{"id":347522,"date":"2013-09-17T00:00:00","date_gmt":"2013-09-16T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/medizinonline.com\/les-medecins-et-les-juristes-ont-beaucoup-a-gagner-dune-collaboration\/"},"modified":"2013-09-17T00:00:00","modified_gmt":"2013-09-16T22:00:00","slug":"les-medecins-et-les-juristes-ont-beaucoup-a-gagner-dune-collaboration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medizinonline.com\/fr\/les-medecins-et-les-juristes-ont-beaucoup-a-gagner-dune-collaboration\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9decins et les juristes ont beaucoup \u00e0 gagner d&#8217;une collaboration"},"content":{"rendered":"<p><strong>Entretien avec le Dr Barbara Hochstrasser et le Pr Dr iur. Ueli Kieser s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la signification du burnout d&#8217;un point de vue m\u00e9dical et juridique. Les cons\u00e9quences pour le praticien sont \u00e9galement discut\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p> <!--more--> <\/p>\n<p><strong>D&#8217;un point de vue m\u00e9dical et juridique, comment percevez-vous le d\u00e9bat actuel sur le burnout par rapport \u00e0 il y a cinq ans ; le burnout est-il reconnu comme une maladie ou est-il encore souvent per\u00e7u comme une &#8220;construction \u00e0 la mode&#8221; ?<\/strong><br \/>\n<strong>Dr Hochstrasser :<\/strong> Le d\u00e9bat sur le burnout s&#8217;est objectiv\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les experts et les m\u00e9dias mettant de plus en plus le sujet en relation avec la d\u00e9pression et d&#8217;autres troubles psychiques. De facto, le burnout est reconnu comme un probl\u00e8me par la m\u00e9decine et, de plus en plus, par les employeurs. Le d\u00e9bat actuel porte sur la classification du burnout. Dans la classification officielle, le burnout n&#8217;est toujours pas class\u00e9 comme un trouble mental sp\u00e9cifique, mais plut\u00f4t comme un syndrome qui comprend diff\u00e9rentes composantes symptomatiques et qui peut entra\u00eener des maladies secondaires, comme la d\u00e9pression.<br \/>\n<strong>Professeur Kieser :<\/strong> D&#8217;un point de vue purement assurantiel, le burnout n&#8217;est toujours pas reconnu comme une maladie. En ce sens, d&#8217;un point de vue juridique, rien n&#8217;a chang\u00e9 au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Le diagnostic de burnout est li\u00e9 \u00e0 de multiples cons\u00e9quences pour le patient dans les diff\u00e9rents domaines de sa vie (travail, famille, finances, etc.). Quelles sont les t\u00e2ches centrales du m\u00e9decin traitant dans la prise en charge des patients atteints de burnout ?<\/strong><br \/>\n<strong>Dr Hochstrasser :<\/strong> Bien que le burnout ne constitue pas un diagnostic de maladie sp\u00e9cifique class\u00e9 par la CIM-10, mais soit consid\u00e9r\u00e9 comme un syndrome, l&#8217;\u00e9tat qui l&#8217;accompagne a bien une valeur de maladie. C&#8217;est-\u00e0-dire que la personne concern\u00e9e souffre, est limit\u00e9e dans ses fonctions quotidiennes et a besoin d&#8217;un traitement professionnel appropri\u00e9. Outre la prise en charge purement m\u00e9dicale du patient en burnout pour qu&#8217;il retrouve la sant\u00e9, une t\u00e2che importante du m\u00e9decin traitant consiste \u00e0 prendre en compte de mani\u00e8re syst\u00e9mique les causes et les cons\u00e9quences du burnout sur les domaines de la vie concern\u00e9s, comme la situation professionnelle, familiale et financi\u00e8re. L&#8217;objectif final du traitement est de permettre au patient en burnout de faire face aux cons\u00e9quences et de d\u00e9velopper un mode de vie diff\u00e9rent dans les diff\u00e9rents domaines. Le m\u00e9decin traitant joue alors id\u00e9alement le r\u00f4le de coordinateur dans le cadre d&#8217;une prise en charge interdisciplinaire du patient.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La maladie du burnout a g\u00e9n\u00e9ralement des r\u00e9percussions sur la situation professionnelle du patient, ce qui soul\u00e8ve des questions de droit du travail pour le patient et l&#8217;employeur. Le burnout en g\u00e9n\u00e9ral constitue-t-il une nouvelle probl\u00e9matique juridique ou les effets du burnout sont-ils clairement r\u00e9gis par le droit du travail ?<\/strong><br \/>\n<strong>Professeur Kieser :<\/strong> Le burnout ne constitue pas un nouveau probl\u00e8me juridique, car on a toujours attribu\u00e9 les cas de burnout \u00e0 une indication m\u00e9dicale, par exemple \u00e0 la d\u00e9pression ou \u00e0 d&#8217;autres troubles psychiques. Les assureurs craignent toutefois que le syndrome de burnout ne soit le &#8220;grand&#8221; diagnostic \u00e0 venir, qui pourrait donner droit \u00e0 des prestations d&#8217;assurance et donc \u00e0 un risque d&#8217;abus.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les principales conditions de prise en charge par l&#8217;assurance des troubles psychiques, par exemple sous la forme d&#8217;un burnout ?<\/strong><br \/>\n<strong>Professeur Kieser :<\/strong> On peut le dire simplement : il doit y avoir \u00e0 l&#8217;origine une perte de sant\u00e9 due \u00e0 une maladie ou \u00e0 un accident. Et la perte de sant\u00e9 doit entra\u00eener une limitation de la capacit\u00e9 de travail. Le probl\u00e8me avec le burnout est qu&#8217;il n&#8217;est pas accept\u00e9 en tant que tel comme une restriction de sant\u00e9. En d&#8217;autres termes, le point de d\u00e9part des prestations d&#8217;assurance fait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9faut. Il en va autrement, par exemple, d&#8217;une d\u00e9pression ou d&#8217;un trouble anxieux : ceux-ci sont bien entendu consid\u00e9r\u00e9s comme une atteinte \u00e0 la sant\u00e9 et sont donc reconnus par les assurances lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de prestations en cas d&#8217;incapacit\u00e9 de travail (donc, par exemple, d&#8217;indemnit\u00e9s journali\u00e8res).<\/p>\n<p><strong>De quoi faut-il tenir compte de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale en mati\u00e8re de d\u00e9claration de maladie et de r\u00e9glementation de la relation de travail du patient ? Quel est le r\u00f4le du m\u00e9decin traitant dans ce contexte ?<\/strong><br \/>\n<strong>Dr Hochstrasser :<\/strong> En premier lieu, c&#8217;est au m\u00e9decin traitant de d\u00e9finir avec le patient la capacit\u00e9 de charge en tenant compte de son \u00e9tat de sant\u00e9. Il est souhaitable que le patient soit accompagn\u00e9 par le m\u00e9decin avant et pendant les entretiens avec l&#8217;employeur. Dans le cadre de ce suivi, le m\u00e9decin doit faire des recommandations concernant le travail possible, le type de travail et les risques potentiels pour le patient.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les probl\u00e8mes et quels conseils pouvez-vous donner aux m\u00e9decins qui suivent des patients atteints de burnout en ce qui concerne la collaboration avec les assureurs ?<\/strong><br \/>\n<strong>Dr Hochstrasser :<\/strong> Il y a fondamentalement deux aspects \u00e0 prendre en compte. Premi\u00e8rement, la question de la couverture des co\u00fbts par l&#8217;assureur doit \u00eatre clarifi\u00e9e, en particulier pour les s\u00e9jours hospitaliers. La prise en charge par l&#8217;assureur n&#8217;est possible que s&#8217;il existe un diagnostic m\u00e9dical clair. Le burnout ne correspondant pas \u00e0 un diagnostic de maladie, une comorbidit\u00e9 psychiatrique doit \u00eatre pr\u00e9sente et diagnostiqu\u00e9e pour que les frais soient couverts par l&#8217;assureur. La plupart des cas graves de burnout pr\u00e9sentent une comorbidit\u00e9 psychiatrique sous la forme d&#8217;une d\u00e9pression, d&#8217;un trouble anxieux ou d&#8217;une neuroasth\u00e9nie (fatigue chronique).<br \/>\nLe deuxi\u00e8me aspect concerne l&#8217;\u00e9tablissement de rapports d&#8217;assurance par le m\u00e9decin traitant, par exemple sous la forme de garanties de prise en charge ou de prolongation de garanties de prise en charge. Il est essentiel qu&#8217;en plus des sympt\u00f4mes, le m\u00e9decin fasse une description aussi d\u00e9taill\u00e9e et concr\u00e8te que possible des capacit\u00e9s du patient. Il est en outre recommand\u00e9 de rechercher une communication directe et personnelle avec les case managers comp\u00e9tents des caisses maladie ou des assurances d&#8217;indemnit\u00e9s journali\u00e8res ou les responsables de l&#8217;AI.<br \/>\n<strong>Professeur Kieser<\/strong>: Ce qui est important, c&#8217;est que le m\u00e9decin r\u00e9dige les rapports et les expertises \u00e0 l&#8217;intention de l&#8217;assurance de la mani\u00e8re la plus compr\u00e9hensible possible, afin qu&#8217;un profane en m\u00e9decine puisse les comprendre. Le probl\u00e8me fondamental est qu&#8217;une grande partie de ce qui doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9 juridiquement est \u00e9crit dans une langue que les juristes ne comprennent pas. Le m\u00e9decin doit toujours \u00eatre conscient qu&#8217;un juriste lit l&#8217;expertise ou le certificat m\u00e9dical. Sinon, on court le risque que le diagnostic ne puisse pas \u00eatre class\u00e9 juridiquement, avec les cons\u00e9quences correspondantes sur le cas, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;une garantie de prise en charge des co\u00fbts peut \u00eatre refus\u00e9e. En outre, le mot &#8220;burnout&#8221; ne doit pas \u00eatre utilis\u00e9 dans les rapports, car le burnout n&#8217;est pas reconnu comme une maladie ; d&#8217;un point de vue m\u00e9dical, il s&#8217;agit donc toujours d&#8217;\u00e9tablir un diagnostic m\u00e9dical (si disponible).<\/p>\n<p><strong>D&#8217;un point de vue m\u00e9dical et juridique, \u00e0 quoi faut-il faire attention lorsqu&#8217;un patient atteint de burnout reprend \u00e9ventuellement le travail ?<\/strong><br \/>\n<strong>Dr Hochstrasser :<\/strong> Le retour d&#8217;un patient \u00e0 la vie professionnelle ne doit pas \u00eatre trop pr\u00e9coce, il doit \u00eatre progressif et toujours d\u00e9pendre de la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance du patient. Le m\u00e9decin traitant a ici un r\u00f4le important \u00e0 jouer en informant et en sensibilisant clairement l&#8217;employeur \u00e0 ce sujet. L&#8217;exp\u00e9rience montre que le patient a besoin d&#8217;au moins autant de temps pour retrouver sa pleine capacit\u00e9 que lorsqu&#8217;il \u00e9tait en incapacit\u00e9 de travail.&nbsp;&nbsp;<br \/>\n<strong>Professeur Kieser :<\/strong> Du c\u00f4t\u00e9 du patient, lors d&#8217;une nouvelle prise de poste, il faut souvent remplir un questionnaire de sant\u00e9 de la part des assurances, qui doit en tout cas \u00eatre rempli correctement &#8211; c&#8217;est la recommandation la plus importante dans ce contexte. Du point de vue du droit des assurances, le principal probl\u00e8me r\u00e9side souvent dans le fait que la nouvelle assurance peut \u00e9mettre une r\u00e9serve. Un autre probl\u00e8me peut survenir si un probl\u00e8me de sant\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la maladie pr\u00e9c\u00e9dente survient \u00e0 nouveau apr\u00e8s l&#8217;entr\u00e9e en fonction, de sorte que la caisse de pension du nouvel employeur peut argumenter que l&#8217;employ\u00e9 est venu avec un \u00e9tat ant\u00e9rieur qui n&#8217;est pas couvert par cette caisse de pension.<\/p>\n<p><strong>Deux professions (juristes et m\u00e9decins) collaborent de mani\u00e8re transversale et prennent des d\u00e9cisions concernant le patient, bien qu&#8217;elles n&#8217;aient que peu de connaissances de l&#8217;autre profession. Comment rendre justice au patient ?<\/strong><br \/>\nProfesseur Kieser : Le probl\u00e8me r\u00e9side dans le fait que les m\u00e9decins et les juristes appliquent des crit\u00e8res diff\u00e9rents, de sorte que les points de vue m\u00e9dical et juridique divergent souvent sur des questions importantes. Aujourd&#8217;hui, les lois sont con\u00e7ues de telle sorte que les obligations de prestation sont souvent limit\u00e9es. Un m\u00e9decin traite et est convaincu, d&#8217;un point de vue m\u00e9dical, que le traitement est correct et appropri\u00e9. L&#8217;assurance prend acte de la constatation du m\u00e9decin et ne d\u00e9termine toutefois l&#8217;obligation d&#8217;indemnisation que sur la base de dispositions l\u00e9gales. Il appartiendrait au l\u00e9gislateur de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question de savoir si l&#8217;avis m\u00e9dical devrait avoir plus de poids que l&#8217;avis juridique en mati\u00e8re d&#8217;obligation de prestation. C&#8217;est pourquoi il est important que les m\u00e9decins et les juristes restent en contact et apprennent les uns des autres.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les informations et les outils que vous pouvez recommander aux m\u00e9decins traitants qui souhaitent s&#8217;informer davantage sur le burnout et le droit du travail ?<\/strong><br \/>\n<strong>Dr Hochstrasser :<\/strong> Il existe de nombreuses plates-formes d&#8217;information sur Internet, tant pour les professionnels de la sant\u00e9 que pour les patients. Nous recommandons par exemple les plates-formes www.swissburnout.ch pour les non-sp\u00e9cialistes, www.burnoutexperts.ch.<br \/>\npour les professionnels de la sant\u00e9 ainsi que www.stress-no-stress.ch sur le th\u00e8me de la gestion du stress. En outre, une grande conf\u00e9rence d&#8217;experts pour les professionnels aura lieu le 14 novembre 2013 \u00e0 Berne. Vous trouverez des informations sur cet \u00e9v\u00e9nement sur www.burnoutexperts.ch.<br \/>\n<strong>Professeur Kieser :<\/strong> Il n&#8217;existe malheureusement pas actuellement de manuel juridique pour les m\u00e9decins sur cette th\u00e9matique, qui traite des probl\u00e8mes et des solutions possibles autour du burnout. Les livres juridiques du Beobachter www.beobachter.ch, qui expliquent simplement les faits juridiques, peuvent \u00e9ventuellement \u00eatre utiles aux m\u00e9decins.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec le Dr Barbara Hochstrasser et le Pr Dr iur. Ueli Kieser s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la signification du burnout d&#8217;un point de vue m\u00e9dical et juridique. 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