{"id":342813,"date":"2015-09-01T02:00:00","date_gmt":"2015-09-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/troubles-mentaux-chez-les-patients-atteints-de-maladies-chroniques\/"},"modified":"2015-09-01T02:00:00","modified_gmt":"2015-09-01T00:00:00","slug":"troubles-mentaux-chez-les-patients-atteints-de-maladies-chroniques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/troubles-mentaux-chez-les-patients-atteints-de-maladies-chroniques\/","title":{"rendered":"Troubles mentaux chez les patients atteints de maladies chroniques"},"content":{"rendered":"<p><strong>En cas de maladies somatiques chroniques, par exemple de cancer, ou apr\u00e8s une transplantation d&#8217;organe, la pr\u00e9valence des maladies mentales est deux fois plus \u00e9lev\u00e9e que dans la population moyenne (jusqu&#8217;\u00e0 50%). Les troubles mentaux comorbides sont associ\u00e9s \u00e0 une \u00e9volution significativement moins bonne du traitement. Ils devraient donc \u00eatre diagnostiqu\u00e9s rapidement, de pr\u00e9f\u00e9rence par un service de consultation psychiatrique int\u00e9gr\u00e9, et trait\u00e9s en cons\u00e9quence.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les patients souffrant \u00e0 la fois de maladies physiques et mentales ont fait l&#8217;objet d&#8217;une attention croissante de la part des chercheurs et des cliniciens. Ces patients ont des exigences particuli\u00e8res en mati\u00e8re de soins m\u00e9dicaux. Dans de nombreuses maladies somatiques chroniques, telles que les cancers, les maladies cardiovasculaires, le diab\u00e8te sucr\u00e9, les maladies respiratoires ainsi que chez les patients ayant subi une transplantation d&#8217;organe, etc., on a constat\u00e9 une pr\u00e9valence deux fois plus \u00e9lev\u00e9e de maladies mentales &#8211; par rapport \u00e0 la population moyenne et ind\u00e9pendamment de l&#8217;\u00e2ge et du sexe [1, 2]. Les troubles anxieux (23%), la d\u00e9pression (21%) et les troubles somatoformes (15%) sont les plus fr\u00e9quemment rapport\u00e9s [1]. En outre, plusieurs \u00e9tudes ont montr\u00e9 que la pr\u00e9sence d&#8217;un trouble mental comorbide est associ\u00e9e \u00e0 une qualit\u00e9 de vie nettement moins bonne, \u00e0 une moins bonne observance et donc, en fin de compte, \u00e0 un moins bon d\u00e9roulement du traitement, \u00e0 des co\u00fbts plus \u00e9lev\u00e9s et \u00e0 une mortalit\u00e9 plus importante [3]. Inversement, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que les interventions psychoth\u00e9rapeutiques pouvaient prolonger la dur\u00e9e de survie des patientes atteintes d&#8217;un cancer du sein [4].<\/p>\n<p>Les raisons d&#8217;une comorbidit\u00e9 accrue avec la d\u00e9pression et les troubles anxieux chez les personnes souffrant de maladies physiques chroniques sont multiples : les maladies chroniques sont souvent associ\u00e9es \u00e0 des pertes personnelles et sociales (relations, travail, ressources financi\u00e8res), \u00e0 une r\u00e9duction des capacit\u00e9s physiques, \u00e0 la douleur, aux effets secondaires des m\u00e9dicaments et \u00e0 d&#8217;autres traitements contraignants. L&#8217;\u00e9volution de la maladie est souvent progressive et impr\u00e9visible, et les perspectives d&#8217;avenir sont donc limit\u00e9es. Il en r\u00e9sulte une d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des sp\u00e9cialistes m\u00e9dicaux et, assez souvent, vis-\u00e0-vis des proches. Il n&#8217;est pas rare que les proches soient \u00e9galement expos\u00e9s \u00e0 un stress accru ; il n&#8217;est donc pas rare qu&#8217;ils pr\u00e9sentent \u00e9galement une pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9e de maladies mentales, ce qui est malheureusement souvent n\u00e9glig\u00e9 [5, 6].<\/p>\n<p>Le lien entre la maladie physique et la maladie mentale comorbide n&#8217;est pas toujours tr\u00e8s clair. Il existe souvent un lien unidirectionnel, c&#8217;est-\u00e0-dire que la maladie physique entra\u00eene une maladie mentale. Il existe parfois une relation bidirectionnelle, comme dans le cas des maladies coronariennes, o\u00f9 les maladies mentales, en particulier la d\u00e9pression, peuvent \u00eatre un facteur de risque pour l&#8217;apparition de maladies coronariennes [7].<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent travail explique les liens entre les maladies organiques et psychiques en prenant l&#8217;exemple des patients oncologiques et des personnes ayant subi une transplantation d&#8217;organe.<\/p>\n<h2 id=\"reactions-psychologiques-chez-les-patients-oncologiques\">R\u00e9actions psychologiques chez les patients oncologiques<\/h2>\n<p>Le besoin d&#8217;un accompagnement psychoth\u00e9rapeutique chez les patients oncologiques est probablement nettement plus important que la proportion de patients qui ont recours \u00e0 une telle offre. Les m\u00e9decins traitants primaires manquent parfois de connaissances pour informer sur les offres psycho-oncologiques, ils sont parfois trop peu sensibilis\u00e9s pour reconna\u00eetre et aborder les besoins \u00e9ventuels.<\/p>\n<p>Au cours de la maladie canc\u00e9reuse, les patients et leurs proches doivent faire preuve d&#8217;un grand effort d&#8217;adaptation \u00e0 plusieurs reprises. Vous devez faire face \u00e0 la menace existentielle que repr\u00e9sente le diagnostic de cancer, aux sympt\u00f4mes de la maladie ainsi qu&#8217;aux effets secondaires du traitement. Dans les phases de r\u00e9mission, il faut trouver un moyen de g\u00e9rer le risque de r\u00e9cidive. Des examens de contr\u00f4le r\u00e9guliers rappellent le risque imminent de rechute. Chaque progression de la maladie repr\u00e9sente un nouveau fardeau pour les patients et leur entourage [8, 12, 13].<\/p>\n<p>La r\u00e9action normale \u00e0 l&#8217;annonce d&#8217;un cancer est d&#8217;abord un choc. Les patients rapportent des exp\u00e9riences de d\u00e9r\u00e9alisation et de d\u00e9personnalisation. &#8220;J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi&#8221;, &#8220;Tout me semble \u00e9tranger&#8221; ou &#8220;Je me sens comme anesth\u00e9si\u00e9&#8221; sont des d\u00e9clarations fr\u00e9quentes. Ensuite, il y a typiquement une phase de d\u00e9sespoir, de tristesse et de col\u00e8re. Les patients ont l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre arrach\u00e9s au monde dans lequel ils vivaient auparavant, ils ne voient pas d&#8217;issue et manquent de rep\u00e8res. Dans l&#8217;\u00e9tape suivante, les patients commencent \u00e0 activer des ressources, \u00e0 utiliser des strat\u00e9gies qui les ont d\u00e9j\u00e0 aid\u00e9s dans des situations difficiles. Un environnement social porteur est particuli\u00e8rement utile. En g\u00e9n\u00e9ral, les personnes concern\u00e9es trouvent ainsi en quelques semaines un moyen de faire face \u00e0 la nouvelle situation. En cas de changement de situation, par exemple en cas de r\u00e9cidive, le processus recommence.<\/p>\n<h2 id=\"troubles-psychologiques-chez-les-patients-atteints-de-cancer\">Troubles psychologiques chez les patients atteints de cancer<\/h2>\n<p>Environ 50% des patients oncologiques sont affect\u00e9s par un trouble mental au cours de leur \u00e9volution, ce chiffre \u00e9tant plus \u00e9lev\u00e9 chez les patients hospitalis\u00e9s avec une tumeur avanc\u00e9e et un mauvais pronostic que chez les patients ambulatoires. Une grande partie des diagnostics psychiatriques, environ deux tiers, concernent des troubles de l&#8217;adaptation, 15% des patients pr\u00e9sentent un \u00e9tat d\u00e9pressif. Chez les patients hospitalis\u00e9s, le d\u00e9lire est fr\u00e9quent au cours de l&#8217;\u00e9volution, surtout en cas de maladie avanc\u00e9e (par exemple en cas d&#8217;atteinte tumorale c\u00e9r\u00e9brale) ou pendant la chimioth\u00e9rapie [13].<\/p>\n<p>Les troubles de l&#8217;adaptation sont souvent rapidement r\u00e9versibles lorsque les patients ont la possibilit\u00e9, avec un soutien, d&#8217;examiner leurs pr\u00e9occupations et leurs probl\u00e8mes sous diff\u00e9rents angles et de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies de r\u00e9solution possibles. La plupart du temps, les personnes concern\u00e9es peuvent rapidement r\u00e9activer les ressources qu&#8217;elles connaissent. L&#8217;implication du r\u00e9seau social est tr\u00e8s utile. Un soutien psychopharmacologique est rarement n\u00e9cessaire, des antid\u00e9presseurs comme la mirtazapine sont parfois utilis\u00e9s, \u00e0 faible dose, en off-label, pour aider \u00e0 l&#8217;endormissement ou encore pour leur effet anti\u00e9m\u00e9tique et\/ou sur l&#8217;app\u00e9tit.<\/p>\n<p>Poser correctement le diagnostic de d\u00e9pression est un d\u00e9fi pour les patients atteints de cancer. D&#8217;une part, il existe un chevauchement des sympt\u00f4mes : L&#8217;apathie, la fatigue, le manque d&#8217;app\u00e9tit, le ralentissement psychomoteur ou les troubles de la concentration peuvent \u00eatre d\u00e9clench\u00e9s par le cancer ou son traitement (chimioth\u00e9rapie, radioth\u00e9rapie). D&#8217;autre part, il convient de faire la distinction entre une r\u00e9action normale de tristesse \u00e0 une mauvaise nouvelle et une d\u00e9pression. Les sympt\u00f4mes pr\u00e9curseurs de la d\u00e9pression sont le d\u00e9sespoir, le manque d&#8217;int\u00e9r\u00eat, l&#8217;absence de d\u00e9foulement \u00e9motionnel, le sentiment de culpabilit\u00e9 et les pens\u00e9es suicidaires. Des sympt\u00f4mes tels que le d\u00e9sespoir, la col\u00e8re, l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 et les ruminations peuvent constituer une r\u00e9action normale et ne sont alors pas une indication pour l&#8217;utilisation d&#8217;un antid\u00e9presseur [9, 12].<\/p>\n<p>Dans le cadre hospitalier ou dans la vie quotidienne du premier praticien, lorsque le temps disponible pour le triage est limit\u00e9, des outils de diagnostic simples et courts sont utiles comme proc\u00e9dures de d\u00e9pistage. Le thermom\u00e8tre de stress, par exemple, est une \u00e9chelle visuelle analogique allant de 0 \u00e0 10 <strong>(figure 1). <\/strong>On demande aux patients s&#8217;ils ont souffert de stress psychologique au cours de la derni\u00e8re semaine : 0 signifie pas de stress, 10 correspond subjectivement au stress maximal [10]. Cette proc\u00e9dure permet d&#8217;identifier les personnes concern\u00e9es par une souffrance psychique et de les orienter vers le service sp\u00e9cialis\u00e9 appropri\u00e9 (service de consultation et de liaison ou service psycho-oncologique sp\u00e9cialis\u00e9) par le biais d&#8217;un entretien.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-6128\" alt=\"\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51.png\" style=\"height:610px; width:600px\" width=\"1100\" height=\"1118\" srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51.png 1100w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51-800x813.png 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51-80x80.png 80w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51-120x122.png 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51-90x90.png 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51-320x325.png 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb1_np5-6_s51-560x569.png 560w\" sizes=\"(max-width: 1100px) 100vw, 1100px\" \/><\/p>\n<p>En pr\u00e9sence d&#8217;un trouble d\u00e9pressif, on utilise surtout des antid\u00e9presseurs r\u00e9cents qui ont peu d&#8217;effets secondaires et d&#8217;interactions. Les produits fr\u00e9quemment utilis\u00e9s sont les inhibiteurs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) comme l&#8217;escitalopram, le citalopram ou la sertraline ou les inhibiteurs de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline (IRSN) comme la venlafaxine et la dulox\u00e9tine [13]. Dans certains cas, il peut \u00eatre n\u00e9cessaire de faire appel \u00e0 des pharmacologues cliniciens.<\/p>\n<p>Une large gamme de m\u00e9thodes psychoth\u00e9rapeutiques \u00e9tablies est \u00e9galement utilis\u00e9e. Les sujets abord\u00e9s sont souvent diff\u00e9rents de ceux abord\u00e9s avec d&#8217;autres groupes de patients et varient en fonction de la phase de la maladie. Les th\u00e8mes qui reviennent souvent sont li\u00e9s \u00e0 la confrontation avec la maladie, \u00e0 l&#8217;acceptation et \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration de la maladie dans la vie. Au fil de l&#8217;\u00e9volution, il s&#8217;agit de retrouver un quotidien, de g\u00e9rer la peur de la r\u00e9cidive et de la progression, les sentiments d&#8217;impuissance et d&#8217;impuissance. Selon les cas, la finitude, les adieux et le deuil sont abord\u00e9s.<\/p>\n<p>Les proches des malades chroniques sont souvent tout aussi, voire plus, affect\u00e9s psychologiquement que les personnes atteintes en premier lieu [6, 14]. On demande en outre aux proches de porter le syst\u00e8me et de soutenir le patient. Il est assez fr\u00e9quent qu&#8217;un service sp\u00e9cifique de conseil et de soutien soit n\u00e9cessaire pour les proches, parfois m\u00eame apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s du patient. Il faut donc leur proposer \u00e9galement un suivi psycho-oncologique.<\/p>\n<h2 id=\"maladies-mentales-chez-les-patients-transplantes\">Maladies mentales chez les patients transplant\u00e9s<\/h2>\n<p>Des \u00e9tudes psychosociales montrent que la qualit\u00e9 de vie des patients transplant\u00e9s peut \u00eatre consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9e par une transplantation d&#8217;organe [15\u201319]. Cependant, les \u00e9volutions peuvent \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rentes [20]. Si la majorit\u00e9 des patients b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;une transplantation en termes de qualit\u00e9 de vie, jusqu&#8217;\u00e0 40% des patients peuvent voir leur \u00e9tat psychologique se d\u00e9grader apr\u00e8s la transplantation <strong>(figure 2).<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6129 lazyload\" alt=\"\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52.png\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/1122;height:612px; width:600px\" width=\"1100\" height=\"1122\" data-srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52.png 1100w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52-800x816.png 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52-120x122.png 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52-90x92.png 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52-320x326.png 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/abb2_np5-6_s52-560x571.png 560w\" data-sizes=\"(max-width: 1100px) 100vw, 1100px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" \/><\/p>\n<p>Il semble que ce ne soit pas n\u00e9cessairement l&#8217;\u00e9volution physique apr\u00e8s la transplantation qui d\u00e9termine la qualit\u00e9 de vie, mais plut\u00f4t la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychologique d&#8217;une personne [21]. Le fait qu&#8217;un nombre consid\u00e9rable de patients transplant\u00e9s signalent une d\u00e9t\u00e9rioration de leur qualit\u00e9 de vie et que ce sont principalement des facteurs psychosociaux qui influencent cette d\u00e9t\u00e9rioration indique l&#8217;importance de la prise en charge psychosomatique de ces patients.<\/p>\n<h2 id=\"avant-la-transplantation\">Avant la transplantation<\/h2>\n<p>Les patients avant une transplantation d&#8217;organe ont une pr\u00e9valence ou une incidence comparativement \u00e9lev\u00e9e de troubles mentaux. Lang et al. ont constat\u00e9 des troubles mentaux chez 32,8% des patients avant une transplantation de poumon, de foie, de c\u0153ur ou de rein [22]. Il s&#8217;agit de maladies organiques du cerveau, par exemple \u00e0 la suite d&#8217;une enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique, de troubles d\u00e9pressifs et de r\u00e9actions d&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 dans le cadre de troubles d&#8217;adaptation et d&#8217;addictions ant\u00e9rieures, surtout chez les patients atteints de maladies du foie [23, 24]. Un soutien social limit\u00e9, la perte d&#8217;int\u00e9gration professionnelle et des probl\u00e8mes financiers sont des charges psychosociales typiques des patients inscrits sur la liste d&#8217;attente pour une transplantation d&#8217;organe [25].<\/p>\n<p>Mais surtout, l&#8217;incertitude de savoir si et quand un organe appropri\u00e9 sera disponible est un facteur de stress central, en particulier pour les patients pour lesquels aucune proc\u00e9dure de remplacement (dialyse) ou aucun don de leur vivant n&#8217;est possible. Si aucun organe appropri\u00e9 n&#8217;est trouv\u00e9, le processus de mort qui s&#8217;engage est souvent influenc\u00e9 jusqu&#8217;au bout par l&#8217;espoir d&#8217;\u00eatre sauv\u00e9 par la transplantation. Ce dilemme &#8211; la confrontation avec la mort et l&#8217;espoir de survie &#8211; d\u00e9termine l&#8217;\u00e9tat subjectif des patients, mais aussi la relation th\u00e9rapeutique [26]. En cons\u00e9quence, le psychiatre\/psychologue traitant peut suivre deux lignes de conduite :<\/p>\n<ol>\n<li>Une attitude orient\u00e9e vers l&#8217;espoir et l&#8217;avenir, pour soutenir activement le patient dans sa lutte pour la survie.<\/li>\n<li>Ouverture au th\u00e8me de la mort, qui permet de nommer les angoisses existentielles et d&#8217;ouvrir un espace psychique dans lequel tant l&#8217;espoir de survie que la confrontation avec la finitude de la vie trouvent leur place.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Bien entendu, des m\u00e9dicaments antid\u00e9presseurs et anxiolytiques peuvent apporter un soulagement suppl\u00e9mentaire. Pour les patients sur liste d&#8217;attente, il est d\u00e9j\u00e0 recommand\u00e9 de coordonner ces m\u00e9dicaments en fonction du risque d&#8217;interaction avec les immunosuppresseurs apr\u00e8s la transplantation. Comme pour les patients en psycho-oncologie, certains m\u00e9dicaments \u00e0 faible effet secondaire se sont \u00e9tablis. En raison de l&#8217;\u00e9limination h\u00e9patique ou r\u00e9nale souvent limit\u00e9e, il est souvent indispensable d&#8217;utiliser des doses plus faibles, de contr\u00f4ler r\u00e9guli\u00e8rement les taux et de surveiller les param\u00e8tres sanguins en \u00e9troite collaboration avec les soignants somatiques. Les benzodiaz\u00e9pines sont \u00e9vit\u00e9es dans la mesure du possible en raison de leur potentiel de d\u00e9pendance et de d\u00e9pression respiratoire. Ainsi, les m\u00e9thodes non m\u00e9dicamenteuses de r\u00e9duction de l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 et de la tension ont un r\u00f4le important \u00e0 jouer.<\/p>\n<h2 id=\"apres-la-transplantation\">Apr\u00e8s la transplantation<\/h2>\n<p>Dans la plupart des \u00e9tudes, l&#8217;\u00e9tat psychologique s&#8217;am\u00e9liore nettement apr\u00e8s une transplantation d&#8217;organe. L&#8217;incidence des troubles mentaux varie cependant d&#8217;une \u00e9tude \u00e0 l&#8217;autre, par exemple les donn\u00e9es concernant les troubles anxieux varient de 3 \u00e0 33% [24]. Les troubles typiques sont les d\u00e9lires postop\u00e9ratoires, les troubles d\u00e9pressifs et les troubles anxieux [24, 27]. Le d\u00e9lire est l&#8217;une des complications psychiatriques les plus fr\u00e9quentes dans les jours qui suivent une transplantation d&#8217;organe [27]. Il doit \u00eatre d\u00e9tect\u00e9 rapidement pour \u00e9viter le d\u00e9veloppement d&#8217;une image compl\u00e8te et dispara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement apr\u00e8s quelques jours de traitement neuroleptique soigneux (par exemple, halop\u00e9ridol).<\/p>\n<p>Lors du traitement psychopharmacologique des troubles anxieux et de la d\u00e9pression, il convient de veiller \u00e0 ce que le profil d&#8217;interaction avec les immunosuppresseurs soit le plus faible possible &#8211; de pr\u00e9f\u00e9rence en concertation avec les m\u00e9decins traitants de la transplantation.<\/p>\n<p>Dans les jours ou les semaines qui suivent une transplantation d&#8217;organe, une crise psychologique peut \u00e9galement survenir, accompagn\u00e9e de sentiments d&#8217;impuissance et d&#8217;abandon [28]. Typiquement, des sentiments d&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 de type panique apparaissent. Il s&#8217;av\u00e8re souvent que ces patients ont d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu des exp\u00e9riences de perte traumatisantes dans leur histoire, qui sont r\u00e9activ\u00e9es par la perte de l&#8217;ancien organe et le manque de familiarit\u00e9 avec l&#8217;organe transplant\u00e9. Une premi\u00e8re mesure th\u00e9rapeutique consiste \u00e0 \u00e9tablir un cadre relationnel aussi stable que possible, afin que les patients concern\u00e9s puissent explorer et tester pas \u00e0 pas le terrain incertain avec le nouvel organe. Dans ce cadre, les peurs traumatiques peuvent \u00eatre abord\u00e9es et, dans certaines circonstances, il est possible d&#8217;\u00e9tablir un lien entre les exp\u00e9riences de perte ant\u00e9rieures et la situation actuelle mena\u00e7ante, et ce d\u00e8s la crise.<\/p>\n<p>Les tendances autodestructrices des patients constituent peut-\u00eatre l&#8217;un des plus grands d\u00e9fis [29]. Dans chaque centre de transplantation, il est fait \u00e9tat de patients qui fr\u00f4lent la mort, voire qui d\u00e9c\u00e8dent, parce qu&#8217;ils ne prennent pas leurs m\u00e9dicaments de mani\u00e8re fiable ou ne les prennent pas du tout \u00e0 certains moments. Avec Freud, on pourrait parler d&#8217;un conflit entre la pulsion de vie et la pulsion de mort d&#8217;un patient qui, d&#8217;une part, dit oui \u00e0 la transplantation, mais qui, d&#8217;autre part, ne prend pas de mani\u00e8re fiable les m\u00e9dicaments n\u00e9cessaires [30].<\/p>\n<p>On peut expliquer cette contradiction. D\u00e8s sa naissance, chaque individu fait l&#8217;exp\u00e9rience de besoins intenses, \u00e0 savoir \u00eatre soign\u00e9, nourri, per\u00e7u et aim\u00e9. Si ces besoins ne sont pas satisfaits ou le sont de mani\u00e8re tr\u00e8s insuffisante, nous avons recours \u00e0 une solution radicale pour mettre fin \u00e0 cet \u00e9tat de frustration : Nous supprimons nos besoins ; il s&#8217;agit d&#8217;une &#8220;d\u00e9sobjectivation&#8221; [31, 32]. Dans la pratique clinique quotidienne, on constate que la combinaison d&#8217;un \u00e9chec actuel (par exemple en ce qui concerne les complications, la capacit\u00e9 de travail limit\u00e9e, etc.) et d&#8217;une exp\u00e9rience ant\u00e9rieure de frustration pousse les patients \u00e0 se retirer et \u00e0 abandonner tout ou partie de leurs soins personnels. Cette d\u00e9sobjectivation, souvent insidieuse, n&#8217;est en fait pas moins risqu\u00e9e qu&#8217;un rejet physique.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi pour les m\u00e9decins et les psychologues est d&#8217;intervenir utilement dans ce conflit entre l&#8217;affirmation et la n\u00e9gation de la vie et d&#8217;inverser le cours des choses le plus t\u00f4t possible. Si l&#8217;on parvient \u00e0 (re)cr\u00e9er une v\u00e9ritable relation, il sera alors possible, au fil du temps, de travailler sur les deux frustrations, initiale et actuelle, et de trouver avec les patients un nouvel acc\u00e8s \u00e0 une attitude d&#8217;affirmation de la vie. C&#8217;est l\u00e0 l&#8217;une des missions essentielles du psychiatre consultant en m\u00e9decine de transplantation &#8211; renforcer la vitalit\u00e9 des patients et leur permettre de faire face avec succ\u00e8s et plus sereinement aux in\u00e9vitables frustrations sanitaires et psychosociales.<\/p>\n<p><em>Bibliographie chez l&#8217;\u00e9diteur<\/em><\/p>\n<p>Litt\u00e9rature compl\u00e9mentaire :<\/p>\n<ol>\n<li>H\u00e4rter M, et al : Increased 12-Month Prevalence Rates of Mental Disorders in Patients with Chronic Somatic Diseases. Psychother Psychosom 2007 ; 76(6) : 354-360.<\/li>\n<li>Zwahlen D, et al : Adopting a family approach to theory and practice : measuring distress in cancer patient-partner dyads with the distress thermometer. Psycho-Oncology 2011 ; 20(4) : 394-403.<\/li>\n<li>Herschbach P, Heu\u00dfner P (\u00e9d.) : Introduction \u00e0 la pratique du traitement psycho-oncologique. Stuttgart : Klett-Cotta 2008.<\/li>\n<li>Goetzmann L, et al : Psychosocial profiles after transplantation : a 24-month follow-up in heart, lung, liver, kidney and allogeneic bone-marrow patients. Transplantation 2008 ; 86 : 662-668.<\/li>\n<li>Goetzmann L, et al : La vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychosociale pr\u00e9dit les r\u00e9sultats apr\u00e8s une transplantation d&#8217;organe &#8211; r\u00e9sultats d&#8217;une \u00e9tude prospective sur des patients atteints de poumons, de foie et de moelle osseuse. J Psychosom Res 2007 ; 62 : 93-100.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>InFo NEUROLOGIE &amp; PSYCHIATRIE 2011 ; 9(5-6) : 50-54<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cas de maladies somatiques chroniques, par exemple de cancer, ou apr\u00e8s une transplantation d&#8217;organe, la pr\u00e9valence des maladies mentales est deux fois plus \u00e9lev\u00e9e que dans la population moyenne&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":52551,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"pmpro_default_level":"","cat_1_feature_home_top":false,"cat_2_editor_pick":false,"csco_eyebrow_text":"En cas de cancer ou apr\u00e8s une transplantation d'organe","footnotes":""},"category":[11531,11389,11489,11549],"tags":[17497,14976,12708,45310,13744,45314,45163,30331,39108],"powerkit_post_featured":[],"class_list":["post-342813","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-formation-continue","category-oncologie","category-psychiatrie-et-psychotherapie","category-rx-fr","tag-cancer-fr","tag-depression-fr","tag-diabete-fr","tag-distress-fr","tag-maladie-respiratoire","tag-psychologie-fr","tag-somatique","tag-transplantation-fr","tag-trouble-de-ladaptation","pmpro-has-access"],"acf":[],"publishpress_future_action":{"enabled":false,"date":"2026-07-01 03:13:11","action":"change-status","newStatus":"draft","terms":[],"taxonomy":"category","extraData":[]},"publishpress_future_workflow_manual_trigger":{"enabledWorkflows":[]},"wpml_current_locale":"fr_FR","wpml_translations":{"it_IT":{"locale":"it_IT","id":342824,"slug":"disturbi-mentali-nei-pazienti-con-malattie-croniche","post_title":"Disturbi mentali nei pazienti con malattie croniche","href":"https:\/\/medizinonline.com\/it\/disturbi-mentali-nei-pazienti-con-malattie-croniche\/"},"pt_PT":{"locale":"pt_PT","id":342833,"slug":"perturbacoes-mentais-em-doentes-com-doencas-cronicas","post_title":"Perturba\u00e7\u00f5es mentais em doentes com doen\u00e7as cr\u00f3nicas","href":"https:\/\/medizinonline.com\/pt-pt\/perturbacoes-mentais-em-doentes-com-doencas-cronicas\/"},"es_ES":{"locale":"es_ES","id":342835,"slug":"trastornos-mentales-en-pacientes-con-enfermedades-cronicas","post_title":"Trastornos mentales en pacientes con enfermedades cr\u00f3nicas","href":"https:\/\/medizinonline.com\/es\/trastornos-mentales-en-pacientes-con-enfermedades-cronicas\/"}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/342813","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=342813"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/342813\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=342813"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category?post=342813"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=342813"},{"taxonomy":"powerkit_post_featured","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/powerkit_post_featured?post=342813"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}