{"id":346942,"date":"2013-10-14T00:00:00","date_gmt":"2013-10-13T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/les-troubles-induits-par-les-substances-peuvent-compliquer-le-traitement\/"},"modified":"2013-10-14T00:00:00","modified_gmt":"2013-10-13T22:00:00","slug":"les-troubles-induits-par-les-substances-peuvent-compliquer-le-traitement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/les-troubles-induits-par-les-substances-peuvent-compliquer-le-traitement\/","title":{"rendered":"Les troubles induits par les substances peuvent compliquer le traitement"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les consommateurs de coca\u00efne pr\u00e9sentent des alt\u00e9rations sp\u00e9cifiques des comp\u00e9tences socio-cognitives li\u00e9es \u00e0 leur fonctionnement social dans la vie quotidienne. Ils pr\u00e9sentent moins de contacts sociaux et des d\u00e9ficits d&#8217;empathie, tandis que des probl\u00e8mes de prise de perspective s&#8217;ajoutent en cas de consommation plus s\u00e9v\u00e8re. De m\u00eame, les consommateurs de coca\u00efne se comportent en moyenne de mani\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement moins prosociale. Tout comme les d\u00e9ficiences de l&#8217;attention et de la m\u00e9moire, le d\u00e9ficit d&#8217;empathie semble au moins \u00eatre en partie li\u00e9 \u00e0 la substance. On peut supposer que ces troubles de la perception sociale et du comportement social peuvent \u00e9galement rendre difficile une relation th\u00e9rapeutique avec ces personnes, ce qui pourrait expliquer en partie le taux de rechute \u00e9lev\u00e9 chez les personnes fortement d\u00e9pendantes \u00e0 la coca\u00efne, m\u00eame apr\u00e8s un traitement intensif. Comme les troubles socio-cognitifs semblent en partie r\u00e9versibles apr\u00e8s l&#8217;abstinence, on pourrait appliquer ces connaissances de diff\u00e9rentes mani\u00e8res dans la pratique th\u00e9rapeutique (tableau 1).<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-2285\" alt=\"\" src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/tab1_info5_s16.png\" style=\"height:655px; width:600px\" width=\"1100\" height=\"1201\"><\/p>\n<p>De nombreux psychologues et psychiatres travaillant dans le domaine th\u00e9rapeutique observent que les consommateurs chroniques ou d\u00e9pendants de coca\u00efne changent de personnalit\u00e9 au cours de leur carri\u00e8re de consommateurs. D&#8217;un point de vue clinique et ph\u00e9nom\u00e9nologique, il est frappant de constater que certains patients deviennent de plus en plus \u00e9motionnellement plats et \u00e9gocentriques [1, 2]. Les consommateurs de coca\u00efne pr\u00e9sentent \u00e9galement un risque jusqu&#8217;\u00e0 22 fois plus \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9velopper un trouble de la personnalit\u00e9 antisociale comorbide [3].<\/p>\n<p>Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, on pensait que les troubles de la personnalit\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9s principalement par le non-respect des normes sociales, \u00e9taient plus susceptibles de conditionner la consommation, mais aucune \u00e9tude n&#8217;avait encore \u00e9t\u00e9 men\u00e9e pour savoir si la consommation chronique pouvait \u00e9galement favoriser un comportement antisocial. Enfin, de nombreuses \u00e9tudes d&#8217;imagerie montrent que les consommateurs chroniques de coca\u00efne pr\u00e9sentent des alt\u00e9rations sp\u00e9cifiques dans les r\u00e9gions du cerveau dont nous savons aujourd&#8217;hui qu&#8217;elles jouent un r\u00f4le important dans les aptitudes sociales et le maintien des capacit\u00e9s d&#8217;interaction sociale [4\u20138]. Il s&#8217;agit principalement du cortex m\u00e9dio-frontal (MPFC) et orbito-frontal (OFC), du cingulum ant\u00e9rieur (ACC), des zones corticales temporales telles que l&#8217;insula et la r\u00e9gion polaire temporale, dans lesquelles l&#8217;\u00e9paisseur de la mati\u00e8re grise ou le m\u00e9tabolisme du glucose \u00e9taient r\u00e9duits. Cependant, jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, il n&#8217;existait pas d&#8217;\u00e9tudes syst\u00e9matiques et exp\u00e9rimentales permettant de caract\u00e9riser et de quantifier objectivement les d\u00e9ficiences socio-cognitives des consommateurs de coca\u00efne. Et ce, bien que nous ayons r\u00e9cemment appris \u00e0 quel point ces aptitudes sociales peuvent \u00eatre importantes pour l&#8217;apparition, l&#8217;\u00e9volution et le traitement des troubles psychiatriques, comme cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 maintes reprises \u00e0 l&#8217;exemple de la schizophr\u00e9nie [9].<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 que la cognition sociale pourrait avoir une forte influence sur le d\u00e9veloppement et la progression des d\u00e9pendances aux stimulants ainsi que sur leur traitement [10, 11]. La cognition sociale est un terme g\u00e9n\u00e9rique un peu malheureux qui regroupe diff\u00e9rentes fonctions cognitives permettant \u00e0 l&#8217;individu d&#8217;interagir socialement<strong> (tableau 2)<\/strong>. Ainsi, les alt\u00e9rations des fonctions socio-cognitives favoriseraient l&#8217;isolement social, l&#8217;agressivit\u00e9 et la tendance \u00e0 la d\u00e9pression, ce qui contribue au maintien de la consommation d\u00e9pendante [10]. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 postul\u00e9 que la d\u00e9pendance affecte les fonctions c\u00e9r\u00e9brales qui sont pertinentes pour le fonctionnement social (voir ci-dessus). La consommation de substances entra\u00eene une r\u00e9duction de l&#8217;importance des sources de renforcement social et donc un retrait social, tandis que l&#8217;importance de la consommation en tant que principale source de r\u00e9compense per\u00e7ue ne cesse de cro\u00eetre [11, 12]. L&#8217;importance des relations sociales pour le succ\u00e8s du traitement est illustr\u00e9e par la d\u00e9couverte r\u00e9cente qu&#8217;un soutien social plus fort \u00e9tait \u00e9galement associ\u00e9 \u00e0 une dur\u00e9e d&#8217;abstinence nettement plus longue chez les personnes d\u00e9pendantes de l&#8217;alcool [13].<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2286 lazyload\" data-src=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872.jpg\" width=\"1100\" height=\"358\" data-srcset=\"https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872.jpg 1100w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872-800x260.jpg 800w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872-120x39.jpg 120w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872-90x29.jpg 90w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872-320x104.jpg 320w, https:\/\/medizinonline.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/d_tab2_soziale_kognition.-3ca492_872-560x182.jpg 560w\" data-sizes=\"(max-width: 1100px) 100vw, 1100px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 1100px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 1100\/358;\" \/><\/p>\n<h2 id=\"letude-zurich-cocaine-cognition-study\">L&#8217;\u00e9tude &#8220;Zurich Cocaine Cognition Study<\/h2>\n<p>Afin d&#8217;\u00e9tudier pour la premi\u00e8re fois \u00e0 grande \u00e9chelle la cognition et l&#8217;interaction sociales chez les consommateurs de coca\u00efne d\u00e9pendants et non d\u00e9pendants, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 la &#8220;Zurich Cocaine Cognition Study&#8221; (ZuCo2St), financ\u00e9e par le Fonds national suisse (http:\/\/p3.snf.ch\/Project-123516). Cette \u00e9tude longitudinale visait non seulement \u00e0 caract\u00e9riser les diff\u00e9rentes facettes des comp\u00e9tences socio-cognitives et du comportement social dans des conditions exp\u00e9rimentales, mais aussi \u00e0 fournir des indications sur le fait de savoir si les changements dans ce domaine sont plut\u00f4t pr\u00e9dispos\u00e9s ou pourraient \u00e9galement \u00eatre une cons\u00e9quence de la consommation de coca\u00efne. Nous ne nous sommes pas seulement concentr\u00e9s sur les consommateurs d\u00e9pendants, mais nous avons \u00e9galement \u00e9tudi\u00e9 les utilisateurs r\u00e9guliers mais (encore) non d\u00e9pendants, qui constituent le plus grand groupe de consommateurs de coca\u00efne. De plus, nous nous sommes concentr\u00e9s sur des consommateurs de coca\u00efne relativement purs, car les analyses toxicologiques des cheveux nous ont permis d&#8217;exclure toute forme de polyconsommation de substances.<br \/>\nAu total, 250 personnes (145 consommateurs de coca\u00efne, 105 t\u00e9moins sains) ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es en coupe transversale, dont environ 100 consommateurs et 70 t\u00e9moins rendus comparables pour l&#8217;\u00e2ge, l&#8217;\u00e9ducation, le tabagisme et le sexe ont \u00e9t\u00e9 inclus dans les analyses finales. 46 consommateurs ont d\u00fb \u00eatre exclus en raison d&#8217;une polytoxicomanie, d&#8217;une absence de consommation de coca\u00efne ou de comorbidit\u00e9s psychiatriques. Au total, 132 personnes ont \u00e9t\u00e9 suivies une seconde fois sur une p\u00e9riode d&#8217;un an, mais seuls 105 d&#8217;entre eux \u00e9taient \u00e9ligibles pour l&#8217;analyse longitudinale, car certains consommateurs avaient chang\u00e9 de substance entre-temps (le plus souvent de la coca\u00efne \u00e0 la MDMA) ou r\u00e9pondaient \u00e0 d&#8217;autres crit\u00e8res d&#8217;exclusion (par exemple, un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral entre-temps, une m\u00e9dication avec des psychotropes, etc.)<\/p>\n<h2 id=\"cognition-vision-des-couleurs-et-traitement-precoce-des-informations\">Cognition, vision des couleurs et traitement pr\u00e9coce des informations<\/h2>\n<p>Tout d&#8217;abord, l&#8217;\u00e9tude transversale nous a permis de confirmer que les consommateurs de coca\u00efne d\u00e9pendants pr\u00e9sentent de larges d\u00e9ficits cognitifs qui existent d\u00e9j\u00e0, sous une forme l\u00e9g\u00e8rement moins s\u00e9v\u00e8re, chez les consommateurs r\u00e9guliers mais non d\u00e9pendants [14]. Chez les consommateurs d\u00e9pendants, les modifications de la m\u00e9moire de travail \u00e9taient les plus marqu\u00e9es, tandis que chez les individus non d\u00e9pendants, les capacit\u00e9s de concentration et d&#8217;attention \u00e9taient les plus susceptibles d&#8217;\u00eatre affect\u00e9es. Au total, 12% des consommateurs non d\u00e9pendants et 30% des consommateurs d\u00e9pendants ont pr\u00e9sent\u00e9 des troubles cognitifs cliniquement significatifs et pertinents pour la vie quotidienne (&gt;2 \u00e9carts-types), le risque de d\u00e9clin cognitif augmentant fortement, en particulier au-del\u00e0 de 500 g de coca\u00efne consomm\u00e9e au cours de la vie. Ces r\u00e9sultats ne s&#8217;expliquent pas uniquement par l&#8217;accumulation de sympt\u00f4mes du trouble du d\u00e9ficit de l&#8217;attention\/hyperactivit\u00e9 (TDAH) ou de la d\u00e9pression, qui sont souvent des comorbidit\u00e9s. Les performances aux tests \u00e9taient \u00e9galement fortement corr\u00e9l\u00e9es aux param\u00e8tres de consommation, c&#8217;est-\u00e0-dire que plus la consommation \u00e9tait importante, plus les d\u00e9ficiences \u00e9taient importantes. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que l&#8217;\u00e2ge auquel la consommation a commenc\u00e9 joue un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement de la baisse des performances intellectuelles, les personnes ayant commenc\u00e9 \u00e0 consommer avant l&#8217;\u00e2ge de 18 ans, et donc avant la fin de la maturation c\u00e9r\u00e9brale, pr\u00e9sentant les d\u00e9ficits les plus importants [14].<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9galement montr\u00e9 que les consommateurs occasionnels comme les consommateurs d\u00e9pendants pr\u00e9sentent des modifications de la perception des couleurs et du traitement pr\u00e9coce de l&#8217;information, ce qui indique une modification de la neurochimie (syst\u00e8me dopaminergique et\/ou noradr\u00e9nergique) qui commence d\u00e8s la consommation occasionnelle. Ainsi, 40 \u00e0 50% des consommateurs de coca\u00efne pr\u00e9sentaient des troubles de la vision des couleurs cliniquement significatifs, qui se manifestaient le plus souvent sous la forme d&#8217;une faiblesse du bleu\/jaune, plut\u00f4t rare par ailleurs, et qui s&#8217;expliquent par des troubles de la dopamine r\u00e9tinienne. La survenue d&#8217;un trouble de la vision des couleurs bleu\/jaune \u00e9tait \u00e9galement associ\u00e9e \u00e0 des pertes cognitives plus importantes [15]. Les changements mesur\u00e9s par \u00e9lectrophysiologie dans le filtrage pr\u00e9coce de l&#8217;attention \u00e9taient \u00e9galement fortement associ\u00e9s \u00e0 l&#8217;envie de coca\u00efne (craving), ce qui sugg\u00e8re des changements neurochimiques dus \u00e0 la consommation de coca\u00efne. Ces anomalies \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes chez les consommateurs r\u00e9guliers non d\u00e9pendants [16].<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re analyse des donn\u00e9es longitudinales, nous nous sommes concentr\u00e9s sur l&#8217;\u00e9volution sur un an des performances cognitives des personnes qui ont soit fortement diminu\u00e9 (-72% en moyenne) ou arr\u00eat\u00e9 leur consommation, soit fortement augment\u00e9 (+297% en moyenne). La concentration de coca\u00efne dans un \u00e9chantillon de cheveux de 6 cm a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme mesure objective de la consommation de coca\u00efne au cours des six derniers mois. Les donn\u00e9es montrent que la forte r\u00e9duction de la consommation en l&#8217;espace d&#8217;un an entra\u00eene une am\u00e9lioration des performances cognitives, surtout en ce qui concerne la m\u00e9moire de travail, mais aussi l&#8217;attention et la m\u00e9moire \u00e0 long terme. Les personnes qui ont compl\u00e8tement arr\u00eat\u00e9 de consommer de la coca\u00efne ont m\u00eame atteint le niveau de performance du groupe de contr\u00f4le, tandis que les personnes qui ont massivement augment\u00e9 leur consommation ont montr\u00e9 une nouvelle baisse significative de leurs performances cognitives [17]. Cela sugg\u00e8re que les d\u00e9ficits cognitifs associ\u00e9s \u00e0 la coca\u00efne pourraient \u00eatre partiellement induits par la substance. La r\u00e9versibilit\u00e9 de certains d\u00e9ficits indique en outre qu&#8217;il s&#8217;agit de processus neuroplastiques et adaptatifs, qui peuvent probablement \u00eatre influenc\u00e9s par la psychoth\u00e9rapie ou la pharmacologie.<\/p>\n<h2 id=\"cognition-sociale-et-interaction\">Cognition sociale et interaction<\/h2>\n<p>Dans notre recherche sur les aptitudes sociales, nous nous sommes concentr\u00e9s sur deux aspects essentiels : la cognition sociale, c&#8217;est-\u00e0-dire la reconnaissance, la compr\u00e9hension et la perception des \u00e9motions et des intentions des autres, et l&#8217;interaction sociale, o\u00f9 nous nous sommes focalis\u00e9s sur les pr\u00e9f\u00e9rences en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9quit\u00e9 et les comportements prosociaux. Pour mesurer la perception et la reconnaissance des \u00e9motions, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 dans diff\u00e9rentes t\u00e2ches des expressions faciales \u00e9motionnelles, des sc\u00e8nes visuelles \u00e9motionnelles complexes ou encore des pr\u00e9sentations vocales teint\u00e9es d&#8217;\u00e9motion. Les consommateurs de coca\u00efne \u00e9taient parfaitement capables de reconna\u00eetre et de nommer correctement les \u00e9motions dans le mat\u00e9riel visuel (visages, paires d&#8217;yeux, contenu visuel complexe) [12]. Cependant, ils ont montr\u00e9 des difficult\u00e9s \u00e0 identifier la bonne \u00e9motion \u00e0 partir de la m\u00e9lodie de la voix (prosodie), ainsi qu&#8217;\u00e0 d\u00e9tecter des images et des paroles \u00e9motionnellement incoh\u00e9rentes [18]. Cette derni\u00e8re indique une mauvaise int\u00e9gration des diff\u00e9rents canaux de perception des \u00e9motions. Pour mesurer la capacit\u00e9 d&#8217;empathie, nous avons utilis\u00e9 des images \u00e9motionnelles complexes. Il s&#8217;est av\u00e9r\u00e9 que les consommateurs d\u00e9pendants et non d\u00e9pendants ont d\u00e9clar\u00e9 \u00eatre moins impliqu\u00e9s \u00e9motionnellement lorsqu&#8217;ils \u00e9taient confront\u00e9s \u00e0 un contenu visuel \u00e9motionnel [12].<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des entretiens approfondis sur le r\u00e9seau social, nous avons \u00e9galement pu constater que les consommateurs de coca\u00efne ont globalement moins de contacts sociaux et que ces contacts sont jug\u00e9s plus charg\u00e9s \u00e9motionnellement. Les consommateurs de coca\u00efne ont \u00e9galement commis plus de d\u00e9lits dans le pass\u00e9. Il est int\u00e9ressant de noter que la capacit\u00e9 d&#8217;empathie \u00e9tait corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la taille du r\u00e9seau social ainsi qu&#8217;au nombre de d\u00e9lits, de sorte que les personnes moins empathiques avaient \u00e9galement moins de contacts sociaux et un risque plus \u00e9lev\u00e9 de comportement criminel [12].<\/p>\n<p>A l&#8217;aide d&#8217;un mat\u00e9riel de stimulation bas\u00e9 sur la vid\u00e9o, dans lequel un \u00e9v\u00e9nement complexe de la vie quotidienne \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 (un repas entre deux couples en devenir), nous avons pu \u00e9tudier de mani\u00e8re r\u00e9aliste la compr\u00e9hension des \u00e9motions et des intentions d&#8217;autres personnes. Cette prise de perspective mentale et \u00e9motionnelle (&#8220;th\u00e9orie de l&#8217;esprit&#8221;) est importante pour pouvoir \u00e9voluer de mani\u00e8re appropri\u00e9e dans l&#8217;environnement social. En fait, seuls les consommateurs d\u00e9pendants ont montr\u00e9 de l\u00e9g\u00e8res lacunes dans ce domaine, reconnaissant souvent l&#8217;intention ou l&#8217;\u00e9motion correcte, mais accordant une importance excessive aux actions ou aux \u00e9motions, exag\u00e9rant ainsi la prise de perspective. Cela pourrait indiquer un m\u00e9canisme de compensation cognitive et soutient \u00e9galement notre hypoth\u00e8se selon laquelle, chez les consommateurs chroniques de coca\u00efne, c&#8217;est surtout l&#8217;int\u00e9gration d&#8217;informations \u00e9motionnelles complexes qui est plus difficile. La prise de perspective ainsi que le r\u00e9seau social \u00e9taient corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 la consommation de coca\u00efne, c&#8217;est-\u00e0-dire que plus la consommation \u00e9tait importante, moins la compr\u00e9hension des actions des autres \u00e9tait bonne et moins il y avait de contacts sociaux [12].<\/p>\n<p>Afin de tester la capacit\u00e9 d&#8217;interaction sociale, nous avons \u00e9galement utilis\u00e9 des t\u00e2ches d&#8217;interaction inspir\u00e9es de la th\u00e9orie \u00e9conomique des jeux, dans lesquelles les participants devaient partager des sommes d&#8217;argent entre eux et un autre joueur. Nous avons constat\u00e9 que les consommateurs de coca\u00efne agissaient de mani\u00e8re moins altruiste et que, m\u00eame lorsque la quantit\u00e9 totale d&#8217;argent disponible diminuait, ils augmentaient leurs propres gains au d\u00e9triment de leurs co\u00e9quipiers. Les consommateurs se sont donc comport\u00e9s de mani\u00e8re plus \u00e9gocentrique et ce comportement n&#8217;\u00e9tait pas corr\u00e9l\u00e9 avec les param\u00e8tres de consommation, ce qui pourrait indiquer qu&#8217;il s&#8217;agit plut\u00f4t d&#8217;un trait de personnalit\u00e9 pr\u00e9disposant [19].<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res analyses des donn\u00e9es longitudinales sugg\u00e8rent \u00e0 pr\u00e9sent que la capacit\u00e9 d&#8217;empathie peut \u00e9galement coexister avec l&#8217;augmentation ou la diminution de la consommation de coca\u00efne. L\u00e0 encore, l&#8217;empathie s&#8217;est am\u00e9lior\u00e9e chez les consommateurs qui ont fortement r\u00e9duit ou arr\u00eat\u00e9 leur consommation, tandis que les personnes qui l&#8217;ont fortement augment\u00e9e ont montr\u00e9 une empathie \u00e9motionnelle qui s&#8217;est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. Ainsi, les fonctions sociales peuvent \u00eatre affect\u00e9es par des processus d&#8217;adaptation neuroplastiques li\u00e9s \u00e0 la substance, mais peuvent apparemment s&#8217;am\u00e9liorer apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d&#8217;abstinence.<\/p>\n<h2 id=\"deficits-non-lies-a-la-dependance\">D\u00e9ficits non li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pendance<\/h2>\n<p>Il convient de souligner \u00e0 la fin que les d\u00e9ficits cognitifs et sociaux n&#8217;apparaissent qu&#8217;apr\u00e8s une consommation intensive, mais ne sont pas li\u00e9s \u00e0 une d\u00e9pendance. Nous avons \u00e9galement vu dans notre \u00e9chantillon qu&#8217;un tiers des consommateurs ont pu r\u00e9duire ou arr\u00eater compl\u00e8tement leur consommation, parfois sans aucune mesure th\u00e9rapeutique (13%), que la plus grande partie des consommateurs n&#8217;a pas montr\u00e9 de grands changements de consommation (39%), alors qu&#8217;une partie non n\u00e9gligeable a augment\u00e9 tr\u00e8s fortement sa consommation en un an (27%) ou a chang\u00e9 de substance (14%). Nous essayons \u00e0 pr\u00e9sent de d\u00e9terminer, dans le cadre d&#8217;analyses suppl\u00e9mentaires, si des facteurs de risque ou de r\u00e9silience pour une augmentation de la consommation peuvent \u00eatre identifi\u00e9s \u00e0 partir de nos nombreuses donn\u00e9es.<\/p>\n<p><em><strong>Prof. Dr. Boris B. Quednow<\/strong><\/em><\/p>\n<h3 id=\"litterature\">Litt\u00e9rature :<\/h3>\n<ol>\n<li><em>Spotts JV, Shontz FC : Int J Addict 1982 ; 17 : 945-976.<\/em><\/li>\n<li><em>Spotts JV, Shontz FC : Int J Addict 1984 ; 19 : 119-151.<\/em><\/li>\n<li><em>Rounsaville BJ : Biol Psychiatry 2004 ; 56 : 803-809.<\/em><\/li>\n<li><em>Bolla K, et al : J Neuropsychiatry Clin Neurosci 2004 ; 16 : 456-464.<\/em><\/li>\n<li><em>Ersche KD, et al : Brain 2011 ; 134 : 2013-2024.<\/em><\/li>\n<li><em>Franklin TR, et al : Biol Psychiatry 2002 ; 51 : 134-142.<\/em><\/li>\n<li><em>Makris N, et al : Neuron 2008 ; 60 : 174-188.<\/em><\/li>\n<li><em>Volkow ND, et al : Synapse 1992 ; 11 : 184-190.<\/em><\/li>\n<li><em>Couture SM, et al : Schizophr Bull 2006 ; 32 : 44-63.<\/em><\/li>\n<li><em>Homer BD, et al : Psychol Bull 2008 ; 134 : 301-310.<\/em><\/li>\n<li><em>Volkow ND, et al : Neuron 2011 ; 69 : 599-602.<\/em><\/li>\n<li><em>Preller KH, et al. : Addict Biol 2013a ; Sous presse.<\/em><\/li>\n<li><em>Mutschler J, et al : Am J Drug Alcohol Abuse 2013 ; 39 : 44-49.<\/em><\/li>\n<li><em>Vonmoos M, et al : Br J Psychiatry 2013 ; 203 : 35-43.<\/em><\/li>\n<li><em>Hulka LM, et al : Int J Neuropsychopharmacol 2013a ; 16 : 535-547.<\/em><\/li>\n<li><em>Preller KH, et al : Biol Psychiatry 2013b ; 73 : 225-234.<\/em><\/li>\n<li><em>Vonmoos M, et al : Cognitive impairment in cocaine users is drug-induced but partially reversible : evidence from a longitudinal study. 2013b ; Soumis.<\/em><\/li>\n<li><em>Hulka LM, et al : Cocaine users manifest impaired prosodic and cross-modal emotion processing. Front Psychiatry 2013b septembre 5th ; doi : 10.3389\/fpsyt.2013.00098.<\/em><\/li>\n<li><em>Hulka LM, et al. : Psychol Med 2013c ; Sous presse.<\/em><\/li>\n<li><em>Quednow BB : BioSocieties 2010a ; 5 : 153-156.<\/em><\/li>\n<li><em>Quednow BB : SuchtMagazin 2010b ; 36 : 19-26.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>InFo Neurologie &amp; Psychiatrie n\u00b0 5\/2013<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les consommateurs de coca\u00efne pr\u00e9sentent des alt\u00e9rations sp\u00e9cifiques des comp\u00e9tences socio-cognitives li\u00e9es \u00e0 leur fonctionnement social dans la vie quotidienne. 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