{"id":337755,"date":"2018-07-14T02:00:00","date_gmt":"2018-07-14T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/les-cellules-cancereuses-ont-trop-chaud\/"},"modified":"2018-07-14T02:00:00","modified_gmt":"2018-07-14T00:00:00","slug":"les-cellules-cancereuses-ont-trop-chaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/les-cellules-cancereuses-ont-trop-chaud\/","title":{"rendered":"Les cellules canc\u00e9reuses ont trop &#8220;chaud&#8221;."},"content":{"rendered":"<p><strong>Les traitements possibles du sarcome des tissus mous comprennent la chirurgie, la radioth\u00e9rapie et la chimioth\u00e9rapie. Depuis peu, on essaie d&#8217;amplifier les effets en appliquant de la chaleur aux cellules canc\u00e9reuses &#8211; avec succ\u00e8s.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>Chez les adultes, les sarcomes des tissus mous sont rares par rapport \u00e0 d&#8217;autres types de cancers (au total, ils repr\u00e9sentent moins de 1% de toutes les tumeurs malignes). Le traitement est planifi\u00e9 individuellement et d\u00e9pend, entre autres, de la localisation, de la taille du sarcome et des m\u00e9tastases. Les formes localis\u00e9es sont g\u00e9n\u00e9ralement soumises \u00e0 une chirurgie, combin\u00e9e \u00e0 une radioth\u00e9rapie pr\u00e9- ou postop\u00e9ratoire, et la chimioth\u00e9rapie p\u00e9riop\u00e9ratoire est \u00e9galement recommand\u00e9e comme option pour les patients \u00e0 haut risque.<\/p>\n<h2 id=\"un-creuset-pour-les-cellules-cancereuses\">Un &#8220;creuset&#8221; pour les cellules canc\u00e9reuses<\/h2>\n<p>Dans les \u00e9tudes pr\u00e9cliniques, mais aussi dans les premiers essais cliniques randomis\u00e9s, des effets synergiques ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s lorsque la radioth\u00e9rapie et la chimioth\u00e9rapie \u00e9taient combin\u00e9es \u00e0 une exposition r\u00e9gionale \u00e0 la chaleur de 40 \u00e0 43\u00b0C. Les effets de la radioth\u00e9rapie et de la chimioth\u00e9rapie sur les cellules canc\u00e9reuses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s. La chaleur ne tue pas seulement les cellules canc\u00e9reuses par toxicit\u00e9 thermique directe, mais augmente \u00e9galement l&#8217;effet du m\u00e9dicament ou de la substance. Sensibilisation des tissus \u00e0 la chimioth\u00e9rapie ou \u00e0 la radioth\u00e9rapie et induction d&#8217;une r\u00e9ponse immunitaire (antitumorale) via des prot\u00e9ines de stress et divers autres m\u00e9canismes d&#8217;alerte [1].<\/p>\n<p>Un groupe de chercheurs de Munich a d\u00e9montr\u00e9 la faisabilit\u00e9 et l&#8217;efficacit\u00e9 de cette proc\u00e9dure d\u00e8s 1990 pour les sarcomes \u00e0 haut risque [2]. De nombreuses ann\u00e9es se sont encore \u00e9coul\u00e9es. Le premier auteur de l&#8217;\u00e9poque et l&#8217;un des scientifiques les plus actifs dans ce domaine, le professeur Rolf D. Issels de l&#8217;h\u00f4pital universitaire de Munich, a continu\u00e9 \u00e0 travailler sur le sujet. En collaboration avec des centres universitaires de Norv\u00e8ge, d&#8217;Autriche et des \u00c9tats-Unis ainsi que six h\u00f4pitaux allemands, sous la direction r\u00e9cente de Munich, les r\u00e9sultats d&#8217;une \u00e9tude randomis\u00e9e de phase III comparant l&#8217;hyperthermie locor\u00e9gionale associ\u00e9e \u00e0 la chimioth\u00e9rapie n\u00e9oadjuvante \u00e0 la chimioth\u00e9rapie seule ont pu \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s pour la premi\u00e8re fois en 2010 [3].<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me d&#8217;hyperthermie BSD-2000 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 \u00e0 cet effet. Dans un dispositif de couchage annulaire, l&#8217;\u00e9nergie thermique \u00e0 haute fr\u00e9quence est concentr\u00e9e de mani\u00e8re s\u00e9lective sur la zone de traitement cible en profondeur \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des membres, du bassin, de l&#8217;abdomen ou du thorax. La configuration dite \u00e0 r\u00e9seau phas\u00e9 concentre l&#8217;\u00e9nergie du rayonnement en disposant des \u00e9metteurs individuels. Les antennes r\u00e9seau \u00e0 commande de phase permettent d&#8217;obtenir une forte directivit\u00e9. La temp\u00e9rature augmente \u00e0 l&#8217;endroit cibl\u00e9 (les tissus contenant de l&#8217;eau sont chauff\u00e9s par le couplage d&#8217;ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques), tandis que le syst\u00e8me supprime le rayonnement ailleurs. Le tout est surveill\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 par ordinateur et via des capteurs ou un &#8220;thermostat&#8221;. La temp\u00e9rature cible dans l&#8217;\u00e9tude \u00e9tait de 42\u00b0C (donc une tr\u00e8s forte fi\u00e8vre) pendant une heure aux jours 1 et 4 de chaque cycle de chimioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Sur les 341 adultes randomis\u00e9s atteints de sarcomes des tissus mous localis\u00e9s \u00e0 haut risque, presque tous ont subi une (r\u00e9)r\u00e9section et un peu plus des deux tiers par groupe ont subi une radioth\u00e9rapie. En moyenne, les patients ont re\u00e7u des doses de 53,2 vs. 52,7&nbsp;Gy. Le traitement n\u00e9oadjuvant comprenait les deux agents chimioth\u00e9rapeutiques les plus actifs dans ce domaine, la doxorubicine et l&#8217;ifosfamide. Cette derni\u00e8re est plus efficace \u00e0 des temp\u00e9ratures comprises entre 40,5 et 43 \u00b0C. De plus, l&#8217;\u00e9toposide a \u00e9t\u00e9 administr\u00e9, mais selon les auteurs, il pourrait \u00eatre supprim\u00e9 \u00e0 l&#8217;avenir car il n&#8217;a qu&#8217;une faible activit\u00e9 dans les sarcomes des tissus mous. Les m\u00eames agents ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour le traitement post-induction (\u00e0 nouveau avec ou sans hyperthermie) apr\u00e8s r\u00e9section et\/ou radioth\u00e9rapie, auquel environ la moiti\u00e9 des patients de chaque groupe ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement soumis (davantage dans le groupe hyperthermie).<\/p>\n<h2 id=\"efficacite-a-long-terme-confirmee\">Efficacit\u00e9 \u00e0 long terme confirm\u00e9e<\/h2>\n<p>La collecte des donn\u00e9es a \u00e9t\u00e9 achev\u00e9e en d\u00e9cembre 2014. A ce stade, apr\u00e8s un suivi m\u00e9dian de plus de 11 ans, l&#8217;ajout de l&#8217;hyperthermie avait r\u00e9duit de 35% la probabilit\u00e9 d&#8217;une progression locale ou d&#8217;un d\u00e9c\u00e8s (HR 0,65 ; IC \u00e0 95% 0,49-0,86 ; p=0,002). Il s&#8217;agissait du crit\u00e8re d&#8217;\u00e9valuation principal. Les courbes se sont rapidement \u00e9cart\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but de l&#8217;\u00e9tude et la progression pr\u00e9coce a \u00e9t\u00e9 efficacement \u00e9vit\u00e9e<strong> (Fig.&nbsp;1).<\/strong> Le risque de mortalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 de mani\u00e8re similaire, avec une r\u00e9duction significative de 27% dans le groupe d&#8217;\u00e9tude (o\u00f9 seuls les cas li\u00e9s \u00e0 la maladie ou au traitement ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9s) &#8211; \u00e0 savoir d&#8217;un peu plus de six ans \u00e0 environ 15 ans. Apr\u00e8s cinq ans, 62,7% vs 51,3% des personnes trait\u00e9es \u00e9taient en vie et apr\u00e8s dix ans, 52,6% vs 42,7%. Neuf patients ont d\u00fb \u00eatre trait\u00e9s par hyperthermie pour en sauver un de la mort en cinq ans (Number Needed to Treat).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-10490\" alt=\"\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6.png\" style=\"height:440px; width:600px\" width=\"1100\" height=\"806\" srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6.png 1100w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6-800x586.png 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6-120x88.png 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6-90x66.png 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6-320x234.png 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/abb1_oh3_s6-560x410.png 560w\" sizes=\"(max-width: 1100px) 100vw, 1100px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats \u00e0 long terme [4] confirment l&#8217;\u00e9valuation initiale qui a eu lieu en 2010. A l&#8217;\u00e9poque, le crit\u00e8re d&#8217;\u00e9valuation primaire avait montr\u00e9 une r\u00e9duction du risque de plus de 40% et un b\u00e9n\u00e9fice en termes de survie pour ceux qui avaient termin\u00e9 la chimioth\u00e9rapie d&#8217;induction avec l&#8217;hyperthermie. 28,8% contre 12,7% ont r\u00e9pondu \u00e0 chaque traitement. La m\u00e9thode d&#8217;essai \u00e9tait la plus efficace pour les sarcomes r\u00e9trop\u00e9riton\u00e9aux et abdominaux (non-extr\u00e9mit\u00e9s).<\/p>\n<h2 id=\"securite-acceptable\">S\u00e9curit\u00e9 acceptable<\/h2>\n<p>En termes de s\u00e9curit\u00e9, les r\u00e9sultats de la strat\u00e9gie de traitement combin\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 mitig\u00e9s. Les auteurs ont parl\u00e9 d&#8217;une &#8220;toxicit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e&#8221;, le traitement pouvant g\u00e9n\u00e9ralement \u00eatre administr\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9. Le traitement de r\u00e9f\u00e9rence repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 une charge pour les patients, que l&#8217;hyperthermie n&#8217;augmente que de mani\u00e8re limit\u00e9e. Si un d\u00e9c\u00e8s li\u00e9 au traitement est survenu avec la chimioth\u00e9rapie seule, il y en a eu deux avec l&#8217;hyperthermie concomitante. Les leucop\u00e9nies s\u00e9v\u00e8res \u00e9taient significativement plus fr\u00e9quentes, des thrombocytop\u00e9nies ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es dans 17% vs 13,8% des cas (peut-\u00eatre en raison d&#8217;un co-traitement thermique de la moelle osseuse, en particulier dans les grandes tumeurs abdominales ou pelviennes). Les patients pourraient avoir \u00e9t\u00e9 plus sensibles \u00e0 de tels effets de la chimioth\u00e9rapie en raison de la chaleur. Divers effets secondaires sp\u00e9cifiques ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s, tels que la douleur et des br\u00fblures cutan\u00e9es d&#8217;intensit\u00e9 variable. La pression exerc\u00e9e par les &#8220;coussins&#8221; en silicone\/eau qui entourent le patient dans l&#8217;appareil d&#8217;application (et qui sont cens\u00e9s diriger les ondes de mani\u00e8re cibl\u00e9e vers la zone de couverture) a parfois \u00e9t\u00e9 ressentie comme d\u00e9sagr\u00e9able et pourrait avoir favoris\u00e9 le vomissement et la neurotoxicit\u00e9 locale dans certains cas, en particulier chez les patients ayant subi une intervention chirurgicale ou une radioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>On peut se demander si le bilan b\u00e9n\u00e9fice\/risque de l&#8217;approche th\u00e9rapeutique serait ainsi \u00e9galement positif chez les patients pr\u00e9sentant un risque plus faible. Actuellement, l&#8217;hyperthermie est \u00e9galement test\u00e9e dans le cadre d&#8217;une grande \u00e9tude de phase III sur les cancers du pancr\u00e9as r\u00e9s\u00e9qu\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Litt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Issels RD : Hyperthermia ajoute \u00e0 la chimioth\u00e9rapie. Eur J Cancer 2008 Nov ; 44(17) : 2546-2554.<\/li>\n<li>Issels RD, et al : Ifosfamide plus etoposide combin\u00e9 \u00e0 l&#8217;hyperthermie r\u00e9gionale chez des patients atteints de sarcomes localement avanc\u00e9s : une \u00e9tude de phase II.&nbsp;  J Clin Oncol 1990 ; 8(11) : 1818-1829.<\/li>\n<li>Issels RD, et al : Chimioth\u00e9rapie n\u00e9o-adjuvante seule ou avec hyperthermie r\u00e9gionale pour les sarcomes des tissus mous localis\u00e9s \u00e0 haut risque : une \u00e9tude multicentrique randomis\u00e9e de phase 3. Lancet Oncol 2010 juin ; 11(6) : 561-570.<\/li>\n<li>Issels RD, et al : Effect of Neoadjuvant Chemotherapy Plus Regional Hyperthermia on Long-term Outcomes Among Patients With Localized High-Risk Soft Tissue Sarcoma. L&#8217;essai clinique randomis\u00e9 EORTC 62961-ESHO 95. JAMA Oncol 2018. DOI:10.1001\/jamaoncol.2017.4996 [Epub ahead of Print].<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>InFo ONKOLOGIE &amp; H\u00c4MATOLOGIE 2018 ; 6(3) : 5-6<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les traitements possibles du sarcome des tissus mous comprennent la chirurgie, la radioth\u00e9rapie et la chimioth\u00e9rapie. 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