{"id":345400,"date":"2014-05-07T00:00:00","date_gmt":"2014-05-06T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/prendre-en-compte-le-mecanisme-de-la-douleur-pas-seulement-lintensite-de-la-douleur\/"},"modified":"2014-05-07T00:00:00","modified_gmt":"2014-05-06T22:00:00","slug":"prendre-en-compte-le-mecanisme-de-la-douleur-pas-seulement-lintensite-de-la-douleur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/prendre-en-compte-le-mecanisme-de-la-douleur-pas-seulement-lintensite-de-la-douleur\/","title":{"rendered":"Prendre en compte le m\u00e9canisme de la douleur, pas seulement l&#8217;intensit\u00e9 de la douleur"},"content":{"rendered":"<p><strong>Il y a 115 ans, le premier analg\u00e9sique de synth\u00e8se \u00e9tait mis sur le march\u00e9 sous une forme durable. Il s&#8217;agissait de l&#8217;acide ac\u00e9tylsalicylique, qui est toujours utilis\u00e9 aujourd&#8217;hui. Entre-temps, de nombreux autres produits ont \u00e9t\u00e9 mis sur le march\u00e9, et les opio\u00efdes de synth\u00e8se en particulier ont apport\u00e9 un grand progr\u00e8s en termes de puissance analg\u00e9sique. N\u00e9anmoins, le probl\u00e8me du contr\u00f4le de la douleur est loin d&#8217;\u00eatre r\u00e9solu. L&#8217;article pr\u00e9sente les options th\u00e9rapeutiques actuellement utilis\u00e9es dans la pratique et discute de leur utilisation en fonction des diff\u00e9rents m\u00e9canismes de la douleur.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>La question de savoir si le probl\u00e8me du contr\u00f4le de la douleur a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu se pose d&#8217;elle-m\u00eame tous les jours dans les consultations des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes et des h\u00f4pitaux. Le contr\u00f4le de la douleur aigu\u00eb a certainement connu un grand essor gr\u00e2ce aux d\u00e9veloppements pharmacologiques. Mais l\u00e0 encore, nous sommes encore loin de l&#8217;objectif d&#8217;une analg\u00e9sie satisfaisante. Les raisons sont multiples et se situent aussi bien du c\u00f4t\u00e9 des patients que des m\u00e9decins [1]. En m\u00e9decine d&#8217;urgence, une latence temporelle dans l&#8217;administration ainsi qu&#8217;une r\u00e9ticence anxieuse sont souvent \u00e0 l&#8217;origine d&#8217;un traitement insuffisant de la douleur. Selon les \u00e9tudes, seuls un huiti\u00e8me \u00e0 la moiti\u00e9 des patients souffrant de fractures des membres inf\u00e9rieurs re\u00e7oivent rapidement des analg\u00e9siques ad\u00e9quats [2]. De m\u00eame, malgr\u00e9 les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s, la douleur postop\u00e9ratoire est encore trait\u00e9e de mani\u00e8re insatisfaisante \u00e0 l&#8217;heure actuelle [3, 4].<\/p>\n<p>La situation est nettement moins favorable pour le traitement de la douleur chronique (plus de trois mois). En Europe, 19% de la population souffrent de douleurs chroniques au cours de leur vie. Parmi les patients suisses souffrant de douleurs, un quart souffre de douleurs chroniques depuis plus de 25 ans d\u00e9j\u00e0. 54% d\u00e9clarent que leur douleur n&#8217;est pas contr\u00f4l\u00e9e et seulement 27% des patients ont re\u00e7u une seule fois des m\u00e9dicaments sur ordonnance pour ces douleurs [5].<\/p>\n<p>Les co\u00fbts \u00e9conomiques sont trois fois plus \u00e9lev\u00e9s que ceux de l&#8217;asthme bronchique ou plus de deux fois plus \u00e9lev\u00e9s que ceux du diab\u00e8te sucr\u00e9 [6]. Le fait que le d\u00e9veloppement pharmacologique n&#8217;ait pas permis de progresser dans ce domaine montre qu&#8217;un tableau clinique purement somatique ne suffit pas \u00e0 expliquer ces troubles chroniques. Le principe multidimensionnel du mod\u00e8le bio-psycho-social est ici appropri\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"place-de-la-grille-de-niveaux-de-loms\">Place de la grille de niveaux de l&#8217;OMS<\/h2>\n<p>En ce qui concerne le traitement m\u00e9dicamenteux de la douleur, de nombreux m\u00e9decins se basent encore sur le fameux sch\u00e9ma graduel de l&#8217;OMS <strong>(fig. 1),<\/strong> qui recommande une extension progressive de l&#8217;analg\u00e9sie. On distingue les trois cat\u00e9gories suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li>Analg\u00e9siques non opio\u00efdes<\/li>\n<li>Analg\u00e9siques faibles<\/li>\n<li>Analg\u00e9siques puissants<\/li>\n<\/ul>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-3735\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986.jpg\" width=\"857\" height=\"524\" srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986.jpg 857w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986-800x489.jpg 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986-120x73.jpg 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986-90x55.jpg 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986-320x196.jpg 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Abb1_HP5_s16.jpg_1986-560x342.jpg 560w\" sizes=\"(max-width: 857px) 100vw, 857px\" \/><\/p>\n<p>En outre, les m\u00e9dicaments appartenant au groupe des anti\u00e9pileptiques, des antid\u00e9presseurs, des bisphosphonates, des st\u00e9ro\u00efdes ou des myorelaxants sont regroup\u00e9s dans un groupe distinct appel\u00e9 co-analg\u00e9siques. Ce concept a l&#8217;avantage de donner \u00e0 chaque m\u00e9decin des instructions simples et pratiques gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;extension progressive du traitement de la douleur, ce qui permet de r\u00e9duire les craintes et les inhibitions qui sont souvent pr\u00e9sentes, notamment dans l&#8217;utilisation des opio\u00efdes forts. Ce sch\u00e9ma de niveaux de l&#8217;OMS a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 et valid\u00e9 pour \u00eatre utilis\u00e9 dans le cas de douleurs li\u00e9es \u00e0 une tumeur, mais il a ensuite \u00e9t\u00e9 de plus en plus utilis\u00e9 pour les patients souffrant de douleurs non malignes.<\/p>\n<p>Cependant, il ne prend en compte que l&#8217;intensit\u00e9 de la douleur comme seul crit\u00e8re de choix des analg\u00e9siques, qui peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e par une &#8220;\u00e9chelle visuelle analogique&#8221; (VAS) ou une &#8220;\u00e9chelle num\u00e9rique de notation&#8221; (NRS) [7]. Le m\u00e9canisme sous-jacent de la douleur n&#8217;est pas pris en compte. Cependant, cela a une influence d\u00e9cisive sur le choix de l&#8217;analg\u00e9sique appropri\u00e9. C&#8217;est pourquoi le sch\u00e9ma par \u00e9tapes ne refl\u00e8te plus tout \u00e0 fait les consid\u00e9rations de diagnostic diff\u00e9rentiel d&#8217;un traitement de la douleur qui sont courantes de nos jours. Cependant, elle peut encore \u00eatre utilis\u00e9e comme guide approximatif, en particulier pour les douleurs malignes. En particulier dans les pays o\u00f9 l&#8217;acc\u00e8s aux opio\u00efdes n&#8217;est pas aussi facile, l&#8217;utilisation du sch\u00e9ma de paliers de l&#8217;OMS, reconnu au niveau international, constitue une bonne aide pour poser l&#8217;indication et justifier les opio\u00efdes forts.<\/p>\n<p>Il existe \u00e9galement les recommandations g\u00e9n\u00e9rales de l&#8217;OMS sur l&#8217;utilisation du traitement de la douleur. Le respect des deux premi\u00e8res recommandations en particulier est important et doit faire l&#8217;objet de bonnes instructions.<\/p>\n<ul>\n<li>&#8220;Par la bouche&#8221; : Dans la mesure du possible, il convient d&#8217;opter pour un traitement per os. D&#8217;autres formes d&#8217;application ont leur place, mais ne devraient \u00eatre utilis\u00e9es que dans des situations sp\u00e9cifiques.<\/li>\n<li>&#8220;By the clock&#8221; : l&#8217;heure de la prise des m\u00e9dicaments doit \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e par leur dur\u00e9e d&#8217;action et non par des circonstances ext\u00e9rieures telles que les repas. Dans le cas contraire, vous risquez des pics de douleur.<\/li>\n<li>&#8220;By the ladder&#8221; : nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 la signification actuelle du syst\u00e8me de paliers de l&#8217;OMS.<\/li>\n<\/ul>\n<h2 id=\"traitement-de-la-douleur-selon-le-mecanisme-de-la-douleur\">Traitement de la douleur selon le m\u00e9canisme de la douleur<\/h2>\n<p>Pour commencer un traitement cibl\u00e9 de la douleur, il faut \u00eatre conscient des caract\u00e9ristiques des diff\u00e9rents types de douleur afin de pouvoir les identifier [8]. On distingue principalement la douleur nociceptive (somatique, visc\u00e9rale), la douleur neuropathique et la douleur mixte nociceptive-neuropathique <strong>(tableau 1). <\/strong> <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3736 lazyload\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988.jpg\" width=\"1100\" height=\"905\" data-srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988.jpg 1100w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988-800x658.jpg 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988-120x99.jpg 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988-90x74.jpg 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988-320x263.jpg 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab1_HP5_s16.jpg_1988-560x461.jpg 560w\" data-sizes=\"(max-width: 1100px) 100vw, 1100px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/905;\" \/><\/p>\n<p>Cette classification peut avoir une influence directe sur le choix de l&#8217;analg\u00e9sique <strong>(tableau 2). <\/strong>Par exemple, les douleurs neuropathiques ne r\u00e9pondent pas aux analg\u00e9siques p\u00e9riph\u00e9riques de niveau 1 de l&#8217;OMS. Une douleur inflammatoire a toutes les chances de r\u00e9pondre le mieux \u00e0 un m\u00e9dicament anti-inflammatoire. De nos jours, le m\u00e9decin traitant devrait de plus en plus int\u00e9grer de telles consid\u00e9rations dans son traitement. Si l&#8217;on consid\u00e8re en outre les diagnostics secondaires d&#8217;un patient et le traitement non analg\u00e9sique avec les &#8220;drug-disease&#8221; et &#8220;drug-drug-interactions&#8221; \u00e0 prendre en compte, on comprend pourquoi un traitement m\u00e9dicamenteux exigeant de la douleur n&#8217;est pas une question triviale.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3737 lazyload\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987.jpg\" width=\"850\" height=\"1301\" data-srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987.jpg 850w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987-800x1224.jpg 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987-120x184.jpg 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987-90x138.jpg 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987-320x490.jpg 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Tab2_HP5_s17.jpg_1987-560x857.jpg 560w\" data-sizes=\"(max-width: 850px) 100vw, 850px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 850px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 850\/1301;\" \/><\/p>\n<p>Les types de douleur repr\u00e9sentent la pr\u00e9cision d&#8217;un sympt\u00f4me et non un diagnostic. La classification d&#8217;une douleur doit ensuite \u00eatre suivie de la recherche de la cause de la douleur. Cela implique, m\u00eame chez le patient douloureux chronique qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 par de nombreux m\u00e9decins, une anamn\u00e8se minutieuse, un examen clinique et une \u00e9tude de tous les examens et rapports ant\u00e9rieurs disponibles.<\/p>\n<h2 id=\"douleur-nociceptive\">Douleur nociceptive<\/h2>\n<p>L'&#8221;International Association for the Study of Pain&#8221; (IASP) d\u00e9finit la douleur nociceptive comme une douleur caus\u00e9e par une l\u00e9sion r\u00e9elle ou imminente d&#8217;un tissu non neuronal et d\u00e9clench\u00e9e par l&#8217;activation de nocicepteurs [9]. De mani\u00e8re caract\u00e9ristique, cette douleur est d\u00e9crite comme vive, lancinante ou spasmodique. Elle est g\u00e9n\u00e9ralement bien localis\u00e9e et se produit \u00e0 l&#8217;endroit de la l\u00e9sion, bien que cela ne soit que partiellement vrai pour la douleur visc\u00e9rale. Contrairement \u00e0 la douleur neuropathique, elle ne s&#8217;accompagne d&#8217;aucun sympt\u00f4me neurologique.<\/p>\n<h2 id=\"douleur-neuropathique\">Douleur neuropathique<\/h2>\n<p>Ce type de douleur est d\u00e9fini par l&#8217;IASP comme une douleur caus\u00e9e par une l\u00e9sion ou une maladie du syst\u00e8me nerveux somatosensoriel [9]. Elle peut \u00eatre divis\u00e9e en douleur neuropathique centrale et p\u00e9riph\u00e9rique, en fonction de la localisation de la cause de la douleur. Les patients la d\u00e9crivent typiquement comme une sensation de br\u00fblure, de coupure, d&#8217;\u00e9lectrisation ou de d\u00e9chirement, souvent avec un caract\u00e8re lancinant. La douleur peut souvent \u00eatre projet\u00e9e en p\u00e9riph\u00e9rie en raison de la zone d&#8217;innervation correspondante repr\u00e9sent\u00e9e par le nerf endommag\u00e9, ce qui la rend plus difficile \u00e0 localiser. Il sera souvent accompagn\u00e9 de r\u00e9sultats neurologiques dans le sens d&#8217;une symptomatologie positive ou n\u00e9gative. Il s&#8217;agit notamment de l&#8217;hypoesth\u00e9sie, la dysesth\u00e9sie, l&#8217;hypalg\u00e9sie, l&#8217;hyperalg\u00e9sie ou l&#8217;allodynie.<\/p>\n<h2 id=\"douleur-mixte\">Douleur mixte<\/h2>\n<p>La douleur mixte est une combinaison des types de douleur susmentionn\u00e9s et de leurs \u00e9l\u00e9ments respectifs. De nombreux types de douleurs tumorales ou de maux de dos peuvent \u00eatre class\u00e9s dans cette cat\u00e9gorie.<\/p>\n<h2 id=\"particularites-de-la-douleur-aigue\">Particularit\u00e9s de la douleur aigu\u00eb<\/h2>\n<p>La douleur aigu\u00eb a le sens d&#8217;un sympt\u00f4me d&#8217;avertissement et doit nous emp\u00eacher de solliciter une partie du corps endommag\u00e9e. Il peut entra\u00eener une hyperglyc\u00e9mie, un m\u00e9tabolisme catabolique, une tachycardie, une hypertension et une vasoconstriction via l&#8217;activation du syst\u00e8me nerveux sympathique et une r\u00e9action de stress adr\u00e9nocortical. Les comportements d&#8217;\u00e9vitement ainsi que l&#8217;augmentation du tonus musculaire peuvent entra\u00eener une mobilisation limit\u00e9e avec d\u00e9conditionnement, un risque accru d&#8217;\u00e9v\u00e9nements thromboemboliques et d&#8217;hypoventilation. En cas de douleur mal contr\u00f4l\u00e9e, le risque de d\u00e9lire est accru, en particulier chez les patients \u00e2g\u00e9s, ce qui entra\u00eene une augmentation de la morbidit\u00e9 et de la mortalit\u00e9. M\u00eame sans complication de d\u00e9lire, la dur\u00e9e moyenne d&#8217;hospitalisation est plus longue chez les patients dont la douleur est mal contr\u00f4l\u00e9e. Un traitement insuffisant d&#8217;une douleur aigu\u00eb constitue \u00e9galement l&#8217;un des principaux facteurs de risque de chronicisation de la douleur.<\/p>\n<p>Tout cela montre bien pourquoi un contr\u00f4le satisfaisant de la douleur est certes en premier lieu un service rendu au patient en termes de promotion du bien-\u00eatre, mais aussi en second lieu une pr\u00e9vention des complications et des probl\u00e8mes cons\u00e9cutifs.<\/p>\n<h2 id=\"particularites-de-la-douleur-chronique\">Particularit\u00e9s de la douleur chronique<\/h2>\n<p>Dans le cas de la douleur chronique, la fonction de sympt\u00f4me d&#8217;alerte a \u00e9t\u00e9 perdue. Il est important que le m\u00e9decin et le patient se fixent des objectifs th\u00e9rapeutiques r\u00e9alistes. Souvent, il n&#8217;est pas possible d&#8217;obtenir l&#8217;absence de douleur, ce qui doit \u00eatre communiqu\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but. Dans le cas contraire, la d\u00e9ception li\u00e9e aux objectifs non atteints entra\u00eenera une perte de confiance. Outre la r\u00e9duction de la douleur, l&#8217;objectif th\u00e9rapeutique doit \u00eatre en premier lieu la promotion de la mobilit\u00e9 et de l&#8217;activit\u00e9. Cela a un impact positif \u00e0 la fois sur les maladies psychiatriques telles que la d\u00e9pression et sur la qualit\u00e9 de vie et le retour au travail.<\/p>\n<h2 id=\"douleur-maligne-versus-douleur-non-maligne\">Douleur maligne versus douleur non maligne<\/h2>\n<p>L&#8217;approche et la communication devraient \u00eatre diff\u00e9rentes chez les patients souffrant d&#8217;une douleur tumorale chronique et chez les patients souffrant d&#8217;une douleur chronique non maligne. L&#8217;utilisation d&#8217;opio\u00efdes forts est g\u00e9n\u00e9ralement in\u00e9vitable chez les patients atteints de tumeur, car ce sont les analg\u00e9siques les plus efficaces et ils ont un effet \u00e0 la fois sur les douleurs nociceptives et neuropathiques. Les patients doivent souvent \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s de la peur (et non du respect !) de ces m\u00e9dicaments. Le risque de surdosage est tr\u00e8s faible si le m\u00e9dicament est utilis\u00e9 avec pr\u00e9caution, avec une adaptation progressive de la dose (augmentation quotidienne maximale de 30% de la dose quotidienne fixe) et une utilisation ad\u00e9quate de doses de r\u00e9serve pour traiter les pics de douleur (10-15% de la dose quotidienne fixe prescrite).<\/p>\n<p>Pour les douleurs non malignes, l&#8217;utilisation d&#8217;opio\u00efdes forts est controvers\u00e9e [10]. S&#8217;ils sont utilis\u00e9s, seules les formes \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e devraient \u00eatre employ\u00e9es chez les patients souffrant de douleurs chroniques, car le potentiel de d\u00e9pendance est extr\u00eamement faible. L&#8217;objectif d&#8217;une analg\u00e9sie puissante doit \u00eatre en premier lieu d&#8217;am\u00e9liorer la mobilit\u00e9, et seulement en second lieu de supprimer la douleur. Il convient \u00e9galement d&#8217;en discuter avec le patient avant d&#8217;utiliser la m\u00e9dication et de d\u00e9finir les cons\u00e9quences si ces objectifs ne sont pas atteints, par exemple l&#8217;abandon complet des opio\u00efdes forts. Le patient est inform\u00e9 qu&#8217;il existe une dose maximale \u00e0 laquelle l&#8217;effet doit se produire, que le potentiel de d\u00e9pendance est important et qu&#8217;il s&#8217;agit des analg\u00e9siques les plus puissants qui existent.<\/p>\n<h2 id=\"therapies-complementaires\">Th\u00e9rapies compl\u00e9mentaires<\/h2>\n<p>Le recours au traitement m\u00e9dicamenteux de la douleur, lorsqu&#8217;il est correctement utilis\u00e9, est g\u00e9n\u00e9ralement efficace, s\u00fbr et bien tol\u00e9r\u00e9. Mais il ne faut pas oublier les autres th\u00e9rapies et mesures non m\u00e9dicamenteuses qui sont \u00e9galement utiles aux patients souffrant de douleurs. Il convient de mentionner en premier lieu la pr\u00e9cieuse relation patient-m\u00e9decin qui, gr\u00e2ce \u00e0 une bonne \u00e9ducation du patient, \u00e0 l&#8217;expression de son empathie, \u00e0 la prise en compte de ses grandes peurs et \u00e0 la confiance mutuelle, est en mesure d&#8217;influencer la douleur de mani\u00e8re significative [11]. Pour les mesures de physioth\u00e9rapie, les manipulations spinales ou l&#8217;acupuncture, les preuves varient en fonction de la localisation et de la dur\u00e9e de la douleur [12].<\/p>\n<p>L&#8217;application et la mise en \u0153uvre coh\u00e9rentes du mod\u00e8le bio-psycho-social ont conduit au d\u00e9veloppement de programmes de plusieurs semaines avec une approche multimodale, dans lesquels les \u00e9l\u00e9ments purement somatiques ne sont pas trait\u00e9s, mais o\u00f9 les th\u00e9rapies psychologiques sont utilis\u00e9es en parall\u00e8le et o\u00f9 des solutions doivent \u00e9galement \u00eatre recherch\u00e9es pour les facteurs sociaux [13]. La douleur chronique doit \u00eatre abord\u00e9e de mani\u00e8re multimodale. C&#8217;est une condition pr\u00e9alable \u00e0 un traitement s\u00e9rieux de la douleur.<\/p>\n<p><strong>Dr. med. Dominik Schneider<\/strong><\/p>\n<h4 id=\"conclusion-pour-la-pratique\">CONCLUSION POUR LA PRATIQUE<\/h4>\n<ul>\n<li>Le traitement moderne de la douleur doit prendre en compte le m\u00e9canisme de la douleur, et pas seulement son intensit\u00e9.<\/li>\n<li>La distinction entre douleur neuropathique et nociceptive a des cons\u00e9quences directes sur le choix des analg\u00e9siques.<\/li>\n<li>Le traitement de la douleur aigu\u00eb permet non seulement d&#8217;am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie du patient, mais aussi d&#8217;\u00e9viter la chronicisation de la douleur et les complications imm\u00e9diates entra\u00eenant une augmentation de la morbidit\u00e9 et de la mortalit\u00e9.<\/li>\n<li>Il est important de tenir compte de la dur\u00e9e d&#8217;action du m\u00e9dicament lors de la prise des analg\u00e9siques.<\/li>\n<li>Les th\u00e9rapies non pharmacologiques visant \u00e0 r\u00e9duire la douleur, en particulier les programmes de th\u00e9rapie multimodale, sont bas\u00e9es sur des preuves et sont parfois rentables.<\/li>\n<\/ul>\n<h4 id=\"\">&nbsp;<\/h4>\n<p><strong>Litt\u00e9rature :<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>Theiler R : Swiss Medical Forum 2012 ; 12(34) : 645-651.<\/li>\n<li>Abbuhl FB, Reed DB : Prehosp Emerg Care 2003 ; 7(4) : 445-447.<\/li>\n<li>McHugh GA, Thoms GM : Anaesthesia 2002 ; 57(3) : 270-275.<\/li>\n<li>Kehlet H, Jensen TS, Woolf CJ : Lancet 2006 ; 367(9522) : 1618-1625.<\/li>\n<li>Breivik H, et al : Eur J Pain 2006 ; 10(4) : 287-333.<\/li>\n<li>Oggier W : Bulletin des m\u00e9decins suisses 2007 ; 88(29\/30) : 1265-1269.<\/li>\n<li>Dworkin RH, et al : Pain 2009 ; 146(3) : 238-244.<\/li>\n<li>Pergolizzi J : Curr Med Res Opin 2011 ; 27(10) : 2079-2080.<\/li>\n<li>IASP, Taxonomy Chronic Pain. <a href=\"http:\/\/www.iasp-pain.org\/Education\/Content.aspx?ItemNumber=1698\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.iasp-pain.org\/Education\/Content.aspx?ItemNumber=1698.<\/a><\/li>\n<li>Gupta S, Atcheson R : J Anaesthesiol Clin Pharmacol 2013 ; 29(1) : 6-12.<\/li>\n<li>Cherkin DC, et al : N Engl J Med 1998 ; 339(15) : 1021-1029.<\/li>\n<li>Cherkin DC, et al : Ann Intern Med 2003 ; 138(11) : 898-906.<\/li>\n<li>Angst F, et al : J Rehabil Med 2009 ; 41(7) : 569-575.<\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"font-size:10px\"><em>PRATIQUE DU M\u00c9DECIN DE FAMILLE 2014 ; 9(5) : 15-18<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 115 ans, le premier analg\u00e9sique de synth\u00e8se \u00e9tait mis sur le march\u00e9 sous une forme durable. Il s&#8217;agissait de l&#8217;acide ac\u00e9tylsalicylique, qui est toujours utilis\u00e9 aujourd&#8217;hui. Entre-temps,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":43375,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"pmpro_default_level":"","cat_1_feature_home_top":false,"cat_2_editor_pick":false,"csco_eyebrow_text":"Traitement m\u00e9dicamenteux de la douleur","footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":""},"category":[11531,11368,11454,11464,11505,11549],"tags":[16815,53391,11588,14538,19447,12573],"powerkit_post_featured":[],"class_list":["post-345400","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-formation-continue","category-geriatrie-fr","category-orthopedie","category-pharmacologie-et-toxicologie","category-rhumatologie","category-rx-fr","tag-acide-acetylsalicylique","tag-analgesique-fr","tag-analgesiques","tag-douleur","tag-oms","tag-therapie-fr","pmpro-has-access"],"acf":[],"publishpress_future_action":{"enabled":false,"date":"2026-07-27 12:55:50","action":"change-status","newStatus":"draft","terms":[],"taxonomy":"category","extraData":[]},"publishpress_future_workflow_manual_trigger":{"enabledWorkflows":[]},"wpml_current_locale":"fr_FR","wpml_translations":{"it_IT":{"locale":"it_IT","id":345410,"slug":"consideri-il-meccanismo-del-dolore-non-solo-lintensita-del-dolore","post_title":"Consideri il meccanismo del dolore, non solo l'intensit\u00e0 del dolore.","href":"https:\/\/medizinonline.com\/it\/consideri-il-meccanismo-del-dolore-non-solo-lintensita-del-dolore\/"},"pt_PT":{"locale":"pt_PT","id":345415,"slug":"considere-o-mecanismo-da-dor-nao-apenas-a-intensidade-da-dor","post_title":"Considere o mecanismo da dor, n\u00e3o apenas a intensidade da dor","href":"https:\/\/medizinonline.com\/pt-pt\/considere-o-mecanismo-da-dor-nao-apenas-a-intensidade-da-dor\/"},"es_ES":{"locale":"es_ES","id":345420,"slug":"considere-el-mecanismo-del-dolor-no-solo-su-intensidad","post_title":"Considere el mecanismo del dolor, no s\u00f3lo su intensidad","href":"https:\/\/medizinonline.com\/es\/considere-el-mecanismo-del-dolor-no-solo-su-intensidad\/"}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345400","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=345400"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345400\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=345400"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category?post=345400"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=345400"},{"taxonomy":"powerkit_post_featured","embeddable":true,"href":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/powerkit_post_featured?post=345400"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}