{"id":339180,"date":"2017-10-03T02:00:00","date_gmt":"2017-10-03T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/que-veut-le-patient\/"},"modified":"2017-10-03T02:00:00","modified_gmt":"2017-10-03T00:00:00","slug":"que-veut-le-patient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/que-veut-le-patient\/","title":{"rendered":"Que veut le patient ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>La &#8220;m\u00e9decine personnalis\u00e9e&#8221; est presque un mot \u00e0 la mode en ce moment. Mais cela ne concerne pas seulement l&#8217;aspect g\u00e9n\u00e9tique de la m\u00e9decine. De m\u00eame, la prise en compte des concepts (inter)subjectifs de la maladie et la communication centr\u00e9e sur le patient sont devenues des \u00e9l\u00e9ments incontournables de la pratique quotidienne.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>La prise en compte des traits de personnalit\u00e9 individuels est \u00e9galement importante dans le contexte clinique et peut contribuer de mani\u00e8re d\u00e9cisive \u00e0 une gestion r\u00e9ussie des entretiens et des patients [1]. Roland von K\u00e4nel, m\u00e9decin-chef de la m\u00e9decine psychosomatique, de la psychiatrie et de la psychoth\u00e9rapie \u00e0 la clinique Barmelweid, a d\u00e9clar\u00e9 : &#8220;Les traits de personnalit\u00e9 d\u00e9terminent les circonstances dans lesquelles une personne devient sensible \u00e0 certaines maladies, la mani\u00e8re dont elle r\u00e9agit \u00e0 celles-ci, la relation avec le m\u00e9decin (c&#8217;est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont se d\u00e9roule \u00e9galement l&#8217;entretien avec celui-ci), la mani\u00e8re dont elle met en \u0153uvre les propositions, se remet ou non de la maladie&#8221;.<\/p>\n<p>Rainer Sch\u00e4fert, professeur structurel et m\u00e9decin-chef en psychosomatique \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital universitaire de B\u00e2le, s&#8217;est pench\u00e9 plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur l&#8217;un de ces aspects, \u00e0 savoir la relation m\u00e9decin-patient. Alors que la m\u00e9decine centr\u00e9e sur la maladie\/l&#8217;organe met surtout en lumi\u00e8re la dimension biologique d&#8217;une maladie de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e et vise des r\u00e9sultats objectifs, une m\u00e9decine centr\u00e9e sur le patient tente de jeter un pont vers l&#8217;\u00e9tat subjectif et de percevoir ainsi l&#8217;\u00eatre humain non seulement sur le plan biologique, mais aussi sur le plan psychique et social, c&#8217;est-\u00e0-dire dans son ensemble. Les soins centr\u00e9s sur le patient peuvent \u00eatre conceptuellement compris en cinq dimensions [2] :<\/p>\n<ul>\n<li>D&#8217;un point de vue bio-psycho-social, la sant\u00e9 mentale constitue<\/li>\n<li>le patient en tant que sujet,<\/li>\n<li>mais aussi le m\u00e9decin en tant que sujet, ensemble, une<\/li>\n<li>alliance th\u00e9rapeutique avec<\/li>\n<li>pouvoir et responsabilit\u00e9 partag\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h2 id=\"relation-medecin-patient\">Relation m\u00e9decin-patient<\/h2>\n<p>Alors que l&#8217;ancien mod\u00e8le paternaliste m\u00e9decin-patient faisait encore reposer la majeure partie des d\u00e9cisions \u00e0 prendre sur le m\u00e9decin et attendait du patient qu&#8217;il se conforme, le mod\u00e8le participatif s&#8217;impose de plus en plus \u00e0 partir des ann\u00e9es 90, avec une prise de d\u00e9cision partag\u00e9e (&#8220;shared decision making&#8221;) et un patient qui, dans le meilleur des cas, y adh\u00e8re &#8211; il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 r\u00e9cemment par un mod\u00e8le d&#8217;information ax\u00e9 sur le consommateur, o\u00f9 le m\u00e9decin joue exclusivement le r\u00f4le d&#8217;expert, fournit des informations au patient (ou au &#8220;client&#8221;), le conseille et le laisse prendre des d\u00e9cisions (m\u00eame difficiles) (ce qui peut entra\u00eener une surcharge de travail pour le patient).<\/p>\n<p>Le changement vers la participation implique un patient d\u00e9sireux et capable de participer activement et de mani\u00e8re communicative au nouveau style de traitement. La volont\u00e9 semble au moins exister : Selon de grands sondages, une bonne moiti\u00e9 des patients en Allemagne pr\u00e9f\u00e8rent le style participatif. De m\u00eame, les personnes interrog\u00e9es en Scandinavie [3] recommandent les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes surtout lorsqu&#8217;ils les impliquent dans leurs d\u00e9cisions concernant les traitements m\u00e9dicaux, les \u00e9coutent, s&#8217;int\u00e9ressent \u00e0 leur situation personnelle, leur facilitent la discussion sur les probl\u00e8mes et les aident \u00e0 g\u00e9rer les \u00e9motions li\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9. Mais ce n&#8217;est pas tout : une information compl\u00e8te, un examen physique approfondi et une approche comp\u00e9tente, des objectifs clairs et une bonne pr\u00e9paration dans le cadre de renvois sont \u00e9galement importants.<\/p>\n<p>Les deux comp\u00e9tences, l&#8217;une plus biom\u00e9dicale et l&#8217;autre plus centr\u00e9e sur le patient, sont donc souhaitables et compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<h2 id=\"comment-communiquer-avec-mon-patient\">Comment communiquer avec mon patient ?<\/h2>\n<p>La communication en tant que champ d&#8217;action et miroir de la relation m\u00e9decin-patient devrait inclure les deux aspects, la perspective centr\u00e9e sur le m\u00e9decin et celle centr\u00e9e sur le patient [4,5]. &#8220;Il est important de pouvoir utiliser les approches de mani\u00e8re compl\u00e9mentaire et comp\u00e9tente lors de la discussion avec le patient&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 l&#8217;orateur. La technique centr\u00e9e sur le m\u00e9decin comprend des indications claires sur la structure temporelle, organisationnelle et th\u00e9matique de l&#8217;entretien, ainsi que des questions focalis\u00e9es et ferm\u00e9es. La narration est plut\u00f4t inhib\u00e9e, il s&#8217;agit de v\u00e9rifier des hypoth\u00e8ses. La technique centr\u00e9e sur le patient comprend des pauses conscientes, le contact visuel, la r\u00e9p\u00e9tition, le reflet des \u00e9motions et la synth\u00e8se. La narration est encourag\u00e9e, les hypoth\u00e8ses sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es conjointement<strong> (tableau 1).<\/strong> &#8220;Lors du passage d&#8217;une modalit\u00e9 \u00e0 l&#8217;autre, les r\u00eanes sont transmises m\u00e9taphoriquement \u00e0 l&#8217;interlocuteur, ce qui comporte bien s\u00fbr un certain danger, car on ne sait pas o\u00f9 le nouveau conducteur de la cal\u00e8che va nous emmener&#8221;, a expliqu\u00e9 le Prof.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-9132\" alt=\"\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/tab1_np5_s38.png\" style=\"height:473px; width:600px\" width=\"1100\" height=\"867\"><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour passer d&#8217;une communication centr\u00e9e sur le m\u00e9decin \u00e0 une communication centr\u00e9e sur le patient, il faut \u00e9tablir un contact visuel cibl\u00e9, faire des pauses, poser des questions ouvertes et \u00e9couter activement. &#8220;D&#8217;ailleurs, il suffit g\u00e9n\u00e9ralement de poser une question ouverte (il ne faut donc pas se dire que plus il y en a, mieux c&#8217;est). C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 une invitation forte pour le patient, qui est g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9e&#8221;, a expliqu\u00e9 l&#8217;expert.<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 la perspective centr\u00e9e sur le m\u00e9decin, il faut r\u00e9sumer ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, annoncer le changement, obtenir le consentement et passer \u00e0 des questions plus cibl\u00e9es et plus ferm\u00e9es. Cela peut \u00e9galement s&#8217;av\u00e9rer n\u00e9cessaire si le patient ne conna\u00eet pas du tout le domaine, s&#8217;il prend des d\u00e9tours trop importants ou si &#8220;les chevaux lui passent sous le nez&#8221; (pour rester dans la m\u00e9taphore du cocher), c&#8217;est-\u00e0-dire si des \u00e9motions tr\u00e8s fortes, un d\u00e9sespoir prononc\u00e9 ou une dissociation apparaissent.<\/p>\n<h2 id=\"la-communication-centree-sur-le-patient-est-elle-efficace\">La communication centr\u00e9e sur le patient est-elle efficace ?<\/h2>\n<p>&#8220;Dans ce contexte, je dois malheureusement vous apporter un petit b\u00e9mol : Car si l&#8217;approche centr\u00e9e sur le patient est intuitivement utile et enrichissante, les preuves sont complexes : les formations \u00e0 la communication, y compris les programmes plus courts, ont certes r\u00e9ussi \u00e0 former aux techniques d&#8217;entretien [6], mais on trouve jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent des r\u00e9sultats mitig\u00e9s pour la satisfaction des patients ou les effets sur la sant\u00e9 [6]. Une formation des r\u00e9sidents et des \u00e9tudiants en soins infirmiers \u00e0 la communication sur les soins de fin de vie a m\u00eame entra\u00een\u00e9 une augmentation de la d\u00e9pressivit\u00e9 au niveau des patients &#8211; peut-\u00eatre parce que les comp\u00e9tences th\u00e9rapeutiques des candidats n&#8217;\u00e9taient pas suffisantes pour absorber les \u00e9motions \u00e9mergentes [7]. Apr\u00e8s tout, les donn\u00e9es limit\u00e9es de la revue Cochrane sur la communication centr\u00e9e sur le patient montrent de petits effets positifs sur l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 [6] et son utilisation chez les patients atteints du syndrome du c\u00f4lon irritable a \u00e9galement entra\u00een\u00e9 une am\u00e9lioration significative de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sympt\u00f4mes et de la qualit\u00e9 de vie [8].<\/p>\n<h2 id=\"les-pieges-de-la-medecine-personnalisee\">Les pi\u00e8ges de la m\u00e9decine personnalis\u00e9e<\/h2>\n<p>&#8220;Andreas Papassotiropoulos, du d\u00e9partement de neurosciences mol\u00e9culaires de l&#8217;Universit\u00e9 de B\u00e2le, a introduit son expos\u00e9. &#8220;Nous assistons \u00e0 une r\u00e9volution des r\u00e9sultats g\u00e9n\u00e9tiques et biologiques, que l&#8217;on peut bien s\u00fbr mettre en relation avec les r\u00e9sultats cliniques &#8211; de m\u00eame que tout est en fait corr\u00e9l\u00e9 dans la recherche m\u00e9dicale. Il faut toutefois faire attention \u00e0 ce que l&#8217;on corr\u00e8le et aux conclusions que l&#8217;on en tire&#8221;. D&#8217;une part, le ph\u00e9notype, que l&#8217;on veut mettre en corr\u00e9lation avec certains g\u00e8nes, est d\u00e9cisif. La recherche d&#8217;un g\u00e8ne pour la construction extr\u00eamement complexe de la &#8220;religiosit\u00e9&#8221; (au sens d&#8217;un trait de personnalit\u00e9) appara\u00eet par exemple comme une application absurde. D&#8217;autre part &#8211; et cette erreur de raisonnement se produit souvent &#8211; la s\u00e9paration entre les statistiques de groupe et les statistiques individuelles est essentielle. &#8220;Malheureusement, cette diff\u00e9rence est tr\u00e8s difficile \u00e0 faire comprendre&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 le conf\u00e9rencier. Mais imaginez par exemple que l&#8217;on utilise l&#8217;\u00e2ge et le sexe, qui se sont av\u00e9r\u00e9s \u00eatre des facteurs de risque statistiquement significatifs pour la d\u00e9mence d&#8217;Alzheimer dans un groupe suffisamment important, pour pr\u00e9dire le risque de maladie d&#8217;Alzheimer d&#8217;une personne individuelle. Bien s\u00fbr, ces facteurs de risque sont hautement significatifs, mais cela ne signifie pas qu&#8217;ils peuvent vraiment bien discriminer en clinique. Pour cela, nous avons besoin d&#8217;une m\u00e9thode comme l&#8217;analyse ROC, qui distingue un bon test avec une &#8220;aire sous la courbe&#8221; (AUC) de 90% d&#8217;un mauvais test avec une AUC de 65%. Pour reprendre l&#8217;exemple ci-dessus, m\u00eame si l&#8217;on ajoute la composante g\u00e9n\u00e9tique de la maladie d&#8217;Alzheimer, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;APOE, comme autre facteur de risque statistiquement significatif &#8211; ou m\u00eame tous les loci g\u00e9n\u00e9tiques connus associ\u00e9s \u00e0 la MA, la discrimination clinique chez l&#8217;individu, c&#8217;est-\u00e0-dire la pr\u00e9diction individuelle du risque, reste d\u00e9ficitaire [9].<\/p>\n<p>&#8220;Les pr\u00e9dictions bas\u00e9es sur de telles \u00e9tudes, comme le fait commercialement 23andMe, ne sont pas seulement amusantes (par exemple, 23andMe vous pr\u00e9dit votre type de c\u00e9rumen), mais pr\u00e9sentent un r\u00e9el danger, par exemple lorsqu&#8217;elles pr\u00e9tendent pouvoir pr\u00e9dire le risque individuel de suicide ou de d\u00e9pression &#8211; et l&#8217;encouragent dans le sens d&#8217;une &#8216;self-fulfilling prophecy&#8217;. En fait, nous avons fait l&#8217;exp\u00e9rience personnelle de la mauvaise utilisation des r\u00e9sultats de ces \u00e9tudes, pour ainsi dire, lorsque j&#8217;ai remarqu\u00e9 que notre \u00e9tude sur la prot\u00e9ine KIBRA [10], associ\u00e9e \u00e0 la performance de la m\u00e9moire, \u00e9tait utilis\u00e9e par 23andMe pour pr\u00e9dire la performance individuelle de la m\u00e9moire chez le client payant &#8211; ce qui est bien s\u00fbr tr\u00e8s peu scientifique et donc probl\u00e9matique&#8221;.<\/p>\n<p><em>Source : 3e Journ\u00e9e suisse de la psychosomatique, 1er septembre 2017, Zurich<\/em><\/p>\n<p>\nLitt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Adler R, Hemmeler W : Anamn\u00e8se et examen corporel. 3\u00e8me \u00e9dition. Gustav Fischer Verlag, Stuttgart 1992.<\/li>\n<li>Mead N, Bower P : Soc Sci Med 2000 Oct ; 51(7) : 1087-1110.<\/li>\n<li>Vedsted P, Heje HN : Scand J Prim Health Care 2008 ; 26(4) : 228-234.<\/li>\n<li>Langewitz W : Communication centr\u00e9e sur le patient. In : Adler RH, et al. (\u00e9d.) : Uexk\u00fcll. M\u00e9decine psychosomatique. Mod\u00e8les th\u00e9oriques et pratique clinique. Munich, Elsevier, Urban &amp; Fischer, Munich 2011 ; 338-347.<\/li>\n<li>Schaefert R, Hausteiner-Wiehle C : Recueil de l&#8217;anamn\u00e8se. In : Rief W, Henningsen P (\u00e9d.). Psychosomatique et m\u00e9decine comportementale. Une introduction \u00e0 la m\u00e9decine psychosomatique et \u00e0 la psychologie de la sant\u00e9. Schattauer, Stuttgart 2015 ; 296-312.<\/li>\n<li>Dwamena F, et al : Cochrane Database Syst Rev 2012 Dec 12 ; 12 : CD003267.<\/li>\n<li>Curtis JR, et al : JAMA 2013 ; 310(21) : 2271-2281.<\/li>\n<li>Kaptchuk TJ, et al : BMJ 2008 ; 336(7651) : 999-1003.<\/li>\n<li>Seshadri S, et al : JAMA 2010 ; 303(18) : 1832-1840.<\/li>\n<li>Papassotiropoulos A, et al : Science 2006 ; 314(5798) : 475-478.<\/li>\n<\/ol>\n<p>\n<em>InFo NEUROLOGIE &amp; PSYCHIATRIE 2017 ; 15(5) : 37-39<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La &#8220;m\u00e9decine personnalis\u00e9e&#8221; est presque un mot \u00e0 la mode en ce moment. Mais cela ne concerne pas seulement l&#8217;aspect g\u00e9n\u00e9tique de la m\u00e9decine. 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