et recherche d&#8217;un syndrome m\u00e9tabolique avec de nombreux antipsychotiques ou un suivi th\u00e9rapeutique (Therapeutic Drug Monitoring &#8211; TDM) pour les substances \u00e0 marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite comme le lithium. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ces examens sont effectu\u00e9s dans le cadre de la pratique de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale. De nombreuses recommandations de traitement et directives internes aux cliniques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es sur les examens de contr\u00f4le utiles sous psychopharmacoth\u00e9rapie.<\/p>\n<h2 id=\"antidepresseurs\">Antid\u00e9presseurs<\/h2>\n<p>Les maladies mentales repr\u00e9sentent une part importante &#8211; et croissante &#8211; des cas de maladie dans le monde. La pr\u00e9valence ponctuelle de la population active de souffrir d&#8217;une maladie mentale \u00e0 un moment donn\u00e9 est de 20%. Pour la seule d\u00e9pression, la pr\u00e9valence \u00e0 12 mois de la population en Europe est de 7,9%. Dans les 33 pays de l&#8217;OCDE, la demande d&#8217;antid\u00e9presseurs est en augmentation. Parall\u00e8lement, les taux de suicide y baissent, ce qui est attribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9stigmatisation des maladies mentales, \u00e0 une meilleure densit\u00e9 des soins et \u00e0 une attention accrue port\u00e9e aux maladies affectives [5]. Selon l&#8217;OMS, environ 350 millions de personnes dans le monde souffrent de d\u00e9pression et le suicide tue plus de 800 000 personnes par an. Les co\u00fbts socio-\u00e9conomiques des maladies d\u00e9pressives sont immenses : aux \u00c9tats-Unis, ils ont \u00e9t\u00e9 estim\u00e9s \u00e0 210 milliards pour l&#8217;ann\u00e9e 2015 [6]. Le traitement d&#8217;une d\u00e9pression conforme aux lignes directrices peut \u00eatre consult\u00e9 dans les recommandations de traitement des soci\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es nationales. Elle d\u00e9pend du degr\u00e9 de gravit\u00e9 de la maladie (l\u00e9g\u00e8re, mod\u00e9r\u00e9e, s\u00e9v\u00e8re), des sympt\u00f4mes associ\u00e9s et des ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux de chacun [7\u201310].<\/p>\n<p>Pour quantifier la gravit\u00e9 de la maladie, on peut utiliser des scores tels que le Hamilton ou le Beck-Depression-Inventory [11,12]. Les d\u00e9pressions graves qui entra\u00eenent une perte totale de fonctions dans la vie quotidienne ou qui sont marqu\u00e9es par des tendances suicidaires doivent \u00eatre trait\u00e9es en milieu hospitalier.<\/p>\n<p>Pour les antid\u00e9presseurs, plus la d\u00e9pression est s\u00e9v\u00e8re, plus il est probable que la pharmacoth\u00e9rapie soit b\u00e9n\u00e9fique. De mani\u00e8re tr\u00e8s simplifi\u00e9e, on pourrait dire qu&#8217;une d\u00e9pression l\u00e9g\u00e8re ne devrait pas \u00eatre trait\u00e9e pharmacologiquement, qu&#8217;une d\u00e9pression mod\u00e9r\u00e9e peut l&#8217;\u00eatre et qu&#8217;une d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re doit absolument l&#8217;\u00eatre. La pharmacoth\u00e9rapie fait toujours partie d&#8217;un concept clinique global \u00e0 long terme qui prend en compte le contexte biographique, social, somatique et psychologique. Un traitement efficace de la d\u00e9pression repose sur trois piliers : la psychoth\u00e9rapie, la pharmacoth\u00e9rapie et les mesures de soutien <strong>(fig.&nbsp;1). <\/strong>Ces derni\u00e8res comprennent notamment l&#8217;exercice physique, la luminoth\u00e9rapie et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des techniques de stimulation ou de relaxation. L&#8217;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT) peut \u00eatre utilis\u00e9e lorsque la maladie est grave. Ce concept doit \u00eatre communiqu\u00e9 au patient. Pour une observance optimale de la pharmacoth\u00e9rapie, il convient de noter que de nombreux effets ind\u00e9sirables (EI), tels que les c\u00e9phal\u00e9es, les naus\u00e9es ou les vertiges, surviennent g\u00e9n\u00e9ralement sous antid\u00e9presseurs imm\u00e9diatement apr\u00e8s le d\u00e9but du traitement, qu&#8217;ils sont en g\u00e9n\u00e9ral rapidement r\u00e9versibles, mais que les effets souhait\u00e9s n&#8217;apparaissent qu&#8217;environ 14 jours apr\u00e8s le d\u00e9but du traitement.  &nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-10794\" alt=\"\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1.png\" style=\"height:373px; width:400px\" width=\"875\" height=\"817\" srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1.png 875w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1-800x747.png 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1-120x112.png 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1-90x84.png 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1-320x299.png 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb1_hp9_s1-560x523.png 560w\" sizes=\"(max-width: 875px) 100vw, 875px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les principaux antid\u00e9presseurs utilis\u00e9s sont les inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS), les inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline (ISRSN), plus puissants, et les antid\u00e9presseurs tricycliques, la r\u00e9box\u00e9tine en tant qu&#8217;inhibiteur s\u00e9lectif de la recapture de la noradr\u00e9naline (ISRN), le moclob\u00e9mide en tant qu&#8217;inhibiteur r\u00e9versible de la MAO-A (RIMA), le bupropion en tant qu&#8217;inhibiteur s\u00e9lectif de la recapture de la noradr\u00e9naline\/dopamine (ISRND) et l&#8217;agom\u00e9latine, un agoniste des r\u00e9cepteurs 1\/2 de la m\u00e9latonine et un antagoniste 5-HT-2C. La vortiox\u00e9tine, qui agit principalement par inhibition du transporteur de la s\u00e9rotonine (5 HT), a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e. Nous disposons \u00e9galement de la mians\u00e9rine et de la trazodone, des antid\u00e9presseurs de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. La k\u00e9tamine en tant qu&#8217;antagoniste du NMDA est utilis\u00e9e &#8220;off label&#8221; pour le traitement aigu des d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Le choix de l&#8217;antid\u00e9presseur se fait en fonction de l&#8217;anamn\u00e8se individuelle du patient, des sympt\u00f4mes associ\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pression et de l&#8217;exp\u00e9rience du m\u00e9decin. La connaissance pr\u00e9cise du m\u00e9canisme d&#8217;action de chaque substance peut \u00eatre utile \u00e0 cet \u00e9gard : Selon le syst\u00e8me vis\u00e9, il est possible d&#8217;\u00e9valuer le spectre d&#8217;action du m\u00e9dicament et de pr\u00e9voir les \u00e9ventuels effets ind\u00e9sirables.  <strong>(Fig.&nbsp;2).  <\/strong>Par exemple, un patient d\u00e9pressif souffrant de troubles du sommeil se verra plut\u00f4t prescrire de la trazodone, de l&#8217;amitriptyline ou de la mirtazapine en tant que somnif\u00e8re, un patient ob\u00e8se ne se verra pas prescrire de mirtazapine en raison de la fr\u00e9quence des prises de poids significatives et un patient \u00e2g\u00e9 ne se verra pas prescrire un tricyclique anticholinergique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10795 lazyload\" alt=\"\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14.png\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/700;height:382px; width:600px\" width=\"1100\" height=\"700\" data-srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14.png 1100w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14-800x509.png 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14-120x76.png 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14-90x57.png 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14-320x204.png 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb2_hp9_s14-560x356.png 560w\" data-sizes=\"(max-width: 1100px) 100vw, 1100px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"est-il-utile-de-prendre-des-antidepresseurs\">Est-il utile de prendre des antid\u00e9presseurs ?<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 une fr\u00e9quence de prescription \u00e9lev\u00e9e et une longue exp\u00e9rience clinique de leur efficacit\u00e9, l&#8217;utilisation des antid\u00e9presseurs est toujours remise en question. Des voix critiques remettant totalement en question l&#8217;efficacit\u00e9 des antid\u00e9presseurs et l&#8217;attribuant \u00e0 des erreurs m\u00e9thodologiques dans la conduite des \u00e9tudes se sont \u00e9lev\u00e9es il y a environ dix ans [13].<\/p>\n<p>Une nouvelle m\u00e9ta-analyse sur l&#8217;efficacit\u00e9 de 21 antid\u00e9presseurs, portant sur 116 477 patients d\u00e9prim\u00e9s dans 522 essais cliniques, a montr\u00e9 que le traitement antid\u00e9presseur est clairement sup\u00e9rieur \u00e0 l&#8217;effet placebo. Les crit\u00e8res d&#8217;\u00e9valuation primaires \u00e9taient ici l'&#8221;efficacy&#8221; (taux de r\u00e9ponse des patients avec &gt;50% de r\u00e9duction sur une \u00e9chelle de d\u00e9pression) et l'&#8221;acceptability&#8221; (mesur\u00e9e par la proportion de patients qui ont arr\u00eat\u00e9 le traitement). Les crit\u00e8res d&#8217;\u00e9valuation secondaires \u00e9taient le score de d\u00e9pression apr\u00e8s traitement, le taux de r\u00e9mission et l&#8217;abandon pour cause d&#8217;EI. La m\u00e9ta-analyse prend \u00e9galement en compte de nombreuses comparaisons individuelles de substances actives entre elles. En termes d&#8217;efficacit\u00e9, c&#8217;est surtout l&#8217;amitriptyline qui s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e efficace, avec un OR de 2,13 (IC \u00e0 95% : 1,89-2,41) contre placebo, suivie par la mirtazapine et l&#8217;IRSN. Dans les comparaisons individuelles, l&#8217;agom\u00e9latine, l&#8217;amitriptyline, l&#8217;escitalopram, la mirtazapine, la parox\u00e9tine, la venlafaxine et la vortiox\u00e9tine \u00e9taient plus efficaces que les autres antid\u00e9presseurs (ORs 1,19-1,96). En ce qui concerne l&#8217;acceptabilit\u00e9, l&#8217;agom\u00e9latine, le citalopram, l&#8217;escitalopram, la fluox\u00e9tine, la sertraline et la vortiox\u00e9tine se sont av\u00e9r\u00e9s, sans surprise, sup\u00e9rieurs aux autres substances. Les tricycliques ont pr\u00e9sent\u00e9 les taux d&#8217;interruption de traitement les plus \u00e9lev\u00e9s [14].<\/p>\n<h2 id=\"les-antidepresseurs-dans-le-traitement-de-la-douleur\">Les antid\u00e9presseurs dans le traitement de la douleur<\/h2>\n<p>Les psychotropes ont \u00e9galement une place de choix dans la m\u00e9decine somatique. La douleur neuropathique touche environ 8% de la population. Le traitement est souvent exigeant, multimodal et interdisciplinaire. Des techniques th\u00e9rapeutiques, pharmacologiques et interventionnelles sont utilis\u00e9es \u00e0 cet effet. Les substances pharmacologiques de premi\u00e8re ligne pour le traitement de la douleur neuropathique sont les antid\u00e9presseurs et les anti\u00e9pileptiques. Ainsi, les antid\u00e9presseurs tricycliques amitriptyline, clomipramine, imipramine et trimipramine sont \u00e9galement autoris\u00e9s en Suisse pour l&#8217;indication &#8220;\u00e9tats douloureux chroniques&#8221;. Du point de vue physiopathologique, cela a du sens, car ces substances peuvent influencer l&#8217;activit\u00e9 spinale et donc le traitement de la douleur dans la modulation top-down des eff\u00e9rences descendantes [15]. Ainsi, l&#8217;amitriptyline est la substance qui a le plus faible NNT (Number Needed to Treat) dans la douleur neuropathique p\u00e9riph\u00e9rique, devant les anti\u00e9pileptiques, les opio\u00efdes et la gabapentine [16]. En outre, il existe un grand recoupement entre la d\u00e9pression et la douleur : ainsi, une d\u00e9pression est diagnostiqu\u00e9e chez 25% de tous les patients souffrant de douleurs chroniques et, inversement, des syndromes douloureux sont pr\u00e9sents chez &gt;50% des patients d\u00e9prim\u00e9s. L&#8217;administration d&#8217;antid\u00e9presseurs dans le cadre d&#8217;un traitement multimodal de la douleur est donc judicieuse et parfaitement \u00e9tablie.<\/p>\n<h2 id=\"anxiolytiques-et-sedatifs\">Anxiolytiques et s\u00e9datifs<\/h2>\n<p>Des substances de diff\u00e9rents groupes sont utilis\u00e9es comme s\u00e9datifs. Il s&#8217;agit classiquement des benzodiaz\u00e9pines, des narcotiques et des barbituriques, mais aussi des antipsychotiques, des antid\u00e9presseurs s\u00e9datifs, des opio\u00efdes, des antihistaminiques, de la clonidine et des substances actives \u00e0 base de plantes. Selon le contexte clinique, ces substances peuvent \u00eatre utilis\u00e9es \u00e0 bon escient, \u00e0 condition de prendre en compte les effets ind\u00e9sirables potentiellement dangereux des m\u00e9dicaments ou les interactions, ainsi que le d\u00e9veloppement \u00e9ventuel d&#8217;une d\u00e9pendance. Les benzodiaz\u00e9pines sont utilis\u00e9es de mani\u00e8re rationnelle et ponctuelle dans les troubles anxieux et paniques ou dans les douleurs thoraciques aigu\u00ebs. Les benzodiaz\u00e9pines ont un effet anxiolytique, augmentent les concentrations de GABA dans le SNC, r\u00e9duisent les taux plasmatiques de cat\u00e9cholamines p\u00e9riph\u00e9riques, provoquent une vasodilatation coronarienne aigu\u00eb et ont un effet prophylactique contre les arythmies. Ainsi, ils sont \u00e9galement utiles d&#8217;un point de vue physiopathologique dans le traitement aigu d&#8217;un infarctus du myocarde. Une utilisation \u00e0 long terme, comme par exemple en cas de troubles du sommeil chroniques, ne semble pas judicieuse.<\/p>\n<h2 id=\"psychostimulants-et-neuroenhancers\">Psychostimulants et neuroenhancers<\/h2>\n<p>L&#8217;utilisation de psychostimulants, principalement le m\u00e9thylph\u00e9nidate, mais aussi la lisdexamph\u00e9tamine, est r\u00e9pandue et en augmentation. Le TDAH touche 3 \u00e0 5 % des enfants et adolescents suisses. Parmi eux, un quart est trait\u00e9 par m\u00e9thylph\u00e9nidate. Mais le m\u00e9decin n&#8217;est pas seulement consult\u00e9 pour des indications m\u00e9dicales, mais aussi parce que les patients se sentent de plus en plus incapables de faire face aux exigences \u00e9lev\u00e9es de leur environnement de travail. Environ 4% des personnes actives ou en formation en Suisse ont d\u00e9j\u00e0 pris des m\u00e9dicaments sur ordonnance pour am\u00e9liorer leur humeur ou leurs performances cognitives (neuroenhancement) sans indication m\u00e9dicale. Chez les \u00e9tudiants, 7,6% ont d\u00e9j\u00e0 pris des m\u00e9dicaments sur ordonnance pour am\u00e9liorer leurs performances, dont le m\u00e9thylph\u00e9nidate pour 4,1% des r\u00e9pondants. Que la prise de substances am\u00e9liorant la performance soit utile ou non, le prescripteur est de plus en plus confront\u00e9 \u00e0 ces demandes [17,18].<\/p>\n<h2 id=\"antipsychotiques\">Antipsychotiques<\/h2>\n<p>Les effets des antipsychotiques comprennent des propri\u00e9t\u00e9s antipsychotiques, s\u00e9datives, extrapyramidales-motrices, endocriniennes, cardiaques et m\u00e9taboliques. Il existe diff\u00e9rentes affinit\u00e9s entre les r\u00e9cepteurs des diff\u00e9rentes substances, qui d\u00e9terminent le profil d&#8217;action souhait\u00e9 et ind\u00e9sirable. Les indications incluent la schizophr\u00e9nie et les psychoses maniaques, et les substances sont \u00e9galement utilis\u00e9es dans les \u00e9tats d&#8217;excitation psychomotrice, en anesth\u00e9sie et comme anti\u00e9m\u00e9tiques. La pharmacoth\u00e9rapie est la pierre angulaire du traitement aigu et \u00e0 long terme des maladies schizophr\u00e9niques. Elle entra\u00eene une r\u00e9mission chez 17 \u00e0 78% des patients atteints pour la premi\u00e8re fois. En cas de r\u00e9cidive, entre 16% et 62% des personnes concern\u00e9es r\u00e9pondent encore, selon les \u00e9tudes, mais des doses plus \u00e9lev\u00e9es sont n\u00e9cessaires pour obtenir une r\u00e9mission et celle-ci n&#8217;est atteinte qu&#8217;apr\u00e8s une longue p\u00e9riode. La complexit\u00e9 du traitement des patients atteints de schizophr\u00e9nie s&#8217;est consid\u00e9rablement accrue. La forme d&#8217;administration, la dose et \u00e9galement les th\u00e9rapies combin\u00e9es d\u00e9pendent du stade de la maladie (premi\u00e8re psychose, rechute), de la gravit\u00e9 de la maladie et de l&#8217;expression des sympt\u00f4mes (sympt\u00f4mes positifs\/n\u00e9gatifs) ainsi que des EI. Au stade aigu, un traitement combin\u00e9 avec des benzodiaz\u00e9pines est souvent indiqu\u00e9. Un traitement conforme aux lignes directrices est g\u00e9n\u00e9ralement entre les mains du psychiatre et peut \u00eatre consult\u00e9 aupr\u00e8s des soci\u00e9t\u00e9s savantes (par ex. SGPP, DGPPN, WFSBP). Le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9troitement impliqu\u00e9 dans le suivi du patient sous traitement antipsychotique, car ce groupe de substances puissantes pr\u00e9sente de nombreux EI potentiels, souvent graves, qui doivent \u00eatre recherch\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9troite, car ils ne sont pas toujours \u00e9vidents <strong>(fig.&nbsp;3).<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10796 lazyload\" alt=\"\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16.jpg\" style=\"--smush-placeholder-width: 914px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 914\/946;height:414px; width:400px\" width=\"914\" height=\"946\" data-srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16.jpg 914w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16-800x828.jpg 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16-120x124.jpg 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16-90x93.jpg 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16-320x331.jpg 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/abb3_hp9_s16-560x580.jpg 560w\" data-sizes=\"(max-width: 914px) 100vw, 914px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"cas-particulier-traitement-antipsychotique-chez-les-patients-geriatriques\">Cas particulier : traitement antipsychotique chez les patients g\u00e9riatriques<\/h2>\n<p>Dans la pharmacoth\u00e9rapie g\u00e9riatrique, les antipsychotiques&nbsp; sont souvent utilis\u00e9s comme s\u00e9datifs, voire comme somnif\u00e8res. Plus de 60% des patients atteints de d\u00e9mence re\u00e7oivent au moins un psychotrope, principalement des antipsychotiques, dans les maisons de soins. Il en est ressorti des indices d&#8217;une morbidit\u00e9 et d&#8217;une mortalit\u00e9 accrues dues, entre autres, \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements cardiovasculaires, des chutes, des pneumonies et des accidents isch\u00e9miques. Le risque de mortalit\u00e9 est multipli\u00e9 par 1,5 \u00e0 1,7 dans cette population de patients, ce qui a conduit la FDA \u00e0 \u00e9mettre un &#8220;avertissement bo\u00eete noire&#8221;. L&#8217;indication &#8220;d\u00e9mence&#8221; a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e pour les antipsychotiques&nbsp;. Les b\u00e9n\u00e9fices et les risques d&#8217;une prescription d&#8217;antipsychotiques doivent \u00eatre examin\u00e9s avec une attention particuli\u00e8re \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 [19\u201321].<\/p>\n<h2 id=\"messages-take-home\">Messages Take-Home<\/h2>\n<ul>\n<li>La psychopharmacoth\u00e9rapie est souvent indiqu\u00e9e et n&#8217;est pas seulement efficace et utile pour les maladies mentales.<\/li>\n<li>Une part importante de tous les m\u00e9dicaments psychotropes est prescrite dans la pratique de la m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale. Les effets ind\u00e9sirables des m\u00e9dicaments y sont \u00e9galement surveill\u00e9s.<\/li>\n<li>Une collaboration interdisciplinaire entre les sp\u00e9cialistes en m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale et en psychiatrie garantit la plus grande s\u00e9curit\u00e9 possible pour le patient.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLitt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Interpharma : march\u00e9 pharmaceutique suisse. Association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche. B\u00e2le 2018.<\/li>\n<li>Schwabe U, et al. (\u00e9d.) : Rapport sur les prescriptions de m\u00e9dicaments 2017. Springer 2017.<\/li>\n<li>Rudisch B, Nemeroff C : Epid\u00e9miologie des comorbidit\u00e9s de la maladie coronarienne et de la d\u00e9pression. Biol Psychiatry 2003 Aug 1 ; 54(3) : 227-240.<\/li>\n<li>McDonald WM, et al : Pr\u00e9valence, \u00e9tiologie et traitement de la d\u00e9pression dans la maladie de Parkinson. Biol Psychiatry 2003 Aug 1 ; 54(3) : 363-375.<\/li>\n<li>OCDE : Regards sur la sant\u00e9 2017 : Indicateurs de l&#8217;OCDE. Publication de l&#8217;OCDE 2017.<\/li>\n<li>OMS : Pr\u00e9venir le suicide : un imp\u00e9ratif mondial. OMS 2014.<\/li>\n<li>Holsboer-Trachsler E, et al. : Le traitement somatique des troubles d\u00e9pressifs unipolaires : Mise \u00e0 jour 2016. Swiss Medical Forum 2016 ; 16(35) : 716-724.<\/li>\n<li>NICE-Guidelines : Depression in adults : recognition and management. Avril 2018<\/li>\n<li>Deutsche Gesellschaft f\u00fcr Psychiatrie, Psychotherapie und Nervenheilkunde (DGPPN) : S3-Leitlinie\/Nationale Versorgungsleitlinie : Unipolare Depression. 2017.<\/li>\n<li>American Psychiatric Association : Practice Guideline for the Treatment of Patients With Major Depressive Disorder. 3\u00e8me \u00e9d. 2010.<\/li>\n<li>Hamilton M : A rating scale for depression. J Neurol Neurosurg Psychiatry 1960 ; 23 : 56-62.<\/li>\n<li>Beck AT, Ward CH, Mendelson M : Un inventaire pour mesurer la d\u00e9pression. Arch Gen Psychiatry 1961 ; 4 : 561-571.<\/li>\n<li>Ioannidis JP : Efficacit\u00e9 des antid\u00e9presseurs : un mythe de la preuve construit \u00e0 partir d&#8217;un millier d&#8217;essais randomis\u00e9s ? Philos Ethics Humanit Med 2008 May 27 ; 3 : 14.<\/li>\n<li>Cipriani A, et al : Efficacit\u00e9 comparative et acceptabilit\u00e9 de 21 m\u00e9dicaments antid\u00e9presseurs pour le traitement aigu des adultes souffrant de troubles d\u00e9pressifs majeurs : une revue syst\u00e9matique et une m\u00e9ta-analyse en r\u00e9seau. Lancet 2018 Apr 7 ; 391(10128) : 1357-1366.<\/li>\n<li>Gilron I, et al : Combination pharmacotherapy for management of chronic pain : from bench to bedside. Lancet Neurol 2013 Nov ; 12(11) : 1084-1095.<\/li>\n<li>Finnerup NB, et al : Algorithme pour le traitement de la douleur neuropathique : une proposition bas\u00e9e sur l&#8217;\u00e9vidence. Pain 2005 Dec 5 ; 118(3) : 289-305.<\/li>\n<li>OFSP : M\u00e9dicaments am\u00e9liorant les performances dans le cadre du neuroenhancement ainsi que sur la th\u00e9matique de l&#8217;utilisation th\u00e9rapeutique des m\u00e9dicaments contenant du m\u00e9thylph\u00e9nidate. 2014.<\/li>\n<li>Eckhard A : M\u00e9dicaments am\u00e9liorant les performances, signification, utilisation et effets. Rapport d&#8217;experts \u00e0 l&#8217;attention de l&#8217;OFSP. 20 mai 2014.<\/li>\n<li>Steinberg M, Lyketsos CG :&nbsp; Atypical Antipsychotic use in patients with dementia : Managing safety concerns. Am J Psychiatry 2012 Sep ; 169(9) : 900-906.<\/li>\n<li>Danielsson B, et al : Antid\u00e9presseurs et antipsychotiques class\u00e9s avec torsades de pointes risque d&#8217;arythmie et de mortalit\u00e9 chez les adultes \u00e2g\u00e9s &#8211; une \u00e9tude nationale su\u00e9doise. Br J Clin Pharmacol 2016 Apr ; 81(4) : 773-783.<\/li>\n<li>Gerhard T, et al : Comparative mortality risks of antipsychotic medications in community-dwelling older adults. Br J Psychiatry 2014 Jul ; 205(1) : 44-51.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>PRATIQUE DU M\u00c9DECIN DE FAMILLE 2018 ; 13(9) : 12-17<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le volume des prescriptions de psychotropes augmente rapidement dans de nombreux segments. 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