{"id":342084,"date":"2016-02-10T10:06:08","date_gmt":"2016-02-10T09:06:08","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/elargissement-de-leventail-des-diagnostics-et-des-traitements\/"},"modified":"2016-02-10T10:06:08","modified_gmt":"2016-02-10T09:06:08","slug":"elargissement-de-leventail-des-diagnostics-et-des-traitements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/elargissement-de-leventail-des-diagnostics-et-des-traitements\/","title":{"rendered":"\u00c9largissement de l&#8217;\u00e9ventail des diagnostics et des traitements"},"content":{"rendered":"<p><strong>Plus le diagnostic est pr\u00e9cis, plus le traitement est efficace. Ce principe s&#8217;applique \u00e9galement au domaine de la psychiatrie. Mais le chemin vers un diagnostic pr\u00e9cis est encore long. Les m\u00e9thodes de diagnostic actuelles sont principalement bas\u00e9es sur le tableau clinique. Cependant, l&#8217;objectif des th\u00e9rapies futures est de d\u00e9finir un traitement sur mesure gr\u00e2ce \u00e0 la mesure de biomarqueurs, tels que les facteurs physiologiques, g\u00e9n\u00e9tiques et m\u00e9taboliques, qui peuvent r\u00e9pondre aux caract\u00e9ristiques individuelles du patient. Cela devrait permettre d&#8217;augmenter la r\u00e9ponse au traitement jusqu&#8217;\u00e0 la r\u00e9mission des sympt\u00f4mes dans les \u00e9pisodes aigus de la maladie et en pr\u00e9venant les r\u00e9cidives, et d&#8217;am\u00e9liorer la tol\u00e9rance. Une interaction entre les th\u00e9rapies pharmacologiques, la psycho\u00e9ducation et la psychoth\u00e9rapie est imp\u00e9rative pour obtenir un r\u00e9sultat th\u00e9rapeutique optimal.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>La m\u00e9lancolie en tant que pathologie, connue de nos jours sous le nom de d\u00e9pression, survient lorsque les quatre humeurs du corps &#8211; le sang, le mucus, la bile jaune, la bile noire &#8211; sont d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es et que la bile noire, br\u00fbl\u00e9e, domine. C&#8217;est du moins ainsi que le concevait Hippocrate de Kos (460 av.&nbsp;J.-C.), le fondateur de l&#8217;ancienne pathologie humorale, \u00e9galement connue sous le nom de th\u00e9orie des quatre humeurs. Galien de Pergame (130 apr.&nbsp;J.-C.) a repris cette id\u00e9e et a d\u00e9velopp\u00e9 la th\u00e9orie des temp\u00e9raments, un mod\u00e8le de personnalit\u00e9 d\u00e9riv\u00e9 de la pathologie humorale. Celui-ci divise l&#8217;\u00eatre humain en quatre temp\u00e9raments selon sa nature fondamentale, qu&#8217;il met en relation avec les quatre humeurs du corps  <strong>(Fig.1). <\/strong>Selon sa th\u00e9orie, l&#8217;\u00e9quilibre de ces jus est synonyme de sant\u00e9, tandis qu&#8217;un d\u00e9s\u00e9quilibre entra\u00eene des maladies. Dans ses recherches, il a cherch\u00e9 \u00e0 identifier les facteurs qui pr\u00e9disposent l&#8217;homme \u00e0 certaines maladies. Son interpr\u00e9tation de la pathologie humorale a eu des r\u00e9percussions en tant que concept de maladie jusqu&#8217;au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-6664\" alt=\"\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/abb1_s48_np1.jpg\" style=\"height:595px; width:600px\" width=\"904\" height=\"896\"><\/p>\n<p>C&#8217;est par ce bref historique du concept <em>de d\u00e9pression<\/em> que le pr\u00e9sident, le professeur Fran\u00e7ois Ferrero de Gen\u00e8ve, a accueilli les participants au petit-d\u00e9jeuner symposium sur le th\u00e8me &#8220;Que doit faire la m\u00e9decine personnalis\u00e9e en psychiatrie ?&#8221; \u00e0 l&#8217;occasion du congr\u00e8s annuel de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de psychiatrie et de psychoth\u00e9rapie (SSPP), le 4&nbsp;septembre 2015 \u00e0 Berne.<\/p>\n<h2 id=\"systemes-de-classification-des-maladies-mentales\">Syst\u00e8mes de classification des maladies mentales<\/h2>\n<p>Les efforts visant \u00e0 classifier les diff\u00e9rents troubles mentaux de mani\u00e8re plus d\u00e9taill\u00e9e et plus diff\u00e9renci\u00e9e sur le plan biologique sont \u00e9galement en cours dans le domaine de la psychiatrie. Depuis des ann\u00e9es, les chercheurs se penchent sur la question de savoir quels sont les crit\u00e8res obligatoires pour d\u00e9finir la d\u00e9pression. Les classifications internationales DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) et CIM-10 (International Classification of Diseases) ne permettent pas encore d&#8217;entrer dans l&#8217;\u00e8re de la m\u00e9decine personnalis\u00e9e. Les connaissances insuffisantes sur l&#8217;\u00e9tiologie de la d\u00e9pression et d&#8217;autres maladies mentales constituent encore une limite \u00e0 cet \u00e9gard. Pour le r\u00e9soudre, la m\u00e9decine personnalis\u00e9e tente de s&#8217;appuyer sur de nouvelles connaissances issues de la biologie mol\u00e9culaire, de la g\u00e9n\u00e9tique, de la neurocognition, de l&#8217;imagerie c\u00e9r\u00e9brale et d&#8217;autres biomarqueurs.<\/p>\n<h2 id=\"influence-de-la-medecine-personnalisee-sur-le-diagnostic-et-le-traitement\">Influence de la m\u00e9decine personnalis\u00e9e sur le diagnostic et le traitement<\/h2>\n<p>La m\u00e9decine personnalis\u00e9e, ou m\u00e9decine de pr\u00e9cision, comme on l&#8217;appelle aussi aujourd&#8217;hui, a pour objectif d&#8217;augmenter la pr\u00e9cision avec laquelle les patients sont diagnostiqu\u00e9s puis trait\u00e9s. Le concept de diagnostic <em>de la d\u00e9pression <\/em>, actuellement tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, doit \u00eatre divis\u00e9 en sous-groupes fond\u00e9s sur la neurobiologie et permettre ainsi un traitement plus individuel et plus cibl\u00e9. Cela ouvre de nouvelles perspectives fascinantes et permet de mieux traiter l&#8217;individu dans sa singularit\u00e9 par des approches de traitement biologiques, psychologiques et sociales.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me du traitement pharmacologique et psychoth\u00e9rapeutique individualis\u00e9 en cas de d\u00e9pression est l&#8217;un des axes de recherche du groupe du professeur M.E. Keck \u00e0 l&#8217;Institut Max Planck de psychiatrie \u00e0 Munich. Le Dr Stefan Kloiber, chef de clinique et collaborateur scientifique \u00e0 l&#8217;institut, a pr\u00e9sent\u00e9 les r\u00e9sultats actuels de la recherche \u00e0 l&#8217;occasion de ce symposium.<\/p>\n<h2 id=\"la-depression-un-defi-pour-la-classification\">La d\u00e9pression &#8211; un d\u00e9fi pour la classification<\/h2>\n<p>En Allemagne, on estime \u00e0 environ 4 millions le nombre de personnes souffrant de d\u00e9pression n\u00e9cessitant un traitement, dont seulement 10% b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;une th\u00e9rapie ad\u00e9quate. Selon l&#8217;Enqu\u00eate suisse sur la sant\u00e9 (ESS), 5,2% de la population suisse souffre d&#8217;un trouble d\u00e9pressif et seule une petite partie des personnes d\u00e9pressives recens\u00e9es seraient orient\u00e9es vers un traitement psychiatrique sp\u00e9cialis\u00e9 [1]. Ce d\u00e9ficit diagnostique et th\u00e9rapeutique dans la d\u00e9pression exige une nette am\u00e9lioration dans la pratique clinique quotidienne. Le diagnostic psychiatrique, qui repose uniquement sur l&#8217;observation clinique et les sympt\u00f4mes d\u00e9crits par les patients, n&#8217;est pas encore li\u00e9 aux m\u00e9canismes biologiques de la maladie.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis pos\u00e9s par les maladies d\u00e9pressives sont \u00e9vidents : la d\u00e9pression est pos\u00e9e comme une construction diagnostique globale de diff\u00e9rents sympt\u00f4mes psychiques et physiques, combin\u00e9s de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. En r\u00e9alit\u00e9, la d\u00e9pression recouvre des m\u00e9canismes pathologiques diff\u00e9rents avec des constellations de sympt\u00f4mes \u00e9galement diff\u00e9rentes. De plus, seule une partie des patients trait\u00e9s r\u00e9pondent aux th\u00e9rapies actuellement disponibles. Un diagnostic plus pr\u00e9cis, permettant de caract\u00e9riser ou d&#8217;identifier des sous-types sp\u00e9cifiques, est donc hautement souhaitable. Quels pr\u00e9dicteurs peuvent \u00eatre identifi\u00e9s pour une r\u00e9ponse positive \u00e0 un traitement et quels sous-groupes de patients b\u00e9n\u00e9ficient le plus des diff\u00e9rentes interventions th\u00e9rapeutiques ? De nouvelles approches th\u00e9rapeutiques et des th\u00e9rapies individualis\u00e9es sont n\u00e9cessaires, ce qui peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un meilleur transfert entre la recherche fondamentale et les nouvelles strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques cliniques.<\/p>\n<h2 id=\"la-predisposition-individuelle-determine-le-succes-du-traitement\">La pr\u00e9disposition individuelle d\u00e9termine le succ\u00e8s du traitement<\/h2>\n<p>Dans le cadre d&#8217;un traitement m\u00e9dicamenteux, la pharmacocin\u00e9tique est un facteur cl\u00e9 de succ\u00e8s. Les m\u00e9dicaments ing\u00e9r\u00e9s sont absorb\u00e9s par l&#8217;intestin, m\u00e9tabolis\u00e9s par le foie et achemin\u00e9s vers les organes cibles via la circulation sanguine. Comme les antid\u00e9presseurs agissent dans le cerveau, ils doivent franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 m\u00e9tabolis\u00e9s dans le foie. C&#8217;est l\u00e0 que se trouvent des prot\u00e9ines de transport sp\u00e9ciales (p. ex. la glycoprot\u00e9ine P) qui ram\u00e8nent activement diff\u00e9rentes substances, dont plusieurs psychotropes, du syst\u00e8me nerveux central vers le sang. Selon les derni\u00e8res d\u00e9couvertes, une activit\u00e9 accrue de la glycoprot\u00e9ine P pour des raisons g\u00e9n\u00e9tiques pourrait avoir pour cons\u00e9quence une concentration insuffisante du principe actif dans le cerveau en raison d&#8217;une augmentation du transport de retour, ce qui pourrait entra\u00eener une moins bonne r\u00e9ponse au m\u00e9dicament administr\u00e9. En fonction de la connaissance de l&#8217;activit\u00e9 de ce g\u00e8ne, on pourrait par exemple envisager une th\u00e9rapie \u00e0 haute dose. La d\u00e9termination des variantes g\u00e9n\u00e9tiques de la glycoprot\u00e9ine P (g\u00e8ne ABCB1) ainsi que d&#8217;autres informations biologiques pourraient permettre aux strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques pharmacologiques personnalis\u00e9es d&#8217;aboutir.<\/p>\n<p>Actuellement, les lignes directrices de traitement courantes utilisent diff\u00e9rentes strat\u00e9gies, telles que la d\u00e9termination de la concentration de l&#8217;agent dans le sang et diff\u00e9rentes escalades du traitement pharmacologique, lorsqu&#8217;un patient pr\u00e9sente une r\u00e9ponse insuffisante au traitement par un antid\u00e9presseur seul. Un g\u00e9notypage suppl\u00e9mentaire des variants du g\u00e8ne ABCB1 pourrait permettre, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;indication ainsi obtenue sur l&#8217;activit\u00e9 de la glycoprot\u00e9ine P, de choisir un traitement plus personnalis\u00e9 et d&#8217;adapter la posologie <strong>(Fig.&nbsp;2).<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6665 lazyload\" alt=\"\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/abb2_np1_s50.jpg\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/1024;height:745px; width:800px\" width=\"1100\" height=\"1024\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\"><\/p>\n<h2 id=\"les-variants-genetiques-et-lepigenetique-comme-criteres-de-differenciation-dans-letablissement-du-diagnostic\">Les variants g\u00e9n\u00e9tiques et l&#8217;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique comme crit\u00e8res de diff\u00e9renciation dans l&#8217;\u00e9tablissement du diagnostic<\/h2>\n<p>Le Dr Stefan Kloiber a ensuite montr\u00e9 comment le stress chronique peut d\u00e9clencher des maladies psychiques et comment une pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique individuelle joue un r\u00f4le essentiel dans l&#8217;apparition et l&#8217;\u00e9volution de la maladie. En l&#8217;absence de normalisation du test Dex-CRH, il a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 que les patients qui pr\u00e9sentaient encore des taux \u00e9lev\u00e9s d&#8217;hormones de stress \u00e0 leur sortie de l&#8217;h\u00f4pital avaient un taux de r\u00e9cidive de 43% dans les six mois, contre 8% pour les patients dont les taux d&#8217;hormones de stress \u00e9taient normalis\u00e9s [2]. Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que le syst\u00e8me hormonal du stress, l&#8217;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (syst\u00e8me HPA), est plus ou moins vuln\u00e9rable au cours de la vie. L&#8217;une des raisons de cette diff\u00e9rence de r\u00e9silience a pu \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 des facteurs \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques. Des exp\u00e9riences sur des animaux ont montr\u00e9 qu&#8217;une faible attention maternelle entra\u00eenait une m\u00e9thylation accrue et, par cons\u00e9quent, une r\u00e9pression du g\u00e8ne du r\u00e9cepteur des glucocortico\u00efdes (GR), ce qui entra\u00eenait une r\u00e9sistance \u00e0 la r\u00e9troaction n\u00e9gative ou une hyperactivit\u00e9 de l&#8217;axe des hormones de stress [3,4]. Inversement, les exp\u00e9riences positives pourraient entra\u00eener une am\u00e9lioration du syst\u00e8me d&#8217;hormones de stress.<\/p>\n<p>Un facteur important de la r\u00e9gulation du stress est la prot\u00e9ine FKBP5. Il se lie aux r\u00e9cepteurs des glucocortico\u00efdes et influence ainsi leur activit\u00e9 et donc l&#8217;ensemble du syst\u00e8me hormonal du stress. Des scientifiques de l&#8217;Institut Max Planck ont d\u00e9couvert qu&#8217;en pr\u00e9sence de certaines variantes g\u00e9n\u00e9tiques, le g\u00e8ne FKBP5 peut \u00eatre modifi\u00e9 \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiquement apr\u00e8s un traumatisme dans l&#8217;enfance. Cela entra\u00eene par la suite une mauvaise r\u00e9gulation de l&#8217;axe des hormones du stress, ce qui augmente le risque de d\u00e9pression ou de trouble anxieux \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte [5\u20137]. C&#8217;est pourquoi les chercheurs tentent de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies pharmacologiques pour influencer le FKBP5, afin de pouvoir \u00e9ventuellement traiter \u00e0 l&#8217;avenir de mani\u00e8re individuelle et pr\u00e9coce les personnes ayant subi des traumatismes dans l&#8217;enfance et pr\u00e9sentant une variante d\u00e9favorable du g\u00e8ne FKBP5 <strong>(fig.&nbsp;3).<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6666 lazyload\" alt=\"\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/abb3_np1_s51.jpg\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/821;height:597px; width:800px\" width=\"1100\" height=\"821\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\"><\/p>\n<h2 id=\"les-concepts-de-staging-aident-a-la-classification-et-au-traitement-des-troubles-bipolaires\">Les concepts de staging aident \u00e0 la classification et au traitement des troubles bipolaires<\/h2>\n<p>La stratification des patients et les facteurs diagnostiques sont des \u00e9l\u00e9ments essentiels pour la d\u00e9cision th\u00e9rapeutique chez les patients atteints de troubles bipolaires, comme l&#8217;a soulign\u00e9 le professeur Jean-Michel Aubry de l&#8217;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve dans sa pr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Les troubles bipolaires se caract\u00e9risent par une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 avec de nombreux sous-types diff\u00e9rents. La pr\u00e9valence est de 2-3% si l&#8217;on prend en compte tous les sous-types du spectre bipolaire. Il va des troubles de l&#8217;humeur normaux au trouble bipolaire de type I, qui se caract\u00e9rise \u00e9galement par des variations consid\u00e9rables du nombre de rechutes et de la qualit\u00e9 de la r\u00e9mission apr\u00e8s chaque \u00e9pisode<strong> (Fig.&nbsp;4).<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6667 lazyload\" alt=\"\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/abb4_np1_s51.jpg\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/793;height:577px; width:800px\" width=\"1100\" height=\"793\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\"><\/p>\n<p>Pour classer les diff\u00e9rents stades des troubles bipolaires, le concept de staging a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 il y a une dizaine d&#8217;ann\u00e9es et diff\u00e9rents mod\u00e8les ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s depuis lors, qui suscitent actuellement un grand int\u00e9r\u00eat [9]. L&#8217;un des objectifs communs de ces mod\u00e8les est de mieux s\u00e9lectionner \u00e0 l&#8217;avenir les traitements pharmacologiques et psychoth\u00e9rapeutiques dans la pratique clinique quotidienne. Ainsi, une \u00e9tude a montr\u00e9 que, d\u00e8s aujourd&#8217;hui, les patients de stade I se voient plus souvent prescrire des monoth\u00e9rapies, tandis que les patients de stade II re\u00e7oivent une combinaison de deux mol\u00e9cules et que les patients des stades III et IV se voient plus souvent administrer une polypharmacie comprenant au moins trois psychotropes [10]. Par ailleurs, ces mod\u00e8les de staging doivent aider \u00e0 s\u00e9lectionner des interventions psychoth\u00e9rapeutiques et pharmacologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque stade.<\/p>\n<h2 id=\"diagnostic-a-laide-de-biomarqueurs\">Diagnostic \u00e0 l&#8217;aide de biomarqueurs<\/h2>\n<p>Afin de mieux caract\u00e9riser la maladie des troubles bipolaires, la recherche porte aujourd&#8217;hui sur diff\u00e9rents biomarqueurs. Plusieurs biomarqueurs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s par le pass\u00e9, tels que les marqueurs \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques, les marqueurs immuno-inflammatoires, les endoph\u00e9notypes cognitifs, les marqueurs du sommeil et les marqueurs circadiens, ainsi que l&#8217;imagerie c\u00e9r\u00e9brale, mais aucun marqueur n&#8217;est encore suffisamment sensible et fiable pour permettre de tirer des conclusions plus pr\u00e9cises sur la maladie. La sp\u00e9cificit\u00e9 et la sensibilit\u00e9 des biomarqueurs potentiels doivent encore \u00eatre fortement affin\u00e9es pour qu&#8217;ils puissent \u00eatre utilis\u00e9s pour pr\u00e9ciser les diff\u00e9rents stades de d\u00e9veloppement des troubles bipolaires.<\/p>\n<h2 id=\"la-duree-de-la-maladie-et-le-debut-du-traitement-influencent-le-succes-du-traitement\">La dur\u00e9e de la maladie et le d\u00e9but du traitement influencent le succ\u00e8s du traitement<\/h2>\n<p>L&#8217;anciennet\u00e9 de la maladie et les ant\u00e9c\u00e9dents semblent \u00eatre des facteurs essentiels pour la r\u00e9ussite du traitement. Une \u00e9tude de Kessing et al. a pu montrer que le fait de commencer un traitement au lithium le plus t\u00f4t possible dans l&#8217;\u00e9volution de la maladie augmente la probabilit\u00e9 de r\u00e9ponse au lithium [11]. De m\u00eame, le nombre d&#8217;\u00e9pisodes semble d\u00e9terminant pour le succ\u00e8s du traitement : la r\u00e9ponse au traitement est meilleure si moins de cinq \u00e9pisodes ont eu lieu avant le premier traitement, alors que si plus de dix \u00e9pisodes ont eu lieu, l&#8217;efficacit\u00e9 du traitement \u00e9tait moindre [12].<\/p>\n<p>En ce qui concerne la psycho\u00e9ducation, le tableau est similaire ; l\u00e0 encore, l&#8217;efficacit\u00e9 du traitement d\u00e9pend fortement de la progression de la maladie ; une \u00e9tude sugg\u00e8re que moins de sept \u00e9pisodes ant\u00e9rieurs constituent la limite entre la r\u00e9ponse et la non-r\u00e9ponse \u00e0 la psycho\u00e9ducation [13]. Ainsi, ces \u00e9tudes soutiennent \u00e9galement l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une intervention pr\u00e9coce apr\u00e8s l&#8217;\u00e9tablissement du diagnostic.<\/p>\n<h2 id=\"perspectives\">Perspectives<\/h2>\n<p>Outre toutes les nouvelles connaissances en mati\u00e8re de g\u00e9n\u00e9tique, d&#8217;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, de psycho\u00e9ducation, de psychoth\u00e9rapie et de traitement m\u00e9dicamenteux, tous les intervenants ont soulign\u00e9 \u00e0 la fin du symposium l&#8217;importance de la collaboration entre le m\u00e9decin et le patient &#8211; la participation active du patient et l&#8217;adh\u00e9sion au traitement qui en d\u00e9coule ont une grande valeur th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h2 id=\"take-home-messages\">Take home messages<\/h2>\n<ul>\n<li>L&#8217;objectif de la m\u00e9decine personnalis\u00e9e\/de pr\u00e9cision est d&#8217;am\u00e9liorer la pr\u00e9cision du diagnostic et de la th\u00e9rapie qui s&#8217;ensuit.<\/li>\n<li>La m\u00e9decine personnalis\u00e9e s&#8217;appuie sur de nouvelles connaissances en biologie mol\u00e9culaire, en g\u00e9n\u00e9tique, en neurocognition, en imagerie c\u00e9r\u00e9brale et autres biomarqueurs.<\/li>\n<li>Les variantes du g\u00e8ne FKBP5 peuvent influencer diff\u00e9remment le risque de d\u00e9pression ou de trouble anxieux \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte apr\u00e8s un traumatisme dans l&#8217;enfance.<\/li>\n<li>Les diff\u00e9rents stades des troubles bipolaires sont class\u00e9s par staging afin d&#8217;adapter les interventions pharmacologiques et psychoth\u00e9rapeutiques en cons\u00e9quence.<\/li>\n<li>La dur\u00e9e de la maladie et les ant\u00e9c\u00e9dents sont essentiels \u00e0 la r\u00e9ussite du traitement des troubles bipolaires.<\/li>\n<li>La participation active du patient et l&#8217;adh\u00e9sion au traitement qui en d\u00e9coule ont une grande valeur th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n<em>Source : Congr\u00e8s annuel de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de psychiatrie et de psychoth\u00e9rapie (SSPP), 2-4 septembre 2015, Berne<\/em><\/p>\n<p>\nLitt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Baer N, et al. : Observatoire suisse de la sant\u00e9, 2013.<\/li>\n<li>Zobel AW, et al : J Psychiat Res 2001 ; 35(2) : 83-94.<\/li>\n<li>Feder A, et al : Nat Rev Neurosci. 2009 ; 10(6) : 446-457.<\/li>\n<li>Meaney MJ, Szyf M : Trends Neurosci 2005 ; 28(9) : 456-463.<\/li>\n<li>Binder EB, et al : Nat Genet 2004 ; 36(12) : 1319-1325.<\/li>\n<li>Binder EB, et al : JAMA 2008 ; 299(11) : 1291-1305.<\/li>\n<li>Klengel T, et al : Nat Neurosci 2013 ; 16(1) : 33-41.<\/li>\n<li>Goodwin F, Jamison KR : Manic-Depressive Illness : Oxford University Press, 1990, 2007.<\/li>\n<li>Kapczinski F, et al : Acta Psychiatr Scand 2014 ; 130(5) : 354-363.<\/li>\n<li>Goi PD, et al : Rev Bras Psiquiatr 2015 ; 37(2) : 121-125.<\/li>\n<li>Kessing LV, et al : Br J Psychiatry 2014 ; 205(3) : 214-220.<\/li>\n<li>Berk M, et al. : Bipolar Disord 2011 ; 13(1) : 87-98.<\/li>\n<li>Colom F, et al : Acta Neuropsychiatr 2010 ; 22(2) : 50-53.<\/li>\n<\/ol>\n<p>\n<em>InFo NEUROLOGIE &amp; PSYCHIATRIE 2016 ; 14(1) : 48-52<\/em><br \/>\n<em>PRATIQUE DU M\u00c9DECIN DE FAMILLE 2016 ; 11(2) : 38-42<\/em><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus le diagnostic est pr\u00e9cis, plus le traitement est efficace. Ce principe s&#8217;applique \u00e9galement au domaine de la psychiatrie. Mais le chemin vers un diagnostic pr\u00e9cis est encore long. 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