{"id":339789,"date":"2017-05-28T02:00:00","date_gmt":"2017-05-28T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/patiente-adolescente-souffrant-dautomutilation-severe-et-dun-desir-de-mort-persistant\/"},"modified":"2017-05-28T02:00:00","modified_gmt":"2017-05-28T00:00:00","slug":"patiente-adolescente-souffrant-dautomutilation-severe-et-dun-desir-de-mort-persistant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/patiente-adolescente-souffrant-dautomutilation-severe-et-dun-desir-de-mort-persistant\/","title":{"rendered":"Patiente adolescente souffrant d&#8217;automutilation s\u00e9v\u00e8re et d&#8217;un d\u00e9sir de mort persistant"},"content":{"rendered":"<p><strong>Rapport de cas d&#8217;une patiente de 16 ans qui a re\u00e7u des soins intensifs pendant plus d&#8217;un an en raison d&#8217;un d\u00e9sir de mourir persistant &#8211; des soins 1:1 ainsi que des techniques d&#8217;immobilisation et de contention ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>La situation initiale et la situation d&#8217;admission dans le service de psychiatrie adulte \u00e9taient les suivantes : La patiente, \u00e2g\u00e9e de 16 ans, a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e dans une unit\u00e9 de soins aigus de la PE apr\u00e8s neuf mois d&#8217;hospitalisation \u00e0 la PJJ, afin de modifier l&#8217;environnement et de briser les sch\u00e9mas de comportement dysfonctionnels fig\u00e9s, mais aussi pour soulager l&#8217;\u00e9quipe de pr\u00e9traitement. La patiente \u00e9tait suivie 24 heures sur 24 depuis plusieurs mois et s&#8217;infligeait malgr\u00e9 tout quotidiennement de graves automutilations (d\u00e9pose de la peau en se grattant avec les ongles, coups de t\u00eate contre les murs, tentatives de strangulation). Dans le cadre d&#8217;une escalade croissante, l&#8217;\u00e9quipe soignante a fini par la retenir jusqu&#8217;\u00e0 huit fois par jour. Dans ce cas, la patiente est entr\u00e9e dans un \u00e9tat d&#8217;excitation grave avec des aspects dissociatifs apr\u00e8s avoir initi\u00e9 les actes d&#8217;automutilation de mani\u00e8re consciente au d\u00e9but. Ces processus n&#8217;ont pu \u00eatre r\u00e9duits ni par une attention pr\u00e9ventive ni par l&#8217;absence d&#8217;intervention. Lors des entretiens individuels, la patiente a refus\u00e9 toute interaction psychoth\u00e9rapeutique ou activit\u00e9 affirmant la vie, en invoquant son d\u00e9sir de mourir. Elle n&#8217;a pas pu conclure d&#8217;accords contraignants.<\/p>\n<h2 id=\"antecedents\">Ant\u00e9c\u00e9dents<\/h2>\n<p>La patiente est n\u00e9e en Suisse, deuxi\u00e8me enfant d&#8217;universitaires en bonne sant\u00e9. Dans la petite enfance, le diagnostic d&#8217;infirmit\u00e9 motrice c\u00e9r\u00e9brale infantile de type hypotonique a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 et le d\u00e9veloppement moteur a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9. La coordination et la motricit\u00e9 fine ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es, mais la patiente a appris \u00e0 marcher, \u00e0 parler et a pu fr\u00e9quenter une \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e. Un diagnostic de trouble du langage expressif et r\u00e9ceptif d&#8217;origine ind\u00e9termin\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9. Le syndrome de l&#8217;X fragile a \u00e9t\u00e9 suspect\u00e9 par des analyses g\u00e9n\u00e9tiques, mais n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9. L&#8217;intelligence n&#8217;a pas pu \u00eatre \u00e9valu\u00e9e par des tests psychologiques en raison des troubles du langage, mais a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement diminu\u00e9e. A partir de l&#8217;\u00e2ge de dix ans, la patiente a \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement examin\u00e9e par des p\u00e9diatres et des neurologues, car elle se plaignait de forts maux de t\u00eate et d&#8217;autres sympt\u00f4mes somatiques. Des &#8220;crises&#8221; se sont \u00e9galement produites, mais l&#8217;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie a conclu qu&#8217;elles n&#8217;\u00e9taient pas d&#8217;origine \u00e9pileptique.<\/p>\n<p>Selon les rapports des parents, la patiente avait particip\u00e9 \u00e0 la vie familiale. Cependant, il a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t que toute \u00e9motion plongeait la patiente dans une forte agitation qu&#8217;elle ne pouvait g\u00e9rer qu&#8217;en mettant fin \u00e0 la situation. En plus de l&#8217;\u00e9cole, la patiente jouait d&#8217;un instrument, faisait du sport et avait des amis. La patiente a obtenu un dipl\u00f4me d&#8217;enseignement sp\u00e9cial et a postul\u00e9 pour des places de formation. Les parents ont expliqu\u00e9 que la patiente r\u00eavait de devenir assistante maternelle et n&#8217;acceptait pas qu&#8217;elle n&#8217;ait pas les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour cela. Apr\u00e8s plusieurs refus de places d&#8217;apprentissage, la patiente s&#8217;est de plus en plus isol\u00e9e. La patiente s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9e plusieurs fois \u00e0 la consultation de la PJJ, accompagn\u00e9e de ses parents, pour des angoisses et des id\u00e9es suicidaires, et a finalement \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e.<\/p>\n<h2 id=\"setting-de-traitement-apres-un-changement-dunite-de-soins\">Setting de traitement apr\u00e8s un changement d&#8217;unit\u00e9 de soins<\/h2>\n<p>Le suivi 1:1 s&#8217;est poursuivi dans un premier temps apr\u00e8s le transfert vers le service de psychiatrie adulte. La patiente continuait \u00e0 faire des tentatives d&#8217;automutilation quotidiennes, notamment en se frappant violemment la t\u00eate contre les murs dans le cadre d&#8217;\u00e9tats d&#8217;excitation. Ce comportement n&#8217;a pu \u00eatre bris\u00e9 qu&#8217;en le tenant et en l&#8217;immobilisant dans le lit de sangle. En dehors de ces \u00e9pisodes, la patiente dormait \u00e9galement pendant la journ\u00e9e, lisait des livres et regardait des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. La patiente prenait ses repas dans une chambre individuelle. Les contacts avec les m\u00e9decins et les infirmi\u00e8res, les psychologues, les ergoth\u00e9rapeutes et les kin\u00e9sith\u00e9rapeutes ont \u00e9t\u00e9 largement unilat\u00e9raux. Plusieurs fois par semaine, les parents venaient rendre visite \u00e0 la patiente et lui faisaient part des activit\u00e9s familiales, jouaient \u00e0 des jeux de soci\u00e9t\u00e9 et partageaient les repas avec la patiente. Les exigences impos\u00e9es \u00e0 la patiente ont d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites \u00e0 une coop\u00e9ration minimale dans le cadre du maintien d&#8217;une routine quotidienne. Les offres relationnelles se sont poursuivies. La patiente a pu s&#8217;engager progressivement dans l&#8217;ergoth\u00e9rapie et la kin\u00e9sith\u00e9rapie, mais a syst\u00e9matiquement refus\u00e9 les offres psychoth\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Une structure journali\u00e8re simple a finalement \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9e et mise en place avec la patiente. Apr\u00e8s quelques semaines, il a \u00e9t\u00e9 possible de renoncer aux fixations quotidiennes, la patiente acceptant de plus en plus d&#8217;alternatives. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 coop\u00e9rer dans les \u00e9tats de crise pour r\u00e9duire la tension. De m\u00eame, apr\u00e8s quelques semaines suppl\u00e9mentaires, il a \u00e9t\u00e9 possible de mettre fin au suivi 1:1. La fr\u00e9quence de surveillance a pu \u00eatre progressivement r\u00e9duite et la patiente a pris contact avec d&#8217;autres patients. Accompagn\u00e9e de son p\u00e8re et d&#8217;un soignant, la patiente a commenc\u00e9 \u00e0 faire des visites de jardin apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9e pr\u00e8s d&#8217;un an et demi sans quitter les services.<\/p>\n<h2 id=\"approches-therapeutiques\">Approches th\u00e9rapeutiques<\/h2>\n<p>Les mesures th\u00e9rapeutiques qui ont \u00e9t\u00e9 prises au cours du traitement dans diff\u00e9rents domaines sont expliqu\u00e9es ci-dessous.<\/p>\n<p><strong>Organisation de la relation :<\/strong> la personne de r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de soins est devenue un contact important pour la patiente, en plus des parents. L&#8217;interaction entre le soignant et la patiente s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9e en partie de mani\u00e8re non verbale et ludique, avec une grande acceptation et une fixation respectueuse des limites. Tout comportement de la patiente a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 avec un calme routinier, conform\u00e9ment aux r\u00e8gles discut\u00e9es au pr\u00e9alable et communiqu\u00e9es de mani\u00e8re transparente \u00e0 la patiente. Les m\u00e9decins traitants ont propos\u00e9 des entretiens presque tous les jours, tout en restant en contact \u00e9troit avec les parents. La patiente s&#8217;est ainsi habitu\u00e9e au personnel et a pris confiance. De brefs dialogues sur des sujets quotidiens ont \u00e9t\u00e9 bien tol\u00e9r\u00e9s par la patiente. Cependant, d\u00e8s qu&#8217;une discussion sur les perspectives d&#8217;avenir, le r\u00f4le concret de la patiente dans l&#8217;organisation de sa vie ou l&#8217;acquisition de comp\u00e9tences \u00e9tait engag\u00e9e, la patiente entrait dans des \u00e9tats de forte tension qui ne diminuaient que lorsqu&#8217;elle \u00e9tait soulag\u00e9e des exigences.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9dication : <\/strong>Des tentatives de traitement m\u00e9dicamenteux ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es cons\u00e9cutivement avec des antipsychotiques et des s\u00e9datifs (qu\u00e9tiapine, zuclopenthixol, olanzapine, halop\u00e9ridol, pipamp\u00e9rone, loraz\u00e9pam et diaz\u00e9pam) ainsi qu&#8217;un ISRS (fluox\u00e9tine) sans r\u00e9duction durable des sympt\u00f4mes. En dernier lieu, un traitement par clozapine et acide valpro\u00efque a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9, qui s&#8217;est accompagn\u00e9 d&#8217;une am\u00e9lioration progressive du contr\u00f4le des impulsions et d&#8217;une r\u00e9duction des \u00e9tats d&#8217;excitation. Rarement, la patiente prenait une petite dose de loraz\u00e9pam en cas de tension. Apr\u00e8s un examen de g\u00e9n\u00e9tique humaine qui a permis d&#8217;\u00e9tablir le diagnostic d\u00e9crit ci-dessous, un traitement off-label \u00e0 la galantamine a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli.<\/p>\n<p><strong>Ergoth\u00e9rapie et th\u00e9rapie par le mouvement :<\/strong> une approche progressive par des ergoth\u00e9rapeutes et des th\u00e9rapeutes par le mouvement a eu lieu. La patiente a pu s&#8217;engager dans des activit\u00e9s qui faisaient appel \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9 et ne n\u00e9cessitaient pas de communication verbale sophistiqu\u00e9e. Elle a appris \u00e0 tricoter et \u00e0 peindre sur soie. L&#8217;activit\u00e9 physique (danser sur de la musique) est devenue une partie de leur routine quotidienne.<\/p>\n<p><strong>Psychoth\u00e9rapie :<\/strong> une psychoth\u00e9rapie n&#8217;a pas eu lieu initialement en raison du fort refus de la patiente. Ce n&#8217;est qu&#8217;apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d&#8217;\u00e9tablissement de relations et de confiance que des entretiens au contenu psychoth\u00e9rapeutique ont pu \u00eatre entam\u00e9s avec prudence. L&#8217;acceptation du souhait de mourir de la patiente par le m\u00e9decin et les parents, tout en insistant sur le fait que l&#8217;objectif th\u00e9rapeutique \u00e9tait de r\u00e9duire la souffrance, a conduit \u00e0 une coop\u00e9ration de la part de la patiente.<\/p>\n<p>La patiente a appris de nouveaux comportements pour r\u00e9guler ses \u00e9motions et exprimer ses besoins. L&#8217;\u00e9quipe de traitement a travaill\u00e9 avec un plan de comportement clairement structur\u00e9. La patiente a ainsi r\u00e9ussi \u00e0 mettre en \u0153uvre des modes d&#8217;action alternatifs sous supervision, en particulier des comp\u00e9tences de r\u00e9duction de la tension issues du r\u00e9pertoire de la th\u00e9rapie dialectique et comportementale. Ce sont surtout les stimuli de douleur et les comp\u00e9tences de tol\u00e9rance au stress qui ont pu produire une d\u00e9viation. La reconnaissance et la nomination des \u00e9motions ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre pratiqu\u00e9es, mais il faut partir du principe que l&#8217;alexithymie est peu accessible sur le plan th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h2 id=\"diagnostic\">Diagnostic<\/h2>\n<p>Au cours des nombreuses ann\u00e9es de traitement, l&#8217;\u00e9volution a permis de tirer quelques conclusions diagnostiques.<\/p>\n<p><strong>Syndrome de d\u00e9l\u00e9tion 15q13.3 :<\/strong> Comme la symptomatologie globale de la patiente pr\u00e9sentait un caract\u00e8re syndromique (retard de d\u00e9veloppement, trouble du langage, dysmorphie craniofaciale, grande taille et trouble du comportement), une \u00e9tude microarray du g\u00e9nome de la patiente a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Il s&#8217;est av\u00e9r\u00e9 qu&#8217;il manquait une quantit\u00e9 significative de mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique sur le chromosome 15. Celui-ci peut \u00eatre h\u00e9r\u00e9ditaire, mais il peut aussi se produire spontan\u00e9ment. Les g\u00e8nes concern\u00e9s (FAN1, TRPM1, MIR211, KLF13, OTUD7A et CHRNA 7) sont li\u00e9s au TDAH, \u00e0 la schizophr\u00e9nie et, plus globalement, au d\u00e9veloppement du SNC [1]. Depuis la pose du diagnostic, la patiente a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e hors \u00e9tiquette avec la galantamine, sur la base de succ\u00e8s publi\u00e9s dans des cas isol\u00e9s [2]. Pour la patiente et sa famille, le nouveau diagnostic semblait apporter un certain soulagement, car il offrait une cause possible \u00e0 des sympt\u00f4mes et des conditions de vie qui n&#8217;\u00e9taient pas explicables auparavant. Il n&#8217;a malheureusement pas \u00e9t\u00e9 possible de r\u00e9aliser une imagerie cr\u00e2nienne (IRMc).<\/p>\n<h2 id=\"liens-possibles-avec-la-symptomatologie-psychopathologique\">Liens possibles avec la symptomatologie psychopathologique<\/h2>\n<p>Il est postul\u00e9 que dans le syndrome de d\u00e9l\u00e9tion 15q13.3, c&#8217;est surtout le g\u00e8ne CHRNA7 modifi\u00e9 qui a des cons\u00e9quences importantes. Il code pour une sous-unit\u00e9 du r\u00e9cepteur nicotinique de l&#8217;ac\u00e9tylcholine, qui s&#8217;exprime sur certains interneurones du cerveau. Une \u00e9tude r\u00e9cente rapporte qu&#8217;un mod\u00e8le de souris identifie ce m\u00eame m\u00e9canisme (l&#8217;absence de la sous-unit\u00e9 alpha7 du nAChR sur les interneurones PV) comme une cause possible des troubles cognitifs dans les maladies de type schizophr\u00e9nique [3]. La modification de l&#8217;activit\u00e9 des interneurones d\u00e9clenche probablement une cascade de m\u00e9canismes de compensation tr\u00e8s t\u00f4t dans le d\u00e9veloppement du SNC. La modulation cholinergique alt\u00e9r\u00e9e de l&#8217;activit\u00e9 inhibitrice des interneurones peut \u00eatre mise en relation avec l&#8217;hypoth\u00e8se selon laquelle les oscillations gamma du cerveau seraient &#8220;orchestr\u00e9es&#8221; par les interneurones [4], qui semblent \u00e0 leur tour \u00eatre alt\u00e9r\u00e9s dans diff\u00e9rents diagnostics psychiatriques [5]. Il serait hasardeux de d\u00e9duire des sympt\u00f4mes concrets \u00e0 partir de la neurobiologie. Cependant, diff\u00e9rents syndromes de d\u00e9l\u00e9tion et de duplication peuvent se manifester sous la forme d&#8217;un trouble du spectre autistique, qui peut s&#8217;accompagner de sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs et psychotiques. Selon la CIM-10, un trouble du spectre autistique se caract\u00e9rise par des alt\u00e9rations qualitatives de l&#8217;interaction et de la communication mutuelles et par un r\u00e9pertoire restreint et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eats et d&#8217;activit\u00e9s, ce qui constitue une partie de la symptomatologie centrale de la patiente pr\u00e9sent\u00e9e ici.<\/p>\n<h2 id=\"discussion\">Discussion<\/h2>\n<p>On peut supposer que la patiente d\u00e9crite \u00e9tait bien int\u00e9gr\u00e9e dans son environnement gr\u00e2ce aux efforts consid\u00e9rables de sa famille et qu&#8217;elle \u00e9tait compens\u00e9e sur le plan psychopathologique jusqu&#8217;\u00e0 ce que, dans le cadre de l&#8217;adolescence et des exigences qui l&#8217;accompagnent, ses d\u00e9ficits deviennent si \u00e9vidents qu&#8217;ils la conduisent \u00e0 l&#8217;impuissance et au d\u00e9sespoir. Apr\u00e8s une phase de sympt\u00f4mes somatisants, la patiente a d\u00e9velopp\u00e9 des angoisses existentielles jusqu&#8217;\u00e0 ce que se manifeste la persistance de la tendance suicidaire. Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que les offres d&#8217;aide psychiatrique n&#8217;apportaient pas imm\u00e9diatement le soutien et la r\u00e9duction esp\u00e9r\u00e9s de ses d\u00e9ficits cognitifs et interactionnels (peut-\u00eatre cong\u00e9nitaux), la patiente a appris \u00e0 s&#8217;assurer l&#8217;attention des soignants par des comportements dysfonctionnels et, finalement, \u00e0 \u00e9viter compl\u00e8tement la solitude.<\/p>\n<p>Plusieurs facteurs semblent avoir contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9duction de l&#8217;automutilation apr\u00e8s le changement de setting vers l&#8217;EP. Les cons\u00e9quences pr\u00e9dictibles et parfois d\u00e9sagr\u00e9ables (fixation) des comportements dysfonctionnels, associ\u00e9es \u00e0 des facteurs de renforcement positifs, ont suffisamment incit\u00e9 la patiente \u00e0 changer de comportement. L&#8217;acceptation explicite du souhait de mourir, accompagn\u00e9e d&#8217;un soutien \u00e0 la r\u00e9gulation de l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit et d&#8217;un all\u00e8gement des exigences, a permis de r\u00e9duire l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 de la patiente. Les approches non verbales ainsi que les interventions comportementales \u00e0 bas seuil \u00e9taient acceptables pour la patiente en raison de l&#8217;absence de pr\u00e9tention th\u00e9rapeutique \u00e9vidente. Les interactions verbales ont toujours \u00e9t\u00e9 courtes afin d&#8217;\u00e9viter les situations de stress. Le diagnostic du syndrome de d\u00e9l\u00e9tion 15q13.3 a contribu\u00e9 \u00e0 rendre la situation plus compr\u00e9hensible. La m\u00e9dication n&#8217;a probablement qu&#8217;une importance secondaire, mais le passage \u00e0 une combinaison de clozapine et d&#8217;acide valpro\u00efque, puis \u00e0 la galantamine, s&#8217;est accompagn\u00e9 pour la premi\u00e8re fois d&#8217;une r\u00e9duction des \u00e9tats de tension. En adaptant l&#8217;objectif et en se d\u00e9tournant d&#8217;un objectif de traitement curatif, une alliance th\u00e9rapeutique avec la patiente a pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e pour la premi\u00e8re fois. Une certaine r\u00e9ticence \u00e0 coop\u00e9rer a cependant persist\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la fin et il a fallu, outre une attitude paternaliste de l&#8217;\u00e9quipe soignante, que les parents interviennent notamment pour permettre cette \u00e9volution.<\/p>\n<h2 id=\"resume\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n<p>Une patiente \u00e2g\u00e9e de 16 ans au moment de son admission a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de soins intensifs pendant plus d&#8217;un an en raison d&#8217;un d\u00e9sir de mourir persistant et d&#8217;un comportement d&#8217;automutilation, avec des soins 1:1, des techniques d&#8217;immobilisation et de contention pour pr\u00e9venir l&#8217;automutilation. Dans un premier temps, les strat\u00e9gies de traitement m\u00e9dicamenteux n&#8217;ont pas eu d&#8217;effet et l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la psychoth\u00e9rapie \u00e9tait quasiment impossible. Ce n&#8217;est qu&#8217;en acceptant le d\u00e9sir de mort persistant d&#8217;une part et en focalisant l&#8217;interaction sur le bien-\u00eatre momentan\u00e9 d&#8217;autre part qu&#8217;une relation th\u00e9rapeutique a pu \u00eatre \u00e9tablie. Le diagnostic d&#8217;un syndrome de d\u00e9l\u00e9tion 15q13.3, qui peut \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 des sympt\u00f4mes relevant du spectre des troubles autistiques, affectifs et psychotiques, a contribu\u00e9 \u00e0 soulager la famille \u00e9troitement impliqu\u00e9e. Apr\u00e8s un s\u00e9jour d&#8217;environ deux ans dans les services de soins aigus de la psychiatrie pour enfants et adolescents (PJA) et de la psychiatrie pour adultes (PE), il a \u00e9t\u00e9 possible de franchir une \u00e9tape de d\u00e9veloppement en passant dans un \u00e9tablissement de vie assist\u00e9e.<\/p>\n<p>\nLitt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Shinawi M, et al : Une petite d\u00e9l\u00e9tion r\u00e9currente dans 15q13.3 est associ\u00e9e \u00e0 une gamme de ph\u00e9notypes neurod\u00e9veloppementaux. Nature Genetics 2009 ; 41 : 1269-1271.<\/li>\n<li>Cubells JF, et al : Pharmaco-Genetically Guided Treatment of Recurrent Rage Outbursts in an Adult Male With 15q13.3 Deletion Syndrome. American Journal of Medical Genetics 2011 ; 155A : 805-810.<\/li>\n<li>Lin H, Hsu FCh, Baumann BH, et al : D\u00e9ficits corticaux parvalbuminiques GABAergiques avec d\u00e9l\u00e9tion du r\u00e9cepteur nicotinique de l&#8217;ac\u00e9tylcholine \u03b17 : Implications pour la schizophr\u00e9nie. Molecular and Cellular Neuroscience 2014 ; 61 : 163-175.<\/li>\n<li>Cardin JA, et al : Driving fast-spiking cells induces gamma rhythm and controls sensory responses. Nature 2009 ; 459 : 663-667.<\/li>\n<li>Herrmann CS, Demiralp T : Oscillations gamma de l&#8217;EEG humain dans les troubles neuropsychiatriques. Neurophysiologie clinique 2005 ; 116 : 2719-2733.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>InFo NEUROLOGIE &amp; PSYCHIATRIE 2017 ; 15(3) : 23-26<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rapport de cas d&#8217;une patiente de 16 ans qui a re\u00e7u des soins intensifs pendant plus d&#8217;un an en raison d&#8217;un d\u00e9sir de mourir persistant &#8211; des soins 1:1 ainsi&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":66335,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"pmpro_default_level":"","cat_1_feature_home_top":false,"cat_2_editor_pick":false,"csco_eyebrow_text":"Rapport de cas Syndrome de la d\u00e9l\u00e9tion 15q13.3","footnotes":""},"category":[11531,11489,11549],"tags":[38488,17580,24100,38483],"powerkit_post_featured":[],"class_list":["post-339789","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-formation-continue","category-psychiatrie-et-psychotherapie","category-rx-fr","tag-automutilation","tag-desir-de-mourir","tag-suicide-fr","tag-syndrome-de-deletion","pmpro-has-access"],"acf":[],"publishpress_future_action":{"enabled":false,"date":"2026-04-18 14:19:54","action":"change-status","newStatus":"draft","terms":[],"taxonomy":"category","extraData":[]},"publishpress_future_workflow_manual_trigger":{"enabledWorkflows":[]},"wpml_current_locale":"fr_FR","wpml_translations":{"it_IT":{"locale":"it_IT","id":339798,"slug":"paziente-adolescente-con-grave-autolesionismo-e-desiderio-di-morte-persistente","post_title":"Paziente adolescente con grave autolesionismo e desiderio di morte persistente","href":"https:\/\/medizinonline.com\/it\/paziente-adolescente-con-grave-autolesionismo-e-desiderio-di-morte-persistente\/"},"pt_PT":{"locale":"pt_PT","id":339805,"slug":"paciente-adolescente-com-grave-autolesao-e-desejo-de-morte-persistente","post_title":"Paciente adolescente com grave autoles\u00e3o e desejo de morte persistente","href":"https:\/\/medizinonline.com\/pt-pt\/paciente-adolescente-com-grave-autolesao-e-desejo-de-morte-persistente\/"},"es_ES":{"locale":"es_ES","id":339811,"slug":"paciente-adolescente-con-autolesiones-graves-y-deseo-de-muerte-persistente","post_title":"Paciente adolescente con autolesiones graves y deseo de muerte persistente","href":"https:\/\/medizinonline.com\/es\/paciente-adolescente-con-autolesiones-graves-y-deseo-de-muerte-persistente\/"}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/339789","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=339789"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/339789\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/66335"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=339789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category?post=339789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=339789"},{"taxonomy":"powerkit_post_featured","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/powerkit_post_featured?post=339789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}