{"id":346031,"date":"2014-02-07T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/il-est-grand-temps-dagir\/"},"modified":"2014-02-07T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T23:00:00","slug":"il-est-grand-temps-dagir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/il-est-grand-temps-dagir\/","title":{"rendered":"Il est grand temps d&#8217;agir"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&#8217;art\u00e9riopathie oblit\u00e9rante est une maladie \u00e0 sites multiples (coronaire, c\u00e9r\u00e9bral, p\u00e9riph\u00e9rique et visc\u00e9ral). Les facteurs de risque cardiovasculaires doivent \u00eatre trait\u00e9s de mani\u00e8re agressive, m\u00eame chez les patients asymptomatiques atteints d&#8217;AOP. L&#8217;APVP peut \u00eatre diagnostiqu\u00e9e facilement, rapidement et \u00e0 moindre co\u00fbt gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;ABI. Lorsque l&#8217;AOPV progresse chez un patient symptomatique ou asymptomatique, des traitements m\u00e9dicamenteux, interventionnels ou chirurgicaux deviennent n\u00e9cessaires. Quatre facteurs de risque modifiables sont responsables de l&#8217;AOPV : le tabagisme, le diab\u00e8te, l&#8217;hypertension et la dyslipid\u00e9mie.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p>202 millions de personnes dans le monde sont touch\u00e9es par une maladie art\u00e9rielle p\u00e9riph\u00e9rique (MAP). C&#8217;est presque cinq fois plus que le nombre de patients s\u00e9ropositifs dans le monde. Il n&#8217;y a plus de diff\u00e9rence dans la pr\u00e9valence de l&#8217;APVP : les fronti\u00e8res, le revenu et le niveau de vie ne jouent plus aucun r\u00f4le dans la fr\u00e9quence de la maladie. L&#8217;APVP, l&#8217;une des causes les plus fr\u00e9quentes de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9, a donc pris un caract\u00e8re pand\u00e9mique. C&#8217;est la conclusion d&#8217;une \u00e9tude publi\u00e9e dans le Lancet en octobre 2013 [1]. Et il y a des choses qui confirment nos connaissances actuelles, mais qui apportent aussi de nouvelles connaissances qui changent l&#8217;image de l&#8217;AVP.<\/p>\n<h2 id=\"une-maladie-a-plusieurs-facettes\">Une maladie \u00e0 plusieurs facettes<\/h2>\n<p>Mon ancien patron et professeur tr\u00e8s estim\u00e9 avait l&#8217;habitude de dire : &#8220;En cinq ans, la m\u00e9decine double ses connaissances &#8211; et c&#8217;est tant mieux, car cela \u00e9limine 50% des erreurs&#8221;. Un tel moment semble \u00eatre arriv\u00e9 une fois de plus. Les connaissances anciennes sont confirm\u00e9es, mais l&#8217;image actuelle de l&#8217;AOPV est \u00e9branl\u00e9e, car certaines erreurs sont \u00e9limin\u00e9es.<\/p>\n<p>L&#8217;ath\u00e9roscl\u00e9rose est une maladie sous-jacente m\u00e9tastatique avec des m\u00e9tastases dans le cerveau, le c\u0153ur et les art\u00e8res p\u00e9riph\u00e9riques et visc\u00e9rales. Malheureusement, la terminologie actuelle ne contribue pas \u00e0 le souligner clairement. On parle aujourd&#8217;hui de &#8220;maladie coronarienne&#8221;, d'&#8221;insuffisance c\u00e9r\u00e9brovasculaire&#8221;, d'&#8221;accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral&#8221;, de &#8220;claudicatio intermittente&#8221;, de &#8220;trouble de la circulation art\u00e9rielle p\u00e9riph\u00e9rique&#8221;, etc. Dans un manuel publi\u00e9 en 2002 [2], nous avons d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9 d&#8217;arr\u00eater d&#8217;utiliser cette terminologie confuse et incorrecte et de parler plut\u00f4t d&#8217;une &#8220;insuffisance cardiaque&#8221;.<em>  art\u00e9rielle coronaire,<\/em>  d&#8217;une  <em>c\u00e9r\u00e9bral<\/em>  art\u00e9rielle, une  <em>p\u00e9riph\u00e9riques<\/em>  art\u00e9rielle et une  <em>visc\u00e9rale<\/em>  Il s&#8217;agit d&#8217;une maladie \u00e0 sites multiples. Malheureusement, cela ne s&#8217;est pas concr\u00e9tis\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"la-prophylaxie-secondaire-est-essentielle\">La prophylaxie secondaire est essentielle<\/h2>\n<p>Aujourd&#8217;hui encore, de nombreuses personnes concern\u00e9es consid\u00e8rent l&#8217;APVP comme un mal certes g\u00eanant, mais qui ne doit pas \u00eatre pris au s\u00e9rieux. Rien d&#8217;\u00e9tonnant \u00e0 cela, puisque deux tiers des patients atteints de la maladie manifeste ne pr\u00e9sentent aucun sympt\u00f4me [3] ! Cela ne conduit pas non plus la plupart des gens chez le m\u00e9decin, et le m\u00e9decin n&#8217;y pr\u00eatera pas attention dans le cadre d&#8217;un examen normal. Un tiers des patients pr\u00e9sentent des sympt\u00f4mes, mais ceux-ci sont souvent masqu\u00e9s par d&#8217;autres causes de douleurs dans les jambes, g\u00e9n\u00e9ralement de nature arthrog\u00e8ne ou lombaire.<\/p>\n<p>La prise de conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de traiter de mani\u00e8re agressive les facteurs de risque cardiovasculaire, m\u00eame chez les patients asymptomatiques souffrant d&#8217;une AOP, n&#8217;occupe pas la place qui lui revient. M\u00eame chez les patients symptomatiques atteints d&#8217;une maladie manifeste, une prophylaxie secondaire ad\u00e9quate de l&#8217;ath\u00e9roscl\u00e9rose est moins souvent mise en \u0153uvre que, par exemple, chez les patients pr\u00e9sentant une manifestation coronarienne : chez les patients atteints d&#8217;AOP, seuls 33% re\u00e7oivent un b\u00eatabloquant, 29% seulement un inhibiteur de l&#8217;ECA, 31% seulement une statine, et en cas de diab\u00e8te connu, seuls 45% sont dans la fourchette recommand\u00e9e d&#8217;HbA<sub>1c<\/sub>-de moins de 7% [4]. Le risque d&#8217;isch\u00e9mie critique ou d&#8217;amputation est de 1 % par an, mais le risque de mortalit\u00e9 est de 5 \u00e0 15 %, soit trois \u00e0 quatre fois plus \u00e9lev\u00e9 que dans un groupe t\u00e9moin du m\u00eame \u00e2ge [5].<\/p>\n<h2 id=\"quels-sont-les-avantages-dun-diagnostic-precoce\">Quels sont les avantages d&#8217;un diagnostic pr\u00e9coce ?<\/h2>\n<p>L&#8217;APVP est devenue un facteur de risque \u00e0 part enti\u00e8re de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9 cardiovasculaires. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le diagnostic est simple, rapide et peu co\u00fbteux : Une mesure de l&#8217;ABI (indice cheville-bras) comme \u00e9l\u00e9ment fixe des examens m\u00e9dicaux de contr\u00f4le, aussi naturelle qu&#8217;un ECG, permettrait de d\u00e9tecter la plus grande partie des malades.<\/p>\n<p>Mais quel est l&#8217;int\u00e9r\u00eat de diagnostiquer une AOPV t\u00f4t, \u00e0 un stade encore asymptomatique ? Les douleurs aux jambes li\u00e9es \u00e0 l&#8217;effort r\u00e9duisent la productivit\u00e9 et la sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale des personnes concern\u00e9es. 50% d&#8217;entre eux ont une implication coronarienne significative et 43% une implication c\u00e9r\u00e9brale significative [6]. Ne pas diagnostiquer l&#8217;AOPV, c&#8217;est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une approche pr\u00e9ventive chez ces patients.<\/p>\n<p>Lorsque l&#8217;AOPV progresse chez le patient symptomatique ou asymptomatique, des traitements m\u00e9dicamenteux, interventionnels ou chirurgicaux deviennent n\u00e9cessaires pour r\u00e9tablir la qualit\u00e9 de vie ou \u00e9viter l&#8217;amputation. Une pr\u00e9vention plus pr\u00e9coce peut \u00e9viter cela et contribue donc \u00e0 \u00e9conomiser des frais de sant\u00e9.<br \/>\nMais l&#8217;ath\u00e9roscl\u00e9rose ne se m\u00e9tastase pas seulement au c\u0153ur, au cerveau, aux art\u00e8res p\u00e9riph\u00e9riques ou visc\u00e9rales. A cela s&#8217;ajoute un risque de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9 caus\u00e9 par les diff\u00e9rents facteurs de risque [7] : le risque d&#8217;angiopathie dilat\u00e9e ou le risque de d\u00e9velopper des n\u00e9oplasmes associ\u00e9s au tabac est accru. Les patients atteints d&#8217;ath\u00e9roscl\u00e9rose souffrent \u00e9galement<br \/>\nplus souvent d&#8217;insuffisance r\u00e9nale chronique ou de d\u00e9mence.<\/p>\n<h2 id=\"facteurs-de-risque-modifiables\">Facteurs de risque modifiables<\/h2>\n<p>Aujourd&#8217;hui encore, quatre facteurs de risque modifiables sont essentiellement responsables de l&#8217;AOP :<\/p>\n<ul>\n<li>Fumer<\/li>\n<li>Diab\u00e8te<\/li>\n<li>Hypertension<\/li>\n<li>Dyslipid\u00e9mie.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De vieilles connaissances qui ont heureusement donn\u00e9 lieu \u00e0 quelques mesures, trop peu nombreuses dans l&#8217;ensemble. L&#8217;interdiction de fumer ou de faire de la publicit\u00e9 pour les produits du tabac n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e depuis longtemps et n&#8217;est pas encore g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, ou alors elle est contourn\u00e9e par des campagnes habiles.<\/p>\n<p>L&#8217;incidence du diab\u00e8te sucr\u00e9 va consid\u00e9rablement augmenter dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. L&#8217;ob\u00e9sit\u00e9 caus\u00e9e par le manque d&#8217;activit\u00e9 physique pourrait facilement \u00eatre \u00e9vit\u00e9e par des mesures pr\u00e9ventives telles que des programmes de sport et d&#8217;activit\u00e9 physique [8]. Rien qu&#8217;en Allemagne, on estime que d&#8217;ici 2030, le nombre de diab\u00e9tiques \u00e2g\u00e9s de 55 \u00e0 74 ans aura augment\u00e9 de 1,5 million par rapport \u00e0 aujourd&#8217;hui [9]. 20% des diab\u00e9tiques de plus de 40 ans ont une AOPV manifeste, g\u00e9n\u00e9ralement asymptomatique, qui est un indicateur de risque \u00e9lev\u00e9 d&#8217;amputation et de risque cardiovasculaire. L&#8217;Association am\u00e9ricaine du diab\u00e8te recommande depuis dix ans un d\u00e9pistage de l&#8217;AOPV chez tous les diab\u00e9tiques de plus de 50 ans [10].<\/p>\n<h2 id=\"influence-sur-lincidence-et-la-prevalence\">Influence sur l&#8217;incidence et la pr\u00e9valence<\/h2>\n<p>Si l&#8217;on pensait jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent que les hommes \u00e9taient plus souvent atteints que les femmes, il faut compter cela parmi les erreurs qui viennent d&#8217;\u00eatre \u00e9limin\u00e9es : L&#8217;APVP touche les deux sexes avec la m\u00eame fr\u00e9quence dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9, et les femmes sont m\u00eame plus touch\u00e9es que les hommes dans les pays \u00e0 revenu moyen et faible.<\/p>\n<p>Entre 2000 et 2010, l&#8217;incidence de l&#8217;APVP a augment\u00e9 de 23,5%. Cette croissance se poursuivra si des mesures pr\u00e9ventives appropri\u00e9es ne sont pas prises. Les pays \u00e0 haut revenu manquent de discernement, les pays \u00e0 faible revenu manquent d&#8217;argent.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re approche doit toutefois consister \u00e0 d\u00e9pister l&#8217;APVP de mani\u00e8re pr\u00e9coce et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Pour cela, il faudra faire prendre conscience \u00e0 tous les acteurs, patients comme m\u00e9decins, mais aussi soignants, familles, assurances maladie, etc. que l&#8217;art\u00e9riopathie p\u00e9riph\u00e9rique n&#8217;est pas un mal anodin, mais une maladie m\u00e9tastatique qui pr\u00e9sente un risque de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9 cardiovasculaire important et \u00e9vitable, m\u00eame chez un patient asymptomatique.<\/p>\n<p>Litt\u00e9rature :<\/p>\n<ol>\n<li>Fowkes GR, et al : Comparaison des estimations globales de la pr\u00e9valence et des facteurs de risque de l&#8217;art\u00e9riopathie p\u00e9riph\u00e9rique en 2000 et 2010 : une revue syst\u00e9matique et une analyse. The Lancet 2013 ; 382 : 1329-1340.<\/li>\n<li>Pilger E, et al : Arterielle Gef\u00e4sserkrankungen, Standards in Klinik, Diagnostik und Therapie, Thieme Verlag 2002.<\/li>\n<li>Diehm C, et al : Valeur pronostique d&#8217;un faible indice brachial de la cheville post-exercice \u00e9valu\u00e9 par des m\u00e9decins de soins primaires. Atherosclerosis 2011 ; 214 : 364-372.<\/li>\n<li>Hirsch AT, et al : The PARTNERS Program. A national survey of peripheral arterial disease prevalence, awareness and ischemic risk. JAMA 2012 ; 286 : 1317-1324.<\/li>\n<li>Criqui MH, et al : Mortalit\u00e9 sur une p\u00e9riode de 10 ans chez les patients atteints d&#8217;art\u00e9riopathie p\u00e9riph\u00e9rique. NEJM 1992 ; 326 : 381-386.<\/li>\n<li>Marsico F, et al : Pr\u00e9valence et s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;ath\u00e9roscl\u00e9rose coronarienne et carotidienne asymptomatique chez les patients atteints de maladie art\u00e9rielle des membres inf\u00e9rieurs. Atherosclerosis 2013 ; 228 : 386-389.<\/li>\n<li>Paraskevas KI, et al : Les patients atteints d&#8217;une maladie art\u00e9rielle p\u00e9riph\u00e9rique, d&#8217;un an\u00e9vrisme aortique abdominal et d&#8217;une st\u00e9nose de l&#8217;art\u00e8re carotide pr\u00e9sentent un risque accru de d\u00e9velopper un cancer du poumon ou d&#8217;autres cancers. Int Angiol 2012 ; 31 : 404-405.<\/li>\n<li>Lindstr\u00f6m J, et al : R\u00e9duction durable de l&#8217;incidence du diab\u00e8te de type 2 par une intervention sur le mode de vie : suivi de l&#8217;\u00e9tude finlandaise sur la pr\u00e9vention du diab\u00e8te. Lancet 2006 ; 368 : 1673-1679.<\/li>\n<li>Brinks R, et al. : Prevalence of type 2 diabetes in Germany in 2040 : estimates from an epidemiological model. European Journal of Epidemiology 2012 ; 27 : 791-797.<\/li>\n<li>American Diabetes Association : Maladie art\u00e9rielle p\u00e9riph\u00e9rique chez les personnes atteintes de diab\u00e8te : D\u00e9claration de consensus. Diabetes Care 2003 ; 26 : 3333-3341.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>CARDIOVASC 2014 ; 13(1) : 12-13<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;art\u00e9riopathie oblit\u00e9rante est une maladie \u00e0 sites multiples (coronaire, c\u00e9r\u00e9bral, p\u00e9riph\u00e9rique et visc\u00e9ral). 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